Je l'ai appelé dès 9h00 du matin, mon bon rédacteur en chef, en laissant sonner plusieurs minutes. J'étais assez agacée, mais il a fini par répondre, je l'avais réveillé, il était un tantinet grognon. Nagib, mon loulou, je t'invite à déjeuner aujourd'hui même, Louisa est en train de faire bouillir des pommes de terre nouvelles que m'a livrées hier mon ami Kamal Mouzawak, nous ouvrirons quelques petites boîtounettes de Petrossian et nous noierons ces petits œufs de champagne, tu viens, hein, je t'attends vers 13h, et tu seras gentil avec moi, je crois que j'ai foulé mon poignet. Lui : Margot, ma divine, tu ne serais pas en train d'essayer de me faire comprendre que tu n'écriras pas cette semaine ? Moi : Mais mon loulou, je suis souffreteuse, mon poignet brûle. Lui, avant de me raccrocher au nez : J'attends ton papier avant 15h00, au revoir ma très belle. Moi, très dépitée, parlant toute seule : Grrr. Je jette mon Vertu contre le mur. Très dépitée. Je me love en boule dans mes nouveaux draps blancs Yves Saint-Laurent, cloutés par Caline Chidiac. Je serre mon cahier à spirales revu par Paul Smith dans mes doigts ; ce cahier sur lequel je couche, je vautre, parfois je crache tous mes maux dits, je ne sais catégoriquement pas quoi faire, quoi écrire cette semaine, ma hotte d'or est vide, désespérément vide, j'ai plutôt envie d'écouter quelques vinyles, un peu de Marlène Dietrich, un peu de Moussorgski, je ne suis pas une usine à mots, je suis furieuse, j'admoneste Louisa qui n'ouvre pas ma Veuve Clicquot du matin assez rapidement. À propos de quoi pourrais-je bien gloser ? La cérémonie d'ouverture des Jeux de la francophonie ? C'était pas mal. Pas mal du tout, même, parfois. J'ai une petite pensée émue pour les (très) jeunes athlètes du Luxembourg et du Sénégal. Mes préférés, après mes compatriotes, bien entendu. Roselyne Bachelot est délicieuse, une coquine, je l'adore quand elle rit. J'enrage. Rien ne m'inspire en ce jour. Même pas des galipettes avec mon Houssam, pourtant excité comme un puceron, il fêtera ses vingt ans dans quelques jours et me harcèle pour un voyage à Las Vegas. Ce sot. J'avais proposé une virée romantique à Reykjavik. Il m'a ri au nez. Cette jeunesse me fatigue. Je feuillette un vieux Elle, qui pose un débat d'une importance inouïe : faut-il ou non modifier l'orthographe française ? Pfft. Je saute du lit pour ouvrir la malle qui vient de m'être livrée de Paris, bourrée à ras bord : la dernière collection Alexis Mabille et quelques samples Viktor & Rolf. Je demande à Louisa ma salade pomme de terre-caviar. Je prends un Deanxit : je ne sais définitivement pas quoi écrire. Louisa attend. C'est elle, d'habitude, qui prend note puis retranscrit tout cela, après ma dictée, sur cette horrible machine que l'on appelle ordinateur. Madame n'est pas inspirée... Eh ben, non. Madame est anxieuse : sa feuille est toute blanche. Et on ne peut pas obliger madame à écrire quand elle ne le sent pas. Madame n'est pas un scribe, un pisse-copie. Je suis Marguerite K. et je n'écrirai que si j'en ai envie. Na. Miam miam.
P.-S. : Grrr. Il a quand même évidemment obtenu ce qu'il voulait, mon rédacteur en chef. Ce loulou, ce loulou...
margueritek@live.com
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Je l'ai appelé dès 9h00 du matin, mon bon rédacteur en chef, en laissant sonner plusieurs minutes. J'étais assez agacée, mais il a fini par répondre, je l'avais réveillé, il était un tantinet grognon. Nagib, mon loulou, je t'invite à déjeuner aujourd'hui même, Louisa est en train de faire bouillir des pommes de terre nouvelles que m'a livrées hier mon ami Kamal Mouzawak, nous ouvrirons quelques petites boîtounettes de Petrossian et nous noierons ces petits œufs de champagne, tu viens, hein, je t'attends vers 13h, et tu seras gentil avec moi, je crois que j'ai foulé mon poignet. Lui : Margot, ma divine, tu ne serais pas en train d'essayer de me faire comprendre que tu n'écriras pas cette semaine ? Moi : Mais...