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Liban - Le Commentaire

Le concept de nation, seul gage de survie politique pour les chrétiens

Autant en emporte le vent : le maronitisme dominant et, plus globalement, la suprématie chrétienne, c'est du passé. Tellement du passé, du reste, qu'on en est à se demander comment cette composante du collectif libanais, minée autant par un déficit en valeurs sûres que par ses divisions, va pouvoir surnager. Un certain nombre de pôles laïcs ou religieux chrétiens estiment que sa seule planche de salut, son seul refuge, c'est une inébranlable foi dans cette patrie créée à l'origine sinon pour elle, du moins à cause d'elle. Partant de là, ces sages soulignent que, plutôt que de s'entredéchirer pour des avantages limités, ou pour des satisfactions d'amour-propre, les leaders chrétiens devraient tous se rassembler autour du concept de nation pour défendre ensemble un Liban libre, indépendant, souverain par le truchement d'un État digne de ce nom, maître du territoire tout entier et des armes. Un État de droit fort, capable de protéger tous les citoyens, ainsi que les droits naturels des diverses collectivités, familles spirituelles comprises. Il y va, martèlent ces dignitaires et ces notables, encore plus de la survie physique des chrétiens que de leur sauvegarde politique. Car sans la protection d'un État rassembleur, les communautés seraient toutes forcées, tôt ou tard, à s'armer. Et dans une telle course à l'abîme d'une guerre civile annoncée, les chrétiens, désunis et dépeuplés, seraient perdants dès le départ. Au mieux, si aucune explosion ne se produit, ils replongeraient dans la peur, subiraient une discrimination encore plus accentuée que sous la tutelle, et n'auraient plus que l'exode et l'émigration en ligne de mire.
Protection, c'est donc le mot-clé. Par définition même, une minorité en a vitalement besoin. Or ce pays n'est qu'un assemblage de minorités. Un moment, trop bref en regard de l'histoire, elles ont tenté de ne pas se tourner vers des puissances extérieures, pour adopter un pacte national, un gentleman's agreement, de garantie mutuelle. Donc, au fond, un pacte de non-agression fondé sur le slogan ni Est ni Ouest. C'est-à-dire que les musulmans renonçaient à une fusion avec la Syrie, et les chrétiens à un traité de sûreté avec la France. Cependant, comme les pères fondateurs de l'indépendance l'avaient bien vu, et dit tout haut, l'accord ne pouvait être cimenté, et tenir, qu'à l'ombre d'un État capable. Mais rien n'a été fait dans ce sens, bien au contraire. Ce sont la déliquescence, la corruption et les dérives antidémocratiques qui ont régné. Il y a eu des événements sanglants en 1958, des guerres interminables à partir de 1975. Et pendant trente ans, surtout sous la tutelle syrienne, le Liban n'existait plus que de nom, ou de souvenir. À ce propos, c'est avec nostalgie que l'on se remémorait le mot post-indépendance du jeune Saëb Salam. Saluant la décision des chrétiens de se solidariser avec leurs frères musulmans, le futur chef de la révolution à Beyrouth lançait à la tribune : « Sans les maronites, le Liban ne serait aujourd'hui qu'une province syrienne. »
Pour en revenir aux années sombres, il faut se rappeler qu'en réagissant au tsunami palestinien, au prix du sang, les chrétiens luttaient pour un Liban souverain et indépendant. Ils ont, pour la plupart, continué à prodiguer de lourds sacrifices, de toutes sortes, à cette fin. Ils ne peuvent trahir cette voie sans aller à la déperdition. Or, aujourd'hui, force est de constater qu'ils s'en éloignent. Soit en se laissant subjuguer par des forces extérieures. Soit par un suivisme intérieur qui revient à se départir de ce principe d'indépendance qu'on ne peut segmenter. Pour tout dire, le danger réside actuellement, pour les chrétiens, dans le ralliement, déclaré ou non, à tel ou tel axe. En tournant le dos aux constantes nationales bien comprises, qu'illustre bien la devise Liban d'abord et que Bkerké ne cesse de défendre. Une ligne qui vise, faut-il le relever, à protéger finalement tous les Libanais, chrétiens ou musulmans.
Autant en emporte le vent : le maronitisme dominant et, plus globalement, la suprématie chrétienne, c'est du passé. Tellement du passé, du reste, qu'on en est à se demander comment cette composante du collectif libanais, minée autant par un déficit en valeurs sûres que par ses divisions, va pouvoir surnager. Un certain nombre de pôles laïcs ou religieux chrétiens estiment que sa seule planche de salut, son seul refuge, c'est une inébranlable foi dans cette patrie créée à l'origine sinon pour elle, du moins à cause d'elle. Partant de là, ces sages soulignent que, plutôt que de s'entredéchirer pour des avantages limités, ou pour des satisfactions d'amour-propre, les leaders chrétiens devraient...
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