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Économie - Liban - Société

Jeunes actifs recherchent logement à prix abordable

L'achat d'un logement neuf au Liban n'est pas une tâche facile, surtout pour les moins de 35 ans.
Il n'est pas inhabituel au Liban pour les 25-35 ans d'être salarié à plein-temps... et d'habiter chez ses parents. Ce qui est perçu en Europe comme un échec est au Liban la norme, en dépit du fait que la plupart des jeunes salariés aspirent à plus d'indépendance. Toutefois - mis à part les obstacles religieux et socioculturels -, la raison principale derrière les milliers de Tanguy vivant chez papa-maman est le prix élevé (euphémisme) de l'immobilier au Liban.
Alain, 27 ans, cadre dans le secteur des télécommunications, n'en peut d'ailleurs plus : « Je gagne 800 dollars par mois, parfois un peu plus avec les heures supplémentaires. Mes parents se sont sacrifiés pour me payer mes études, j'ai donc commencé à reverser une partie de mon salaire à ma famille afin de la soutenir à mon tour. J'ai réussi à économiser assez d'argent pour m'acheter une voiture d'occasion et avec ce qu'il me reste pour le mois je paye ma consommation d'essence, mes repas et je m'autorise une sortie occasionnelle le week-end. Acheter mon propre appartement ? J'en rêve, car je voudrais avoir mon espace personnel, profiter de mon intimité sans subir l'interférence de mes parents, mais c'est impossible pour le moment, car je n'en ai absolument pas les moyens. »

Le prix des appartements à Beyrouth est prohibitif
Si l'on consulte une étude détaillée de Beyrouth publiée en 2008 par le mensuel économique Le Commerce du Levant, un jeune salarié envisageant d'acheter un logement au centre-ville (3 200 dollars le mètre carré au minimum) est soit un doux rêveur, soit le descendant d'une famille richissime. Le reste des grands quartiers résidentiels, toujours d'après Le Commerce du Levant, affiche en moyenne un prix de plus de 2 000 dollars le mètre carré construit : 2 100-2 500 dollars/m2 pour la rue Makdissi à Hamra, 1 600 dollars/m2 pour la rue Dabbous à Aïn el-Mraissé, 3 100-3 400 dollars/m2 rue Madame Curie à Koraytem, 1 400 dollars/m2 pour l'avenue Béchara el-Khoury, 2 500 dollars/m2 pour la rue Gouraud à Gemmayzé, 3 700 dollars/m2 rue de l'Archevêché orthodoxe à Tabaris, entre 1 300 et 2 000 dollars/m2 pour le secteur Sassine-AUST-Hôtel Alexandre.
Pour être en mesure d'acheter un logement neuf à Beyrouth, un revenu plus que confortable est donc nécessaire.
Une possibilité serait de s'installer dans la périphérie de la capitale, ou, comme Aram, 33 ans, traducteur, d'habiter carrément dans un autre caza : « J'ai déménagé à Baabda. Faire le trajet tous les jours en voiture pour aller travailler me dérange moins que de payer 750 dollars de loyer chaque mois. Je paye la moitié de cette somme pour le loyer de mon nouvel appartement, en attendant d'avoir les moyens d'acheter une maison dans la région du Mont-Liban ». Néanmoins, il est impératif d'être motorisé et, surtout, prêt à subir les embouteillages systématiques qui transforment Beyrouth en enfer matin et soir.
En contrepartie, le reste du pays affiche des prix au mètre carré sensiblement moins élevés que la capitale, même si certaines zones de Rabieh, Hazmieh ou Broummana rivalisent de cherté avec Beyrouth. D'après le Real Estate Index publié en août 2009 par le bulletin mensuel anglophone The Monthly, le mètre carré construit à Bickfaya vaut en moyenne 800 dollars, 680 dollars/m2 à Aramoun et 750 dollars/m2 à Adonis.

Peut-on facilement devenir propriétaire
à 25-35 ans ?

Il n'empêche qu'il reste relativement coûteux de se porter acquéreur, surtout lorsqu'on est par malchance beyrouthin. Les jeunes de 25-35 ans ont-ils les moyens financiers de franchir le pas et se porter acquéreurs ?
Si l'on prend en compte le fait qu'un sondage du site de recrutement Bayt.com montre que quelque 70 % des Libanais encaissent moins de 2 000 dollars par mois, il n'est pas évident pour un jeune salarié de base de parvenir à économiser assez d'argent pour se porter acquéreur d'un logement, neuf ou ancien.
Par exemple, un appartement datant d'avant-guerre, d'une superficie d'environ 100 mètres carrés situé dans le quartier populaire de Barbir (Mazraa), peut atteindre les 100 000 dollars.
Tina, 29 ans, informaticienne, gagne confortablement sa vie (salaire mensuel 1 400 dollars), mais juge qu'il lui faudra « beaucoup de temps » avant de pouvoir rassembler la somme nécessaire pour l'achat d'un appartement : « J'aimerais ne plus avoir à payer de loyer chaque mois et consacrer mon argent à l'achat d'un chez-moi, mais qui sait ce qui adviendra dans un an ? J'ai peur de franchir le pas et le regretter. »
Une hésitation partagée par beaucoup de jeunes, en raison de l'imprévisibilité du climat politique local.
Il existe néanmoins la possibilité de souscrire à un emprunt bancaire remboursable sur plusieurs années. De plus, il existe au Liban deux organismes facilitant l'accès à la propriété immobilière : la Banque de l'habitat (BH) et l'Établissement public de l'habitat (EPH), qui reposent sur un partenariat entre le secteur public et celui du privé. En 2008, près de 7 700 personnes ont profité des schémas d'accessions assistées à la propriété, empruntant 668,1 milliards de livres à la BH et l'EPH.
Mais l'accès à ces schémas est limité aux candidats qui remplissent les conditions requises et qui ont les moyens d'effectuer le dépôt de garantie nécessaire et de verser un premier paiement de plusieurs milliers de dollars. Ceci n'est pas à la portée de tout un chacun.
Ainsi, Khalil, 33 ans, barman depuis plus de 10 ans, a été qualifié de « trop instable professionnellement » par sa banque lorsqu'il a effectué une demande de prêt.
Et quand bien même les conditions nécessaires seraient rassemblées, il reste une inconnue non négligeable : le facteur SPDA, ou Situation politique dans dix ans.
Il n'est pas inhabituel au Liban pour les 25-35 ans d'être salarié à plein-temps... et d'habiter chez ses parents. Ce qui est perçu en Europe comme un échec est au Liban la norme, en dépit du fait que la plupart des jeunes salariés aspirent à plus d'indépendance. Toutefois - mis à part les obstacles religieux et socioculturels -, la raison principale derrière les milliers de Tanguy vivant chez papa-maman est le prix élevé (euphémisme) de l'immobilier au Liban.Alain, 27 ans, cadre dans le secteur des télécommunications, n'en peut d'ailleurs plus : « Je gagne 800 dollars par mois, parfois un peu plus avec les heures supplémentaires. Mes parents se sont sacrifiés pour me payer mes études, j'ai...
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