L'importance du Liban sur l'échiquier régional et international lui a donné une place dans l'espace stratégique de la France en Méditerranée et au Moyen-Orient. Parallèlement, l'action diplomatique de la France, liée directement au Liban, est animée par une motivation majeure : être un acteur dans le processus de paix au Moyen-Orient. Elle s'attache donc à replacer le Liban dans ce processus, afin qu'il s'y réintègre. La France, consciente qu'elle ne peut mener une telle action en dehors d'un cadre européen, s'efforce d'entraîner derrière elle ses partenaires européens.
En effet, la question libanaise donne à la volonté française l'opportunité de renforcer son rôle au Moyen-Orient. Elle lui permet de démontrer ses talents de médiatrice, liés notamment à sa capacité de dialoguer avec tous les pays concernés par le processus de paix. Sa médiation, lors de l'opération « Raisins de la colère », en avril 1996, a permis à la France d'ouvrir une brèche dans le dispositif assurant le parrainage exclusif par les États-Unis du processus de paix israélo-arabe. Toutefois, la France tente de profiter de l'élan créé à cette occasion pour se faire une place autour de la table des négociations.
N'oublions pas que le Liban est au carrefour de plusieurs civilisations méditerranéennes. Il est au cœur de tous les défis que le multiculturalisme pose à l'espace méditerranéen. Il est donc le laboratoire idéal de recherche d'une synthèse reposant sur une acceptation des différences et une valorisation de l'apport de chacune d'entre elles. Le Liban démontre qu'il n'y a pas concurrence, mais complémentarité entre la politique arabe et la politique méditerranéenne de la France.
La France poursuit ses efforts pour régler la crise libanaise. Elle se réjouit de l'établissement des relations diplomatiques entre la Syrie et le Liban, annoncé conformément à l'engagement pris par les présidents Bachar el-Assad et Michel Sleiman à Paris le 12 juillet 2008. C'est une étape importante dans la stabilisation de la région. La France confirme sa politique de soutien au nouveau président libanais à travers la présence à Beyrouth des chefs des partis politiques français et celle du président Sarkozy lors de la prise de fonctions du nouveau chef de l'État.
Un pays uni pour soutenir l'unité d'un pays ami : voilà l'image que la France avait voulu donner au Liban, lors de la visite du président de la République. Ce dernier avait, en effet, proposé aux chefs des partis représentés à l'Assemblée nationale de l'accompagner au pays du Cèdre. Ce geste était destiné à contribuer à restaurer l'image de la France au Liban. L'unanimité affichée par les principaux responsables politiques ravit en tout cas le député UMP Étienne Pinte, président du groupe d'amitié avec le Liban à l'Assemblée nationale : « C'est une façon de montrer aux responsables libanais qu'il est possible chez nous comme chez eux de parler d'une seule voix sur les grands sujets. »
La secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet, souligne à cet égard : « J'entends souvent nos camarades du Parti communiste libanais dire que la patrie vaut mieux que les petits calculs. Mon opinion, c'est que la paix pour le peuple libanais est plus importante que la récupération politicienne. » Ce geste sans précédent devrait contribuer à restaurer l'image de la France au Liban. « En choisissant d'aller aussi rapidement en visite au Liban, Nicolas Sarkozy a montré que son rapprochement avec les États-Unis et son soutien à Israël n'excluent pas une attention particulière pour le Liban. » En acceptant de s'y joindre, l'opposition en France montre, de son côté, que les liens entre deux pays peuvent transcender les clivages partisans. Stéphane Le Foll (dirigeant du PS) souligne ainsi : « Le Liban était, voilà quelques semaines, au bord de la guerre civile. Il est donc logique que la France dans son ensemble, toutes tendances confondues, participe à un processus visant à y conforter la paix. »
Par contre, le député socialiste Gérard Bapt marque sa différence et souligne qu'il faut sortir de l'unilatéralisme. L'échec des initiatives françaises et européennes visant à tirer le Liban de la crise peut être expliqué par deux erreurs : la première est de s'en être tenu à un soutien exclusif au gouvernement de Fouad Siniora et au camp dit du 14 Mars, clairement allié aux États-Unis et à l'Arabie saoudite. Ce soutien a été jusqu'à exclure toute rencontre avec le général Michel Aoun, désigné comme porte-parole de l'opposition. La seconde erreur a été de rétablir en grande pompe le rôle de la Syrie comme déterminant pour la réalité politique intérieure. Ce retour, consacré par ailleurs lors de la conférence d'Annapolis organisée par les États-Unis, pourrait lui permettre de remettre en cause les acquis de la résistance des Libanais tout au long de la période d'occupation, mais aussi ceux de la révolution du Cèdre de 2005 qui a hâté la sortie de l'armée syrienne..
On constate qu'il y a convergence d'intérêts et d'objectifs. Le Liban veut la paix et l'Europe est en quête d'un espace stratégique, serions-nous tenté de préciser. Cette quête va dans le sens de la déclaration de Barcelone qui constitue, selon ses initiateurs, le meilleur moyen de s'opposer aux forces extérieures à la Méditerranée. Il reste cependant à résoudre certaines contradictions propres aux Libanais.
L'ambassadeur de l'UE au Liban, Patrick Laurent, s'est contenté de relever de manière indirecte que le chef de l'État libanais a une vision unificatrice et que l'avenir du Liban passe par une réforme de la loi électorale. Cette réforme est essentielle, dira-t-il, sinon le Liban va continuer à se débattre dans des affres dans lesquels il est entré en 1975 et desquels il n'est pas tout à fait sorti. Une analyse lucide peut-être, mais fondamentalement pessimiste. Disons plutôt réaliste.
Professeur à l'Université libanaise,
avocat à la Cour de Beyrouth,
président de l'Association des universitaires
libanais diplômés des
universités françaises (AULUF)

