L'un dégaine un poignard Et l'autre confie au naï les commandements »
Mahmoud Darwiche
Orthosia/Nahr el-Bared.
C'est une tragédie qui, à elle seule, résume toute la complexité sanguinolente des relations inextricables qui unissent Libanais et Palestiniens depuis 1948.
Orthosia/Nahr el-Bared.
Pour une fois, les deux camps ont raison. Le Courant patriotique libre dans sa détermination à protéger le patrimoine historique et archéologique du Liban face à un camp qui s'est habitué à balayer comme des poussières des vestiges de civilisation, des restes de rêves, des ruines plusieurs fois millénaires à Saïda, à Beyrouth et ailleurs. Et Fouad Siniora et son équipe qui, malgré la faiblesse des dons concédés à cet effet par les pays arabes, semblent pressés de reconstruire le camp de réfugiés pour permettre aux Palestiniens de Nahr el-Bared de retrouver cette misère qui, aussi impensable, inimaginable, inacceptable soit-elle, demeure leur unique chez-soi, leur seule dignité, leur dernière propriété.
Orthosia/Nahr el-Bared.
C'est une nouvelle forme mille fois plus cruelle, plus déboussolante, plus perverse, du dilemme du prisonnier. Que dénoncer ? L'histoire ou l'humanité ? Le patrimoine que nous avons reçu en partage ou cette mince sphère de valeurs qui nous rend humains ? Le passé ou l'avenir ? La beauté ou les hommes ? La culture ou la citoyenneté ?
Orthosia/Nahr el-Bared.
Il serait peut-être grand temps de se ressaisir. De contempler sans a priori cet énième conflit de visions qui oppose le camp Siniora au généralissime de Rabieh et à ses partisans. Car cette fois il s'agit non pas de calculs politiciens mais de vie et de mort d'hommes.
L'on se rend alors rapidement compte que le paradoxe Orthosia/Nahr el-Bared n'est qu'un trompe-l'œil, qu'un leurre, qu'une chimère, qu'un mirage tracé par ceux que tout en apparence oppose mais qui, en réalité, se partagent la même vision de la Palestine, de ses ressortissants et de leur cause qui, avant d'être une affaire politique, est une question d'humanité.
Sans vouloir procéder à des procès d'intention, force est de reconnaître que les uns et les autres ne voient dans les Palestiniens que l'identité confessionnelle de la majorité d'entre eux. Que tout en s'opposant verbalement à leur implantation, les deux camps ont libanisé les Palestiniens en les réduisant à la simple dimension de membres exilés d'une collectivité donnée vivant sur la terre de la république bancale des dix-huit communautés.
Sans vouloir procéder à des procès d'intention, il est indéniable que le CPL a profité de la présence de vestiges romains à Nahr el-Bared pour saisir le Conseil d'État afin de tenter de bloquer la reconstruction du camp, dans l'espoir de pouvoir le rayer de la carte du Liban. Dans l'espoir de pouvoir éloigner un peu plus le spectre de l'implantation, non pas pour mettre Israël face aux responsabilités qui sont les siennes au nom du droit naturel et positif, mais pour empêcher une éventuelle croissance fulgurante des effectifs d'une communauté que les aounistes perçoivent comme antagoniste de la collectivité chrétienne.
Sans vouloir procéder à des procès d'intention, nul ne peut prétendre que l'affinité communautaire n'a pas été l'un des facteurs déterminants qui ont poussé Fouad Siniora à épouser avec autant d'enthousiasme et de vigueur la cause de la reconstruction du camp de Nahr el-Bared. Même si cette entreprise nécessitait la destruction pure et simple de ruines irremplaçables dont la valeur historique est inestimable.
En tout état de cause, si Fouad Siniora et son équipe sont sincères dans leur arabité, si le CPL veut vraiment contrer les desseins d'Israël comme le suggère son alliance avec le parti khomeyniste libanais, le paradoxe qui oppose en apparence la cité romaine d'Orthosia au camp palestinien de Nahr el-Bared pourrait être rapidement résolu, dépassé. Il suffit d'un rien pour couper le nœud gordien.
Pourquoi donc ne pas reconstruire le camp en préservant les ruines, même s'il faudrait pour cela élargir Nahr el-Bared ?
Le camp deviendra alors une zone archéologique qui figurera en bonne place sur les cartes touristiques du Liban. Il s'agira d'une solution idéale à la paupérisation continue des réfugiés palestiniens au Liban.
Que l'on confie une partie de notre patrimoine historique aux réfugiés. Ils en prendront soin car il s'agira de leur gagne-pain. Cette formule ne sera qu'avantageuse pour les deux peuples. L'on préservera alors le patrimoine historique du Liban, tout en relogeant les réfugiés doublement réfugiés de Nahr el-Bared ; tout en créant une forme de coopération économico-culturelle inédite entre Palestiniens et Libanais ; tout en mettant un terme à la misère qui a servi de terrain fertile à l'essor de Chaker Absi et de son gang de terroristes. Et puis le jour où les Palestiniens pourront rentrer chez eux, sur la terre de leurs ancêtres et de leurs descendants, il se trouvera toujours des Libanais prêts à prendre leur place et à exploiter les ruines romaines.
Mais pour cela, il faudrait rationaliser la vision libanaise de la présence des réfugiés palestiniens sur le territoire du Liban. Il faudrait reconnaître que le bien-être des réfugiés palestiniens est indispensable à celui des citoyens libanais. Il faudrait cesser de brandir le dossier de l'implantation comme un épouvantail pour terroriser les uns et conforter les autres. Il faudrait accepter d'accorder aux réfugiés palestiniens les droits inaliénables au travail, à la mobilité et à la propriété, sans pour autant leur concéder les droits de nationalité et de citoyenneté, non pas pour ne pas déséquilibrer les rapports démographiques intercommunautaires mais pour résister aux complots cupides d'Israël et priver les dictatures arabes de la carte des camps qu'elles utilisent systématiquement pour maintenir l'État libanais dans un état de précarité. Pour que Libanais et Palestiniens puissent enfin cesser d'être prisonniers de leurs cauchemars ataviques, de leurs peurs innées, des dilemmes de leur histoire et puissent enfin agir, comme des acteurs indépendants, sur la scène du Moyen-Orient.
Orthosia/Nahr el-Bared.C'est une tragédie qui, à elle seule, résume toute la complexité sanguinolente des relations inextricables qui unissent Libanais et Palestiniens depuis 1948.Orthosia/Nahr el-Bared.Pour une fois, les deux camps ont raison. Le Courant patriotique libre dans sa détermination à protéger le patrimoine historique et archéologique du Liban face à un camp qui s'est habitué à balayer comme des poussières des vestiges de civilisation, des restes de rêves, des ruines plusieurs fois millénaires à Saïda, à...


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