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Nos lecteurs ont la parole - Échos De L’Agora

Quand Dieu est privatisé !

Par Antoine Courban
Tous les observateurs ont loué le ton plein d'aménité de Sa Clémence sayyed Hassan Nasrallah lors de son discours du dernier vendredi du mois de ramadan, consacré à Jérusalem depuis que l'ayatollah Khomeiny a institué une telle commémoration. On connaît l'importance de cette ville dans les récits millénaristes et apocalyptiques sur la fin des temps. En effet, c'est à Jérusalem que devrait apparaître l'imam occulté, le mahdi, qui éliminera toute corruption de la terre, restaurera la véritable religion du Dieu unique, établira le règne des purs et des justes, ses fidèles, en attendant la fin de l'histoire, la Résurrection générale et le Jugement dernier.
Un passage du discours de Sa Clémence retient l'attention. S'adressant à ses concitoyens libanais, le chef du parti de Dieu, ou Hezbollah, dit : « Ou vous adoptez la Résistance ou vous la laissez tranquille », usant d'une expression populaire dont la traduction approximative serait : « Ou vous lui f... la paix ».
Nul n'a compris s'il s'agissait d'un ordre, d'une sentence, d'une mise en demeure, d'une supplication, d'une requête, d'une menace, d'une prière, d'un chantage inavoué ou tout simplement d'un échange courtois de bonnes manières. Sa Clémence a omis de préciser ce qu'il entend par « f... la paix » à la Résistance. Supposons que je ne souhaite pas, chez moi, adopter la logique de Sa Clémence et accepter ce corps nouveau (la Résistance) que les maîtres de la Perse, ou les élus de la secte, ont fait pousser dans mon jardin : que dois-je faire pour laisser ce corps se nourrir tranquillement de mon potager et de mon verger ?
Comment puis-je faire pour ne pas déranger Sa Clémence et les siens dans ce qu'ils font chez moi et chez eux, bref chez nous, sans me demander mon avis ? Dois-je me soumettre à la volonté des purs et des élus de la secte, comme le peuple de Palestine doit se soumettre à celle du peuple élu de Dieu, représenté par l'organisation sioniste et son idéologie d'apartheid ? Dois-je choisir de voguer sur les routes de l'exil afin de laisser la place libre à Sa Clémence et à ses compagnons de la secte qu'il appelle Résistance ? Dois-je donner tout ce que je possède en implorant qu'on me laisse un petit coin de ma cave où je resterai tranquille, osant à peine respirer afin de ne pas encourir les foudres de la divinité qui préside aux destinées du groupe des purs et des élus hyperarmés ? Que dois-je faire pour que Sa Clémence et les siens s'estiment enfin repus et satisfaits ?
Il y a belle lurette que plus personne n'a le courage de rappeler à Sa Clémence, et aux élus de son mouvement, qu'il leur appartient d'être au service du Liban et non l'inverse, pour la raison élémentaire qu'ils sont des citoyens libanais comme les autres. Leur allégeance doit aller à leur patrie, et ce n'est pas la patrie qui doit se soumettre à l'arbitraire de leur volonté. La courtoisie nous autorise à user du même vocabulaire que Sa Clémence pour dire à tout groupe de pression, tout parti politique, toute secte religieuse, toute personnalité en vue : « Ou vous proclamez votre allégeance au seul Liban, ou vous le laissez tranquille. »
Que me demande-t-on de faire concrètement ? Dois-je ne rien dire sur les malversations financières criminelles d'un bandit comme l'escroc Ezzeddine ? M'est-il permis de qualifier la mort du capitaine Samer Hanna de meurtre délibéré et non d'accident fortuit ? Dois-je me faire violence et me convaincre que tout ce que fait un élu ou un pur, membre de la secte, est en principe couvert par l'impeccabilité d'un dieu et de ses vicaires ?
Le Dieu que la plupart d'entre nous connaissent est appelé le Clément (al-rahman), le Miséricordieux (al-rahim), le Compatissant (al-ghafur), le Doux (al-latif), l'Affectueux (al-wadud), le Bienveillant (al-hafiz), le Reconnaissant (al-chakur), le Généreux (al-karim) etc. Est-ce le même être qui aurait besoin des manœuvres politiciennes de quelques fidèles sur terre afin d'administrer ses affaires au ciel ? Comment comprendre que le Tout-Miséricordieux, le Très-Doux, puisse se communiquer à travers l'apologie de la violence et le refus de toute altérité ? Lorsque l'Omniscient (al-alim), ou le Pourvoyeur (al-razzaq), doit s'accommoder des murs étroits de structures humaines, il en est réduit à se laisser privatiser, circonscrire, contrôler, au service d'un groupe d'élus autoproclamés. La méchanceté humaine serait moins perfide si elle avait le courage d'opprimer et de tuer en son propre nom, et non en celui d'un dieu de bonté.
Dieu peut-il marcher derrière ses adeptes ? Peut-on envisager que le Créateur pourrait se laisser enfermer dans la tête d'un missile ?
Tous les observateurs ont loué le ton plein d'aménité de Sa Clémence sayyed Hassan Nasrallah lors de son discours du dernier vendredi du mois de ramadan, consacré à Jérusalem depuis que l'ayatollah Khomeiny a institué une telle commémoration. On connaît l'importance de cette ville dans les récits millénaristes et apocalyptiques sur la fin des temps. En effet, c'est à Jérusalem que devrait apparaître l'imam occulté, le mahdi, qui éliminera toute corruption de la terre, restaurera la véritable religion du Dieu unique, établira le règne des purs et des justes, ses fidèles, en attendant la fin de l'histoire, la Résurrection générale et le Jugement dernier.Un passage du discours...
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