Le projet ambitieux de M. Rebeiz est d'importer d'ici à fin 2009 environ cinquante mille boutures d'oliviers libanais, afin de produire à long terme une huile d'olive de très grande qualité, goûteuse, 100 % libanaise et... fabriquée en Californie.
Olive Grove Partners
Après un parcours classique dans le secteur de la construction immobilière aux USA, Farid Rebeiz, ingénieur de formation, s'intéresse un peu par hasard à l'industrie de l'huile d'olive. C'est au cours d'une rencontre avec l'ancienne ministre Nayla Moawad, directrice de la Fondation René Moawad, qu'il a soudain un déclic : « J'ai commencé à m'investir de plus en plus dans ce qui était à la base un hobby et les choses ont pris une tournure plus sérieuse vers 2006-2007. »
M. Rebeiz a entre-temps fondé la compagnie Time Olive Oil, spécialisée dans l'importation aux USA de l'huile d'olive libanaise, et établi une collaboration fructueuse avec la Fondation René Moawad (« Plus qu'une collaboration, rectifie Farid Rebeiz : une amitié et un respect mutuels. La fondation m'a offert un soutien plus que précieux. »)
Il envisage un temps de créer des oliveraies au Texas, mais ce n'est qu'en 2009 que les choses se mettent en place : « J'ai décidé de me séparer de mes partenaires et de prospecter de mon côté. J'ai alors rencontré Alexandra (Devarenne), consultante en huile d'olive, au cours d'une conférence en Californie. C'est une experte hors pair qui, avec Tom Nemcik de Novavine, a contribué à donner forme à mon projet de produire une huile d'olive de qualité supérieure aux USA. »
Le trio entreprend d'étudier, en partenariat avec le Lebanese Agricultural Research Institute (LARI) et avec l'aide de la Fondation René Moawad, les différentes familles d'oliviers 100 % libanaises, et parvient à en isoler trois. Alexandra Devarenne raconte : « Le Baladi, le Souri (de Sour, Tyr) et le Ayrouni sont considérés par les experts comme les trois variétés d'olives libanaises les plus goûteuses et les plus raffinées. Personnellement, j'ai rarement testé une huile aussi savoureuse. »
Les spécimens d'olives sont examinés minutieusement afin d'éliminer les échantillons infestés par la mouche de l'olive (Bactrocera oleae), un fléau affectant la majorité des producteurs d'olives au Liban.
Un trésor inexploité
Le LARI, dépendant du ministère libanais de l'Agriculture et qui collabore notamment avec l'Agence américaine pour le développement (USAid), est en train d'effectuer une analyse ADN de la généalogie des échantillons d'oliviers choisis par les experts collaborant avec Farid Rebeiz, en utilisant des techniques de pointe.
Le but est de s'assurer que les milliers de boutures qui s'apprêtent à embarquer vers les États-Unis sont bien d'authentiques Baladi, Ayrouni ou Souri. M. Rebeiz est réaliste : « Sur ces dizaines de milliers d'oliviers potentiels, seule la moitié peut-être vivra, se développera et produira des olives. Les boutures seront mises en quarantaine chez Novavine dès leur arrivée en Californie et surveillées pendant deux ans par le United States Department of Agriculture (USDA) afin de s'assurer qu'elles sont saines et ne véhiculent pas de maladies ou de parasites qui pourraient gravement affecter les plantations locales. C'est un processus de production à long terme, qui nécessite beaucoup de patience et de dévouement. » « Mais qui a un potentiel colossal aux USA », ajoute Tom, d'un air amusé. Alexandra partage son opinion : « Il n'y a qu'à consulter les chiffres publiés par la North American Olive Oil Association, qui représente les importateurs d'huile d'olive aux États-Unis. En 2008, les USA ont importé 17,6 millions de gallons d'huile d'olive, d'une valeur sur le marché de 689 millions de dollars. De plus, depuis 1990, la consommation locale a augmenté de 150 % en moyenne, selon les récoltes dans le bassin méditerranéen, qui, à lui seul, génère plus de 75 % de la production mondiale d'huile d'olive, d'après des chiffres remontant à 2004. Plus important encore, la production locale aux USA constitue moins de 1 % de la totalité de l'huile d'olive consommée sur place. Autant vous dire que le marché nous tend les bras. »
Farid Rebeiz, bien qu'il ne perde pas de vue son objectif premier, qui est la production d'une huile d'olive de qualité supérieure fabriquée aux USA, n'en reste pas moins fidèle à ses origines levantines, et conclut l'entretien avec lyrisme : « Le Liban possède un trésor à l'état brut, qu'il exploite peu et mal. Je voudrais d'une part démontrer à l'étranger la valeur des produits de notre terroir, mais plus encore donner l'exemple à mes concitoyens, et leur prouver qu'avec un peu de bonne volonté, tout est possible. Les agriculteurs libanais ont les conditions idéales devant eux pour obtenir un produit excellent, si seulement ils s'en donnent les moyens. »

