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Liban - En Dents De Scie

Rustine / Aspirine

Quarantième semaine de 2009.
Il y a quelques semaines, les Qataris ont gentiment fait savoir qu'ils étaient prêts à accueillir de nouveau les leaders libanais pour, grosso modo, les aider à trouver un moyen, n'importe lequel, de s'entendre sur un gouvernement. Tout récemment, les Helvètes, jamais les derniers pour aider leurs ex-cousins du Moyen-Orient (cette blague : pour faire une Suisse, il faut des Suisses), ont eux aussi proposé d'héberger ces Libanais sur leur territoire afin qu'ils... dialoguent. Pour peu, aussi, que ses interlocuteurs locaux le lui demandent gentiment, Henri Guaino n'aura aucun mal à convaincre Nicolas Sarkozy de prier Bernard Kouchner d'organiser un La Celle-Saint-Cloud bis, histoire de voir si l'air de la banlieue ouest parisienne favoriserait ou pas une régénérescence des neurones libanais. Même Barack Obama, avec les bons arguments, pourrait céder et accueillir les Quatorze sur Dupont Circle.
Ils feraient sans doute très bien, et les uns de proposer, et les autres d'accepter. Parce que le Libanais moyen, ni fanatique ni partisan, ni suiviste ni forcené ; le Libanais que fascinait l'idée de vivre dans un pays souverain, libre et stable, ouvert à tous les mondes, un pays désengagé de tout axe, syro-iranien ou saoudo-occidental soit-il, une sorte, justement, de swissland-oasis en cette région de tous les éclats, ce Libanais ne supporte pratiquement plus personne. Ni rien. Cette masse discrète et silencieuse, ni 14 ni 8 et qui a voté 14 en juin uniquement pour dire non au 8 ou 8 uniquement parce qu'elle déteste certains pôles du 14, cette masse ne supporte plus le vide. Ni le vide institutionnel, effarant depuis près de trois mois, ni celui, encore plus massif, des cerveaux de l'immense majorité des hommes qui les gouvernent.
Le gouvernement Hariri ne peut pas être à 100 % made in Lebanon ; il naîtra, aussi, d'une dynamique, celle de l'axe syro-saoudien. Le théorème de Walid Joumblatt, aussi insupportable soit-il, découle pourtant d'une conception ultramaîtrisée de la realpolitik. Ce qui ne veut pas dire qu'il est scientifiquement impossible que la paternité de ce cabinet soit exclusivement libanaise. Loin de là. Deux hommes, d'ailleurs, restent les farouches défenseurs de cette autogestion absolue et jusqu'au-boutiste, d'une surlibanisation sans conditions ; deux hommes que tout oppose depuis presque toujours, deux hommes qui devraient pourtant comprendre qu'il n'y a pas de hasard et que le jour où ils uniraient leurs forces, beaucoup de choses changeraient, dans la forme comme dans le fond - sachant très bien que ce jour n'arrivera jamais tellement ils sont désormais prisonniers de leurs partisans pour l'un ; de leurs paris perdants pour l'autre. Ces deux hommes s'appellent Samir Geagea et Michel Aoun.
Il y a deux façons de surlibaniser : laisser le Hezbollah continuer à imposer ses diktats en travestissant l'iranisation galopante du pays par mille et un artifices pourtant totalement éculés, ou alors attendre que Saad Hariri se décide à tuer le père. Tuer le père, dans ce cas-là, consisterait à prendre le contre-pied total de la façon de faire et de la méthodologie de feu Rafic Hariri pendant toutes les années où il occupait le Sérail. Tuer le père équivaudrait ainsi, tout en respectant la Constitution dans son esprit et dans sa lettre aussi bien que le résultat des législatives (il est grand temps aussi que s'arrête le foutage de gueule), à cesser de vouloir constamment ménager chèvres et choux. Tuer le père voudrait donc dire bénéficier concrètement et pleinement des prérogatives que la Loi fondamentale accorde à un Premier ministre désigné. Tuer le père, in fine, à l'issue de dizaines et de dizaines de journées de dupe(rie)s, à l'issue d'une mascarade d'une grossièreté insensée où tout a été dit, redit et re-redit, ce serait proposer une liste complète à Michel Sleiman et que Michel Sleiman ne pourrait pas refuser de signer (cette liste serait en harmonie totale avec le Pacte), puis, au cas où elle serait dénoncée par une opposition championne de mauvaise foi, tenir la plus complète et la plus transparente des conférences de presse. Tuer le père, c'est ne plus se taire, c'est dévoiler le tout au public, c'est casser le cercle infiniment vicieux dans lequel dégénère la praxis politique de ce pays, c'est innover, c'est oser, c'est respirer.
Saad Hariri ne prendra naturellement pas ces chemins encore quasiment vierges. Évidemment pas. C'est certes tant pis pour lui ; c'est surtout tant pis pour un pays et la majorité de ses habitants.

Quarantième semaine de 2009.Il y a quelques semaines, les Qataris ont gentiment fait savoir qu'ils étaient prêts à accueillir de nouveau les leaders libanais pour, grosso modo, les aider à trouver un moyen, n'importe lequel, de s'entendre sur un gouvernement. Tout récemment, les Helvètes, jamais les derniers pour aider leurs ex-cousins du Moyen-Orient (cette blague : pour faire une Suisse, il faut des Suisses), ont eux aussi proposé d'héberger ces Libanais sur leur territoire afin qu'ils... dialoguent. Pour peu, aussi, que ses interlocuteurs locaux le lui demandent gentiment, Henri Guaino n'aura aucun mal à convaincre Nicolas Sarkozy de prier Bernard Kouchner d'organiser un La Celle-Saint-Cloud bis, histoire de voir si l'air de la banlieue ouest parisienne...
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