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Liban - Hors Piste

Les ciseaux de Hosni et le canon israélien

En dépit des efforts diplomatiques intenses déployés par Le Caire et la Ligue arabe pour appuyer la candidature de Farouk Hosni à la tête de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), l'actuel ministre égyptien de la Culture a fini par perdre le scrutin au profit de sa rivale bulgare.
Que l'Égypte, pierre angulaire du monde arabe, protagoniste régional de taille, siège de la Ligue arabe, coprésidente de l'Union pour la Méditerranée, principale alliée de Washington au Moyen-Orient et dépositaire d'une culture plusieurs fois millénaire, soit ainsi devancée sur la scène internationale par un petit pays européen, dix fois plus petit qu'elle en termes de superficie, et qui, de surcroît, souffre toujours des séquelles de l'époque soviétique, est un événement riche en significations, un synonyme de désastre.
La défaite du Caire à l'Unesco est en effet un énième symptôme du déclin continu du monde arabe sous l'impulsion des dictatures, des occupations et de l'obscurantisme ; de la réduction comme peau de chagrin de la sphère d'influence des pays arabes ; de l'incapacité de ces derniers à affronter Israël et sa diplomatie tentaculaire sur la scène internationale ; de l'inefficacité de la diplomatie arabe commune qui a essuyé échec sur échec depuis Camp David.
Il demeure que les circonstances de la défaite de Farouk Hosni remettent en avant une problématique vieille comme la catastrophe de 1967, voire celle de 1948. En effet, l'opposition tenace et obstinée d'Israël à la candidature du ministre égyptien de la Culture et la campagne déchaînée qu'il a livrée contre Farouk Hosni amènent à s'interroger de nouveau sur le fait de savoir s'il faudrait soutenir toute force, tout acteur, toute partie arabe, pour la seule et unique raison qu'il se trouve en conflit avec l'État sioniste.
Dans le cas de Farouk Hosni, l'on serait tenté de prime abord de répondre à cette interrogation par l'affirmative, pour la simple et unique raison que l'élection d'un responsable arabe à la tête de l'Unesco peut être utile dans la lutte culturelle et politique contre l'occupation israélienne. Si Farouk Hosni avait été propulsé à la tête de l'Unesco, cet organisme se serait vraisemblablement soucié davantage de protéger la ville qui figure sur la liste du patrimoine mondial de l'organisation onusienne face aux plans criminels de sa judaïsation au mépris de sa culture plurielle, de sa diversité historique, de son héritage de tolérance et de liberté. Cela aurait également permis de contrer avec davantage d'efficacité les tentatives de l'État hébreu d'ériger Jérusalem en capitale d'Israël, en violation flagrante du droit international et des résolutions onusiennes. L'élection de Farouk Hosni aurait également permis au monde arabe de dynamiser sa lutte contre les razzias israéliennes contre sa culture culinaire et son patrimoine archéologique.
Mais si l'on écarte l'aspect passionnel du dossier, l'on se rappelle rapidement que Farouk Hosni est l'une des figures du régime dictatorial qui asphyxie son pays depuis des décennies et dont « les victimes sont bien plus nombreuses que celles de toutes les guerres livrées par l'Égypte » moderne, selon les mots du romancier Alaa el-Aswani ; que ce peintre a contribué à améliorer l'image de Moubarak en acceptant son poste actuel ; que ce ministre de la Culture a pratiqué la censure qui a même touché à l'intouchable Naguib Mahfouz ; qu'il s'est soumis aux diktats d'el-Azhar ; qu'il s'est dit prêt, sans sourciller, à commettre un autodafé, pour faire preuve de patriotisme, en brûlant les livres israéliens ; qu'il n'a pas bougé le doigt pour défendre des intellectuels tels que Nasser Hamed Abou Zein, Sonallah Ibrahim ou Nawal Saadaoui face aux persécutions d'un État policier.
Soutenir un oppresseur au nom de la lutte contre l'oppression et l'occupation est-il légitime ? Certainement pas. Endosser les agissements de Hosni Moubarak, de Bachar el-Assad, de Ali Khamenei et de ses mollahs, d'Hugo Chavez, de Mouammar Kadhafi ou de Omar el-Bachir ne peut en aucun cas être un atout dans la bataille contre l'État sioniste. La liberté est une et indivisible. Et la lutte pour la libération nationale ne peut en aucun cas se faire avec l'autocratie, au risque de subir à nouveau les échecs cuisants de Gamal Abdel-Nasser. Seuls des citoyens libres peuvent mettre un terme à l'occupation israélienne et à l'hégémonie étrangère. Les sujets, eux, ne peuvent que subir...
Il est toutefois une digression inévitable dans le cadre de cette analyse. Que faire si les parties qui sont en conflit avec Israël sont dotées d'une légitimité populaire indéniable, tout en n'étant ni démocratiques ni progressistes ?
L'on pense, bien évidemment, au Hezbollah, au Hamas ainsi qu'à l'ensemble de la mouvance islamiste non terroriste. En cela, Farouk Hosni et les autres figures du système autocratique arabe ne sont en aucun cas comparables au Hezbollah ou au Hamas.
Entre la dictature et Israël, c'est blanc bonnet et bonnet blanc. Néanmoins, lorsqu'il s'agit d'une tranche de la population, l'on ne peut que la soutenir face à l'occupant tout en tentant de l'éloigner de certaines des options désastreuses qu'elle a endossées. Car la montée en puissance de l'islamisme militant et anti-israélien est l'un des symptômes de la crise que traversent les sociétés arabes, depuis l'échec retentissant du nationalisme. À problème social, solution sociale. Telle aurait été la seule attitude possible pendant la guerre de juillet 2006 ou pendant le dernier déferlement de la barbarie israélienne contre Gaza. Et telle est la seule attitude possible face à la tutelle du Hezbollah sur l'État, à moins de rechercher la guerre civile et donc la double victoire des autocrates et des occupants...
En dépit des efforts diplomatiques intenses déployés par Le Caire et la Ligue arabe pour appuyer la candidature de Farouk Hosni à la tête de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), l'actuel ministre égyptien de la Culture a fini par perdre le scrutin au profit de sa rivale bulgare.Que l'Égypte, pierre angulaire du monde arabe, protagoniste régional de taille, siège de la Ligue arabe, coprésidente de l'Union pour la Méditerranée, principale alliée de Washington au Moyen-Orient et dépositaire d'une culture plusieurs fois millénaire, soit ainsi devancée sur la scène internationale par un petit pays européen, dix fois plus petit qu'elle en termes de superficie, et...
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