Puccini et la jeune fille, projeté au BIFF, repose donc sur cet épisode tragique de la vie du musicien Giacomo Puccini. Longtemps sa jeune servante, qui a mis fin à ses jours, a été considérée comme son amante - et elles étaient nombreuses, dit-on. Le tandem Paolo Benvenuti et Paola Baroni, coscénaristes et réalisateurs dans le métier, et mari et femme dans la vie, sont allés à la recherche de la vérité et ont prouvé le contraire en dépoussiérant certaines réalités historiques. De quoi ne pas plaire à l'Italie conformiste.
C'est une œuvre d'une grande beauté plastique et sonore - sans dialogues - que livre ce duo engagé dans la marche de l'histoire. S'appuyant sur la découverte de documents historiques inédits, Puccini et la jeune fille est un film qui a nécessité plus de six ans de travail et de recherches. « La recherche au niveau musical, signale Benvenuti lors de la projection du film, est l'œuvre entière de Baroni qui a opté pour des extraits musicaux de La fanciulla del West adaptés pour piano par Carlo Carignani.
Mariés en 2002, Paolo Benvenuti et Paola Baroni animent, depuis, « Intolerance », une école de cinéma située à Viareggio. « C'est là qu'est née l'idée du film, avec les étudiants qui ont travaillé sur la vie de Puccini et découvert, dans une vieille valise, des documents rares : des lettres du maestro, des photos et même un petit film de 1915, les seules images animées que l'on connaisse du musicien. Cette découverte était très importante, poursuit Paolo Benvenuti, et les biographes de Puccini seront contraints de remanier certains de leurs manuels d'histoire. » Par ailleurs, si Benvenuti n'a à son actif que six longs-métrages, c'est parce que chaque film nécessite pour lui plusieurs années de recherches. « Nous sommes comme des détectives cinématographiques », dit-il en rigolant.
Musique, maestro !
Mais pourquoi, lui demande-t-on, ce projet lui tenait tellement à cœur ? « D'abord, répond-il, parce que je suis natif de Pise, près de "Torre del Lago", la région où a vécu le grand musicien, et que toute mon enfance j'entendais parler de cette histoire qui m'intriguait. Ensuite, pour une raison d'ordre moins personnel : parce que la jeune génération ne sait rien de l'histoire. J'essaye dans mes œuvres de rendre ces jeunes des citoyens libres et non des esclaves ». « Il y aurait une troisième raison », avoue le cinéaste. En effet, remarque-ton. C'est qu'à travers cette œuvre complète qui allie toutes les disciplines artistiques, comme la peinture, la musique et certes le cinéma, il y a une véritable approche historique et sociologique de l'époque, cette différence de classes qui transparaît avec subtilité et sans ostentation. Par cette démarche, le cinéma « pur » devient ainsi un témoin, une expression artistique complète et cohérente.
Qu'en est-il de l'absence de dialogues remplacée cependant par des chuchotements ? « Parce que les lettres (lues en voix off) sont des documents historiques. Nous aurions ainsi dû écrire et inventer les paroles. Or, nous avons souhaité faire parler Puccini à travers sa musique », répond le réalisateur.
Une musique qui se retrouve non seulement dans les extraits interprétés, mais aussi « dans ce lien que nous avons voulu établir entre la composition musicale et la nature qui entourait Puccini, et où il retrouvait sa véritable inspiration.
Une inspiration mais aussi une expiration dans cette belle œuvre où bruissement de feuilles d'arbres et son de l'eau du lac deviennent « des personnages essentiels du film ».
Cette œuvre authentique, boudée par les distributeurs - car il ya « une censure mentale dans ce pays démocratique », dira le cinéaste avec beaucoup d'ironie -, a trouvé néanmoins un large public en Italie et dans tous les pays où elle a été présentée. Une immersion totale dans l'image et dans la musique à laquelle nous ont invités ces deux grands artistes.


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