Essayant de comprendre l'importance de ce geste, et observant un scintillement dans les yeux de mon père, je lui ai demandé ce que cette cérémonie signifiait.
Je voulais savoir si cette poignée de main voulait dire que la Palestine, cette terre inconnue mais pourtant si présente dans notre quotidien, pourra enfin exister, sortir de notre imaginaire et s'inviter dans la réalité.
En guise de retour, j'obtins un long regard lourd de tristesse, plombé par un silence interminable qui semblait accompagner un défilement mnémonique d'images et de pensées. Je n'ai jamais su à quoi pensait vraiment mon père ; sa seule réponse fut très brève : « Yalla habibi, tu vas être en retard pour l'école ».
De retour de l'école ce jour-là, le tube de Snap, Rhythm is a dancer, avait complètement occulté les images du matin. Je trouvai dans ma chambre, posé bien en évidence sur mon bureau, un vieux livre intitulé Contes de Palestine de Ghassan Kanafani.
Sans tarder, je me mis à le dévorer sans même me demander pourquoi il avait été posé là, tout en sachant pertinemment qui l'avait fait...
Depuis, l'histoire s'est chargée de reléguer ces images au rang d'opportunité manquée, ou de complot déjoué, c'est selon.
Le 21 septembre 2009, c'est avec amertume que j'ai observé les images de Netanyahu et Abbas avec, en arrière-plan, le regard bienveillant d'Obama.
Sur le moment, j'ai supposé que cette amertume était principalement due à la grossièreté de la mise en scène, ou à l'insolence que les grands de ce monde ont à l'égard de notre intellect.
Ce mépris de notre mémoire qu'ils croient si courte, incapable de faire le lien entre ces images et celles que chaque président a essayé de reproduire pour se donner de la crédibilité sur la scène internationale depuis cette année 1993 ; date à laquelle un tableau similaire avait fait naître en moi l'espoir, non identifié sur le moment, d'aboutir à la fin d'un conflit que je croyais éternel, et de voir s'établir cette notion abstraite qu'on appelle la Paix.
En fait, cet arrière dégoût avait une raison toute autre, bien plus triste.
Cette fois-ci, tant d'années plus tard, je ne pouvais plus profiter de la naïveté de mon adolescence pour croire que lorsque deux ennemis arrivent à se serrer la main, cela voudra forcément dire qu'ils vont se la tenir.
L'amertume ressentie traduisait en fait la sensation d'une désillusion envahissant l'espoir de voir un jour la Palestine exister. Un pragmatisme forcé, qui nous ramène à une réalité façonnée par un passé douloureux, pour lequel pardonner devient de plus en plus difficile.
J'ai eu l'impression qu'à présent non seulement je ne croyais plus à la Paix, mais je n'étais même plus sûr de la désirer.
Heureusement, j'ai gardé le bouquin de Ghassan Kanafani.
On ne sait jamais : peut-être qu'un jour mon fils aura la curieuse idée de me poser la même question.


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