sains et saufs au pays. »
Aujourd'hui, à l'occasion du l'approche de l'ouverture du Salon du livre une manifestation, « Ulysse 2009 », hautement culturelle et politique regroupant une pléiade d'éminentes personnalités, venant de tout ce monde méditerranéen, visitera les pays situés sur les deux rives de la Méditerranée. Heureux ceux, qui comme Ulysse, feront ce voyage, symbole de liberté et d'amitié. Plongé dans l'angoisse et les difficultés de former un gouvernement, le Liban, en dépit de tout, fera ce voyage -avec ses élites, ses intellectuels, ses journalistes, ses lettrés, ses écrivains et ses poètes. Il reste à savoir avec quels politiciens...
14 juillet 2008 : j'assistais avec émotion au lancement du projet fabuleux de l'Union pour la Méditerranée. Un rêve de voir plus de 750 millions de personnes vivre dans l'harmonie leur diversité culturelle, religieuse et ethnique. Un projet gigantesque que la France, une si grande et belle nation que j'aime depuis mon enfance, est en train d'initier. Aujourd'hui, le Salon du livre et Ulysse 2009 constituent deux événements-clés dans la promotion de l'UPM. Ce projet d'avenir est un espoir pour la « culture de paix ». Les Nations unies ont décrété les années 2001-2010 décennie de la culture de paix. Une aubaine, que le Liban appelle de tous ses vœux. Après des siècles de conflits et des millions de morts, après avoir été le théâtre de deux guerres mondiales, l'Europe a réussi à se rassembler dans le cadre de la Communauté européenne. C'était une utopie il y a un demi-siècle. Verra-t-on un jour les peuples du Moyen-Orient regroupés dans une confédération ?
Il demeure certain que ce statut d'union des peuples du Moyen-Orient est une nécessité à la naissance de l'Union pour la Méditerranée. Le premier maillon de cette chaîne pourrait être la pacification du Liban dans le cadre d'une neutralité faisant de ce pays une Suisse sur le versant oriental de la Méditerranée et un socle fondateur de l'UPM en Orient.
Aux Français et aux Européens, hommes politiques et intellectuels de la société civile, il est important de dire que nous savons combien le Liban prend de leur temps pour parvenir à stabiliser et à souder toutes ses composantes autour d'un projet politique de plus large consensus. Vous avez partagé avec nous des moments très durs. Vous étiez toujours proches et présents dans les moments les plus forts ; votre présence se faisait sentir au plus profond de nous-mêmes et cela de l'aveu de nombreuses personnalités qui vous ont côtoyés. En témoignent les visites successives des plus hauts responsables de la France, de la communauté européenne et internationale.
Et vous continuez sans relâche dans la même trajectoire. Je me souviens du temps de la guerre : nos amis français nous disaient nous serons toujours à vos côtés. Parole tenue.
À ce jour, aucune Constitution n'a permis de gouverner ce pays. Toutes les solutions proposées, depuis le Pacte national de 1943, l'accord de Taef, celui de Qatar, sont des compromis temporaires qui préparent le terrain à une nouvelle explosion dans les décennies qui suivent. À chaque échéance le pays est bloqué. Nous avons le souvenir récent de l'élection présidentielle, des élections législatives et aujourd'hui, nous assistons incrédules à tous ces va-et-vient pour tenter de former un gouvernement qui, après des mois, n'a toujours pas pu voir le jour.
Depuis des centaines d'années, 760, 1291, 1385, 1516, 1799, 1840, 1860, 1958, 1969, 1973, et de 1975 à aujourd'hui, ce pays est le terrain de guerres et de conflits, avec leurs terribles lots de dizaines de milliers de morts, de handicapés, de blessés, et d'émigrés. Le paysage politique et social du pays demeure dangereux et profondément triste. Nous vivons le drame au quotidien depuis trente ans. Et cela continue ! Du bateau « Larance » en 1989 au bateau la « Meuse » en 2009, le Liban vit toujours les mêmes périls. Du bateau de la charité à celui de la culture, l'optimisme est-il permis ?
Nous vivons au cœur du brasier et au sein d'une région explosive qui oscille entre une difficile pacification et une catastrophique balkanisation. Il est difficile de se déclarer neutre quand un incendie ravage la maison du voisin. Et encore plus quand sa propre maison est en feu. Et pourtant d'autres nations européennes ont expérimenté une telle situation. La Suisse et l'Autriche.
Je sais que les problèmes actuels sont complexes, qu'ils se trouvent ailleurs. Mais vu l'importance de l'engagement de la France et de l'Europe au Liban et dans la région, dans ces circonstances difficiles, le Liban peut-il espérer acquérir un statut de neutralité qui serait initié et soutenu par les grands pays ayant un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies ? Le Liban se trouverait durablement et mieux protégé des ingérences extérieures.
Ce statut conférerait au Liban une stabilité permanente, aurait un impact positif sur la paix dans la région et serait encore une fois très utile à la construction de l'Union pour la Méditerranée. Le Liban peut devenir une terre de dialogue des cultures, un modèle de paix, de convivialité, de sécurité, de liberté et de stabilité pour la région, au lieu d'être tantôt menacé tantôt une menace. Ce projet est particulièrement adapté au Liban du fait du particularisme de notre pays et de sa mission humaniste et culturelle. Au bout du compte, il est évident que l'aval de tous les Libanais en faciliterait le succès et reste primordial pour un tel choix.
La neutralité pourrait par ailleurs dépassionner le débat politique, le replaçant dans son cadre naturel interne et aider au développement de la notion de citoyenneté dans un pays où tous les votes sont communautaires, ethniques, et non des votes d'opinion. Et surtout un tel statut ne déconnecterait pas le pays de son environnement moyen-oriental et arabe dans la mesure où son rôle dans la défense de la cause palestinienne et arabe se situerait à un autre niveau plus efficace : politique, diplomatique, économique et culturel, etc.
Ernest Renan écrivait : « La nation est bâtie sur l'oubli ou l'occultation volontaire. » Cette façon de construire la mémoire nationale a pour but de fonder le « vivre ensemble », véritable plébiscite quotidien. Cela est douloureusement vrai pour le Liban. Et sera aussi vrai pour la construction de l'Union pour la Méditerranée.
Il faut sauver le Liban des griffes de ses voisins et de ses propres contradictions, une tâche des plus difficiles. Un appel émanant de la société civile libanaise et européenne, soutenue par les hommes politiques et les intellectuels partenaires du Salon du livre et d'Ulysse 2009, pourrait aider à promouvoir un Liban terre de dialogue des cultures et une neutralité à laquelle aspirent de tout leur être un grand nombre de Libanais animés de la volonté de fonder le « vivre ensemble » et de participer au mouvement ascendant de la civilisation et du progrès.


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