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Liban - En Dents De Scie

Le bûcher de toutes ses vanités

Trente-huitième semaine de 2009.
Il n'est plus facile ni évident d'être Hassan Nasrallah.
Se serait-il fait violence et aurait-il décidé, dès le joli mois de mai de l'an 2000 et dans la foulée du retrait israélien, de ne privilégier et de ne jouer que la carte libanaise ; aurait-il eu le bon sens de faire comprendre à ses mentors syriens et surtout iraniens qu'il n'est jamais bon, sur le long terme, d'user et d'abuser du Liban comme arène internationale et, enfin, aurait-il eu l'intelligence de lire et de relire, jour après jour, les recommandations et autres exhortations de cheikh Mohammad Mehdi Chamseddine, que le secrétaire général du Hezbollah aurait été à jamais adoubé et adoré non pas par la très grande majorité de ses coreligionnaires seulement, mais par l'ensemble des Libanais.
Parce que, n'est-ce pas, à quoi cela sert-il aussi d'être idolâtré par une masse populaire, d'Islamabad à Casablanca en passant par Téhéran, Koweït et Ankara, à l'heure où près des deux tiers de ses propres compatriotes le décrient, l'insultent ou le vouent aux gémonies ? En n'oubliant pas un petit détail : que si la guerre de juillet avait ravagé leur territoire, leurs maisons, leurs infrastructures et tué leurs femmes, leurs enfants, leur avenir, ces gens-là, ces bâtisseurs de piédestaux, ces faiseurs d'icônes ne se seraient sans doute pas mis à vénérer le patron du Hezb ni à faire de lui le Che musulman.
Il n'est plus facile ni évident d'être Hassan Nasrallah.
Si vous ne voulez pas aider la résistance, laissez-la au moins en paix.
Elle aurait été sanctifiée, cette résistance, si elle s'était mise au service d'un pays, d'une nation, ne serait-ce déjà que d'un État. Mais cette résistance
anti-israélienne a préféré se transformer en milice. En une véritable milice, travestie certes, maquillée, pomponnée, mais qui, comme toute véritable milice, a commencé par s'arroger les prérogatives de cet État (le terreau était certes tout idéal : l'État en question brinquebalait carrément), ne serait-ce que la décision de guerre et de paix, puis comme toute véritable milice, s'est retournée contre l'intérieur, contre les Libanais en général et les sunnites en particulier, pour enfin se laisser aller à l'essentiel : le coup d'État blanc, le terrorisme politique, sûre et forte de son impressionnant arsenal.
En l'état, ce n'est pas un droit que de ne pas laisser cette résistance tranquille. C'est un devoir. Et contre les armes du Hezbollah, face à cette espèce de pseudocaution que lui confèrent, sous la forme d'une dimension nationale et extracommunautaire, Michel Aoun et un courant au sein du CPL, il n'y a pas que le choix des larmes. Face à cette résistance anti-israélienne, une autre résistance, par la force des choses, est née, a grandi, s'est imposée, maladroite, terriblement maladroite sans aucun doute, mais impérativement nécessaire : la résistance politique ; celle, cahin-caha, de l'Alliance du 14 Mars, celle, aussi, n'en déplaise à beaucoup, de ce néocentrisme que veut incarner aujourd'hui, tout aussi gauchement, un Walid Joumblatt pris entre marteau(x) et enclume(s), celle, enfin, d'un patriarche maronite infiniment pétri de bon sens et qui dit tout haut ce que beaucoup pensent bien bas.
Il n'est plus facile ni évident d'être Hassan Nasrallah.
Le patron du Hezbollah assure qu'il ne veut pas commencer une guerre contre Israël, mais que si l'État hébreu fait le moindre geste offensif à l'encontre du Liban, il n'hésitera pas une seconde, jurant que la résistance est en mesure de détruire la moitié de l'armée israélienne.
Mais qu'il la fasse cette guerre contre Israël ! Qu'il la fasse donc. Qu'il s'y lance, sans cette prétention inouïe qu'il a eue en 2006, sans cet aventurisme meurtrier dont il a été l'initiateur ; qu'il la fasse cette guerre en mettant ses capacités, toutes ses capacités, au service de l'État. Qu'il la fasse cette guerre contre Israël si c'est le prix à payer pour que le Hezbollah arrête de faire la guerre contre... le Liban. Qu'il la fasse - mille fois plutôt qu'une. Qu'il arrête donc son jihad contre le Liban, minutieusement orchestré entre phagocytage de l'État, vampirisation de la loi, hijacking politique, chantages et autres 7 mai 2008.
Il n'est plus facile ni évident d'être Hassan Nasrallah.
Le discours du secrétaire général du parti de Dieu à l'occasion de la journée d'al-Qods était certes tout en nuances, en bémols, en demi-teintes et en sucre. À la bonne heure. Sauf que ce discours est en réalité une insulte à la démocratie. En prétendant que le fait que l'opposition n'ait pas désigné un candidat pour la présidence du Conseil est un signe positif, en rajoutant que cette nomination aurait pu être perçue comme une volonté d'aggraver la situation, Hassan Nasrallah ne fait pas seulement dans l'hypocrisie la plus élémentaire (les mots de Sélim Hoss, peu connu pour son haririsme forcené, résonnent encore dans tous les tympans : l'abstention de l'opposition est le comble de l'abandon d'un devoir qui incombe à un député, a ainsi jugé, scandalisé, l'ancien Premier ministre) : il gifle aussi, au passage, l'intelligence des Libanais. En prenant soin, comme il sait le faire, de terminer, cerise sur le gâteau, par une menace tout enrobée, mais une menace claire et nette : Il vaut mieux arriver tard que de détruire son pays.
À l'heure où dans tout pays normalement constitué une majorité gouverne et assume ses responsabilités et une minorité s'oppose et sanctionne (encore une fois, le bon sens de Nasrallah Sfeir fait diablement mouche), Hassan Nasrallah, lui, se noie dans l'éloge de la tortue. Un éloge aussi inepte que dangereux. Comme d'habitude.
Trente-huitième semaine de 2009.Il n'est plus facile ni évident d'être Hassan Nasrallah.Se serait-il fait violence et aurait-il décidé, dès le joli mois de mai de l'an 2000 et dans la foulée du retrait israélien, de ne privilégier et de ne jouer que la carte libanaise ; aurait-il eu le bon sens de faire comprendre à ses mentors syriens et surtout iraniens qu'il n'est jamais bon, sur le long terme, d'user et d'abuser du Liban comme arène internationale et, enfin, aurait-il eu l'intelligence de lire et de relire, jour après jour, les recommandations et autres exhortations de cheikh Mohammad Mehdi Chamseddine, que le secrétaire général du Hezbollah aurait été à jamais adoubé et adoré non pas par la...
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