Amal Mogaizel, Facebook.
Les jeunes qui sont entrés
à Aïn el-Remmaneh n'ont rien à voir avec Amal et sont arrivés de Borj Brajneh.
Nabih Berry à Antoine Zahra via Adnane Daher
Quarante-et-unième semaine de 2009.
C'est en direct de la roseraie de la White House qu'il a dit combien il est surpris. Et humble. On le serait à moins. À bien moins. Barack Obama n'a encore rien fait. Rien accompli. Rien de concret, rien de palpable. Barack Obama a été récompensé comme on encouragerait un jeune élève passé du zéro pointé (George W. Bush ?) au huit sur vingt : de sourcils froncés en indignation, la polémique est déjà grassouillette, pleine de cholestérol.
Il y a pourtant comme de la cohérence dans cette démarche. De l'harmonie. Le vénérable comité Nobel, qui s'est justifié en parlant d'efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération entre les peuples, a étonné et détoné ; ce comité s'est désclérosé, il a changé la forme et le fond en profondeur en saluant une indiscutable anamorphose du style et de l'être-au-monde, de la forme et du fond, une double métamorphose, celle de la politique US totalement débushisée et celle imposée par le très charismatique jeune président. C'est-à-dire l'homme le plus puissant de la planète.
Mais effectivement, quelque chose ne tourne pas rond : le Nobel de la paix a été attribué au président américain parce que ce dernier est bourré de bonnes intentions, que le chemin qu'il s'est tracé pour les trois ans et demi à venir est pavé de bonnes intentions, et parce que l'espoir que son élection a fait exploser aux quatre coins de la planète ou presque (en Corée du Nord, c'était des missiles...) des myriades de bonnes intentions. Il y a quelque chose qui relève un peu de la bouffonnerie, du folklore, de la fête au village ; quelque chose qui, au lieu de singulariser Barack Obama, vulgarise et banalise absolument les acquis, parfois formidables, engrangés par une très grande partie des précédents récipiendaires du plus prestigieux des prix internationaux. Et puis il y a cette question : le jour où, on ne sait jamais, où le processus de dénucléarisation militaire du monde s'enclenchera réellement, le jour où Israël et la Palestine entreront concrètement dans une dynamique de paix, le jour où le choc des cultures sera véritablement résorbé, tout cela sous hyperinfluence Obama, de quoi le locataire de la Maison-Blanche sera-t-il récompensé ? D'une présidence ad vitam de la planète ? D'un droit de regard sur le devenir de tous les peuples ? D'un CD avec Carla Bruni Sarkozy ?
Non. Le comité norvégien du Nobel de la paix aurait sans doute été bien plus inspiré d'attribuer le prix à Michel Aoun.
Il fallait y penser : les Libanais en général et les riverains des anciennes lignes de démarcation (et les habitants du caza de Jbeil) en particulier doivent à l'omniscient chef du CPL ce qui a été décrit par sa propre personne aussi bien que par ses zélés lieutenants de garantie absolue contre le moindre dérapage entre frères, entre musulmans et chrétiens. C'est-à-dire le très présomptueux et très hypocrite document signé par Michel Aoun et Hassan Nasrallah en personne dans l'église de Mar Mikhaïl, en plein quartier mixte.
Michel Aoun est décidément magistral dans l'art d'élever la bouffonnerie politique au rang d'art de vivre.
Ce qui s'est passé dans la nuit de mardi à mercredi à Aïn el-Remmaneh est certes un crime, comme a tenu à le marteler le député du Kesrouan, originaire lui-même de l'un de ces quartiers si joliment métissés. Sauf qu'il a naturellement omis de s'étendre sur sa complicité morale dans ce crime : qui plus que Michel Aoun légitime depuis des années le concept de pérennité des armes du Hezbollah ? Qui donc, plus que Michel Aoun, contribue à surgonfler la certitude des partisans du parti de Dieu non seulement d'être bien au-dessus des lois et de la Loi fondamentale, mais de détenir le monopole du droit de vie ou de mort sur leurs compatriotes ? Qui plus que Michel Aoun joue à l'apprenti-sorcier ? Qui plus que Michel Aoun s'active à créer deux Liban, celui des périmètres de sécurité, véritables États-vampires au sein d'un État qui n'avait vraiment pas besoin de cela pour dégénérer, et l'autre, le Liban de ceux qui essaient, tant bien que mal, bon gré ou pas, de s'adapter aux impératifs du civisme et... de la citoyenneté, avec tout ce que cela exige comme devoirs à remplir et responsabilités à assumer.
On passera naturellement sur l'allusion à peine voilée du patron du CPL aux Forces libanaises, sur ces réactions à l'incident de Aïn el-Remmaneh qu'il a qualifiées de surexploitation milicienne alors même que les anti-FL les plus farouches s'étonnaient publiquement du fait que Samir Geagea n'ait rien exploité du tout. Même Nabih Berry a vigoureusement applaudi - un Nabih Berry impérial dans le message qu'il a transmis, par le biais du secrétaire général de la Chambre Adnane Daher, au député Antoine Zahra : il y a dans l'aveu qu'il a fait, dans ce tonitruant les deux jeunes gens qui sont entrés à Aïn el-Remmaneh n'ont rien à voir avec le mouvement Amal et sont arrivés de Borj Barajneh, un magistral et double pied de nez au tandem Nasrallah-Aoun. Parce que, n'est-ce pas, tout le monde sait que Borj Barajneh n'est ni un fief du Bloc national, par exemple, ni le lieu de prédilection des émigrés finlandais au Liban, et que ce quartier est sous la microscopique surveillance des forces de sécurité privées et donc miliciennes du Hezbollah.
L'incident de Aïn el-Remmaneh pourrait, à l'extrême limite, n'être qu'un acte isolé, mais même le cas échéant, il représente surtout un message d'une clarté et d'une précision inouïes, à l'heure où une reconnaissance de l'État d'Israël par l'Iran et le Hamas serait plus facile que la formation du gouvernement Hariri. Un message d'une netteté parfaite, transmis par la véritable majorité au Liban, une majorité usurpée, celle des armes, de la terreur et des milices : ici, partout sur ce territoire, nous restons (les) seuls maîtres à bord.
Non, décidément, le comité du Nobel de la paix aurait dû récompenser Michel Aoun. Et Hassan Nasrallah.
Quarante-et-unième semaine de 2009.C'est en direct de la roseraie de la White House qu'il a dit combien il est surpris. Et humble. On le serait à moins. À bien moins. Barack Obama n'a encore rien fait. Rien accompli. Rien de concret, rien de palpable. Barack Obama a été récompensé comme on encouragerait un jeune élève passé du zéro pointé (George W. Bush ?) au huit sur vingt : de sourcils froncés en indignation, la...

