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Nos lecteurs ont la parole

Comme si de rien n’était

G. SEROF
L'article « Frayké, un projet exceptionnel dans un village célèbre », publié dans votre édition du 26 septembre dernier sous la plume d'un enthousiaste, donne le vertige. Annoncer que « des religieuses décident de partager leur univers de paix et proposent un logement digne... etc. » est pour le moins surprenant. Serait-ce que ces vénérables sœurs nous invitent à rentrer au couvent pour prier et communier avec elles dans la contemplation de Dieu ? Qu'il nous soit permis d'en douter, sachant qu'elles n'ont fait que rétrocéder à des promoteurs, par la méthode du bail emphytéotique devenu classique au Liban, tous leurs droits de construire sur une parcelle qui leur appartient.
Parler d'un « village célèbre » en omettant de mentionner que le « projet exceptionnel » en question va se situer au voisinage d'une ancienne magnanerie, cadre du Festival de Frayké, et qu'il occupera un terrain libre dégageant la vue sur l'autre versant du spectaculaire Nahr el-Kelb, boisé également, c'est montrer un complet dédain à l'égard des poètes Gibran Khalil Gibran et Amine Rihani, qui ont chanté la beauté du Liban en contemplant ce paysage précisément. Que diraient-ils s'ils le voyaient rempli de bâtisses ?
En quoi, peut-on se demander, l'aménagement de « magnifiques villas, de logis haut de gamme, de jardins particuliers... », empêchera « la fuite des cerveaux » ? (Quelle manière alambiquée, soit dit en passant, de parler des Libanais tout simplement). N'est-ce pas plutôt le contraire qui va se passer ? Il est prouvé aujourd'hui que l'acquisition d'appartements dans les complexes résidentiels qui envahissent la montagne est le fait d'étrangers aux localités où ils s'implantent. Ces nouveaux propriétaires sont très souvent des ressortissants des pays arabes ou du Golfe en quête de lieux de séjour moins étouffants à tous les points de vue que les leurs.
On ne peut reprocher à un promoteur de chercher son profit avant toute chose. On ne doute pas non plus que « le permis de construire a été délivré tant par les autorités laïques (!) que religieuses (!) ». En conformité des lois et règlements en vigueur certainement en ce qui concerne les premières. Mais dans ce cas particulier de protection des sites historiques, ce sont « les autorités religieuses » qui posent problème. Les « enseignements et recommandations » énoncés dans une brochure intitulée « L'Église et le patrimoine » sont clairs pourtant. On peut citer : « Et le merveilleux don de Dieu qu'est la nature au Liban (...) appelle à en promouvoir sa protection... » Que s'est-il passé ?
Il reste en tout cas que c'est dans les administrations officielles traitant de l'urbanisme, de l'environnement et du patrimoine qu'il faut chercher les vrais responsables. On se demande alors combien de temps il faudra attendre encore avant que ne se passe le dessillement des yeux dans les ministères concernés et ne soient prises les mesures radicales qui arrêteront la dégradation du pays. Dans les républiques les plus jeunes ou les plus modestes, l'environnement, la nature, le paysage et le patrimoine sont devenus des enjeux incontournables. Chez nous, « rien ne presse ! ».
Comme d'habitude.

G. SEROF
L'article « Frayké, un projet exceptionnel dans un village célèbre », publié dans votre édition du 26 septembre dernier sous la plume d'un enthousiaste, donne le vertige. Annoncer que « des religieuses décident de partager leur univers de paix et proposent un logement digne... etc. » est pour le moins surprenant. Serait-ce que ces vénérables sœurs nous invitent à rentrer au couvent pour prier et communier avec elles dans la contemplation de Dieu ? Qu'il nous soit permis d'en douter, sachant qu'elles n'ont fait que rétrocéder à des promoteurs, par la méthode du bail emphytéotique devenu classique au Liban, tous leurs droits de construire sur une parcelle qui leur appartient.Parler d'un...
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