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Nos lecteurs ont la parole

II. - Les nouvelles données en République islamique

Amine ISSA
Quant à Israël, depuis que l'Irak a ouvertement déclaré qu'il lui interdirait son espace aérien pour bombarder l'Iran et que la Géorgie qui, depuis l'invasion russe, ne peut plus lui servir de base de départ, a des difficultés à trouver un point de lancement pour ses bombardiers. Évidemment, il pourrait passer outre l'interdiction de l'Irak, laquelle n'a aucun moyen de l'empêcher de violer son espace aérien. Mais les Irakiens auraient-ils interdit aux Israéliens le survol de leur territoire sans l'aval des États-Unis? (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 8 octobre 2009).
Il reste à Israël l'option d'une attaque par missiles embarqués sur des sous-marins Dolphin, fournis par l'Allemagne, qui s'approcheraient de l'Iran. Cette option reste floue. De plus, Israël doit s'attendre à une réplique iranienne, par des tirs de missiles. Or on se souvient que lors de la première guerre du Golfe, les défenses antimissile n'ont pu sanctuariser le territoire israélien et le nouveau système de défense Arrow n'est pas encore au point. En tout état de cause, les analystes militaires s'accordent à dire que même si une frappe devait avoir lieu, elle ne ferait que retarder le programme nucléaire iranien et qu'en aucun cas elle ne pourrait l'annihiler.
En résumé, ni les sanctions ne semblent être efficaces, telles quelles sont envisagées, et les frappes aériennes ayant des conséquences désastreuses et des résultats positifs uniquement sur le court terme, sommes-nous dans une impasse ? Non, si seulement l'Occident admettait que son approche de l'Iran depuis la révolution de 1979 était erronée. En effet, depuis ce jour, il a été décidé de frapper d'un embargo la nouvelle République islamique et cela, les Iraniens ne l'ont pas compris. Certes, l'alliance avec les États-Unis que le chah avait instaurée fut annulée et l'ambassade d'Israël fermée. Était-ce le seul pays qui s'opposait à cette époque aux États-Unis ? Un tel embargo n'a été appliqué qu'à l'encontre d'un seul autre pays, Cuba. On s'accorde aujourd'hui à reconnaître qu'il est absurde. Quel véritable danger représentait ces deux pays pour les États-Unis ? Presque aucun. Dans le cas de l'Iran, on l'a accusé de vouloir exporter son modèle révolutionnaire dans les pays musulmans alliés des États-Unis. Cette tentative s'épuisa avec le commencement de l'agression irakienne lancée par Saddam Hussein et d'ailleurs le contentieux entre les deux branches de l'islam interdit à l'Iran de trouver des relais pour son idéologie en dehors des minorités chiites disséminées dans le monde arabe.
Seul au Liban, l'appui de l'Iran permit au Hezbollah de se développer. Mais avant de devenir, à partir des années 90, un acteur important et, pour certains, nuisible sur la scène libanaise et proche-orientale depuis le retrait israélien en 2000, ce parti s'est avant tout battu contre l'armée d'un pays, Israël, occupant le Liban. Les Iraniens jouent un rôle destructeur en Irak, certes. Mais ce sont  les États-Unis qui ont envahi l'Irak sous le faux prétexte de la présence d'armes de destruction massive et il était tout à fait légitime que les Iraniens se sentent menacés par une armée qui leur est hostile, stationnée à leur frontière. L'Iran veut posséder une bombe atomique ? Ne se sent-il pas menacé par les bombes pakistanaises (sunnites) et israéliennes qui sont les alliés de Washington?
La direction iranienne est, malgré les apparences, une direction pragmatique. Malgré les références au retour du mahdi de l'actuel président et malgré l'autorité supposée morale et politique du guide suprême, l'Iran, en 2009, n'est pas celui de la révolution. Depuis les troubles qui ont suivi l'élection d'Ahmadinajad, deux réalités prennent corps. Premièrement, les Iraniens dans leur majorité n'ont plus la même révérence pour le guide et sa théorie politico-religieuse et ils ont démontré un appétit pour la modernité et l'ouverture sur le monde qu'on rencontre rarement dans d'autres dictatures, où l'ignorance de l'évolution du monde et son assimilation sont la règle. De plus, contrairement aux autres régimes répressifs, le régime iranien, pour des raisons historiques et culturelles, laisse à l'opposition des voies d'expression inimaginables ailleurs. Le régime ne restera pas sourd ou sera contraint sous la pression interne de renoncer à son isolement si l'occasion lui est donnée.
Deuxièmement, depuis l'accession de Ahmadinejad à la présidence, le véritable pouvoir est en train de glisser graduellement des mains d'un clergé illuminé à celles d'une alliance entre hommes politiques séculiers, un clergé affairiste et les militaires, plus précisément les gardiens de la révolution. Or cette nouvelle classe dirigeante est moins attentive à la mystique de l'imam Khomeyni et hésiterait à sombrer dans l'irrationnel, comme l'a fait par exemple le fondateur du régime. Il a en effet poursuivi la guerre contre l'Irak pendant six années alors que le régime baassiste avait dès 1982 reconnu sa défaite.  
En résumé, l'Iran ne cesse de défier le monde en ignorant les résolutions de l'ONU et s'allie aux adversaires de l'Occident ce qui ne peut qu'augmenter l'animosité à son égard. Il maintient l'ambiguïté sur son programme nucléaire, ce qui ne peut qu'encourager la prolifération des armes atomiques. Or le Conseil de sécurité, réuni le 24 septembre en la présence des chefs d'État des pays membres permanents a voté une résolution pour endiguer cette prolifération. Dans le  même temps, les États-Unis et la Russie relancent leurs discussions sur le traité Start 3 en vue de réduire leurs arsenaux respectifs de têtes nucléaires. Mais l'Iran, comme nous l'avons dit, souhaite sa réintégration dans la communauté internationale. Certes l'Occident le lui propose. Mais dans quels termes ? Sous la menace et comme s'il s'agissait de lui reconnaître du bout des lèvres et momentanément, le temps de circonscrire son danger, un rôle qui est naturellement le sien. C'est une question d'attitude de la part de l'Occident.
Pour responsabiliser l'Iran et le sanctionner s'il venait à manquer  à ses engagements, il faut le traiter à la hauteur de son statut et pas comme un mauvais élève qu'on corrige ou à qui on promet une friandise s'il s'amende. C'est une question d'approche. Soit l'Iran est traité comme un partenaire responsable, et il composera vraisemblablement, et il sera toujours temps de l'ostraciser ; soit l'on continue à le traiter comme un paria à qui l'on condescend de s'amender, et l'Iran poursuivra son lent suicide quitte à entraîner toute la région avec lui.

Amine ISSA
Quant à Israël, depuis que l'Irak a ouvertement déclaré qu'il lui interdirait son espace aérien pour bombarder l'Iran et que la Géorgie qui, depuis l'invasion russe, ne peut plus lui servir de base de départ, a des difficultés à trouver un point de lancement pour ses bombardiers. Évidemment, il pourrait passer outre l'interdiction de l'Irak, laquelle n'a aucun moyen de l'empêcher de violer son espace aérien. Mais les Irakiens auraient-ils interdit aux Israéliens le survol de leur territoire sans l'aval des États-Unis? (voir L'Orient-Le Jour du jeudi 8 octobre 2009). Il reste à Israël l'option d'une attaque par missiles embarqués sur des sous-marins Dolphin, fournis par l'Allemagne, qui s'approcheraient de l'Iran. Cette option...
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