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Liban - En Dents De Scie

14 février 2005, bis

Trente-septième semaine de 2009.
Le Qatar. Ce cher Qatar et son émir : Hamad ben Khalifa al-Thani est un stratège absolu et ne poursuit qu'un seul but : transformer son pays en un mini-ONU du Moyen-Orient. Ce cher Qatar qui entend devenir le premier et carrément l'unique médiateur pour tous les conflits, et il y en a au quintal, de la région. Ce cher Qatar qui peut parler avec tout le monde et dont tout le monde a, quelque part, besoin : avec le Hamas, avec les ayatollahs, avec Shimon Peres, avec Barack Obama et surtout Nicolas Sarkozy, et avec les Libanais en général et le Hezbollah en particulier.
Ce cher Qatar qui s'est tout récemment proposé, avec une ingénuité confondante et une célérité extraordinaire, par la voix de son Premier ministre et pratiquement du perron de l'Élysée, d'organiser et naturellement d'accueillir un Doha II - à l'heure pourtant où personne n'a oublié à quel point Doha I n'était qu'une malheureuse, vaillante mais malheureuse aspirine administrée à un cancéreux en voie de métastase : le Liban des confessions et des sectes. En fait, Doha I n'était pas qu'une supercherie, qu'une illusion ; Doha I était aussi, surtout, un crime. Un crime contre l'irremplaçable (pour l'instant) accord de Taëf ; un crime uniquement absous parce qu'il a réussi, le plus artificiellement du monde certes, à endiguer les désastreuses et létales conséquences du 7 mai 2008. Doha I a creusé la tombe de Taëf (immense ironie lorsque l'on mesure tout cela à l'aune des divergences endémiques entre le Qatar, ce cher Qatar, et l'Arabie saoudite) ; Doha II, s'il a lieu, l'enterrera.
Ce qui se murmure depuis quelques semaines dans les méandres du landernau politique libanais, notamment dans les couloirs du palais de Baabda et maintenant dans les recoins de celui de Beiteddine, est une réalité : ce qui s'est passé cette semaine, c'est-à-dire le dynamitage par un revers de turban ou de cravate orange de 73 jours de travail acharné pour enfin doter le Liban d'un gouvernement en bonne et due forme, c'est-à-dire l'aboutissement des efforts acharnés du camp du 8 Mars pour empêcher cette naissance par tous les moyens : Saad Hariri a jeté l'éponge, tout cela n'est en fait qu'un deuxième 7 mai 2008, l'acte II du putsch fomenté par l'opposition contre le système, contre la formule libanaise. L'acte I était militaire, l'acte II est politique, mais tout s'inscrit dans une même dynamique : d'où la promptitude record du Qatar, ce cher Qatar, à lancer sa proposition.
D'où cette promptitude à parler déjà de ce Doha II qui, pour réussir, tout le monde le sait, devra imposer la surréelle et mortifère équation suivante : doit gouverner au Liban la partie qui a perdu les élections législatives. En d'autres termes : au Liban, il faut désormais que le pouvoir soit entre les mains des seules milices, celle qui détient les armes (le Hezbollah) et celle qui détient la vérité absolue (le CPL).
Il y a plus, il y a pire encore. Et une dynamique, surtout lorsqu'elle est milicienne, en cache toujours une autre. Pire.
Bien sûr, le camp du 8 Mars ne veut pas de gouvernement avant que ne soit prononcé l'acte d'accusation du Tribunal spécial pour le Liban, chargé notamment de faire toute la lumière sur l'assassinat de Rafic Hariri. Et encore : rien ne dit qu'il en accepterait l'inéluctabilité après. Une chose ferait qu'il change d'avis, qu'il entérinerait un cabinet présidé par le fils de la victime : que Michel Sleiman soit lahoudisé, c'est-à-dire anamorphosé en Élisabeth d'Angleterre avec ou sans ses bijoux, et que le 14 Mars soit littéralement muselé par un tiers de blocage en acier. Sauf que le 8 Mars, pour des considérations locales mais surtout régionales, n'entend pas s'arrêter en si bon chemin. En empêchant par tous les moyens possibles et imaginables ce qui est à la base de la vie politique libanaise : la formation d'un gouvernement au lendemain de l'expression de la volonté populaire dans les urnes, le binôme Hezb-CPL ne pense pas seulement à réussir son coup d'État, à réussir l'acte II. Il veut donc plus, il veut donc pire : il veut aussi un deuxième 14 février 2005. Un deuxième assassinat d'un Hariri. Un assassinat politique cette fois, aussi politique qu'est ce second 7 mai, aussi explosif qu'étaient les premiers 14 février et 7 mai.
Pour le moins, il y a, au sein de ce 8 Mars et de ses parrains régionaux, de la suite dans les idées. Les quatre étapes, de février 2005 jusqu'à septembre 2009 en passant par mai 2008, convergent toutes vers un même but : décapiter le sunnisme politique au Liban, hyperincarné par la famille Hariri (voilà pourquoi un retour au Sérail de Fouad Siniora, son pire cauchemar pourtant, ne gênerait pas tant que cela ce 8 Mars). Naturellement, personne ne dirait que l'inverse n'est pas vrai, que la volonté d'annihiler le chiisme politique au Liban n'existe pas : mais tant que le Hezbollah est armé, et jusqu'aux dents, ce plan restera une chimère infinie.
En attendant, force est de constater, sur le terrain, dans la pratique, loin de toute théorie (du complot soit-elle ou autre...), que l'opération 14 février 2005 politique est lancée. Peu importent les raisons, ou ce(ux) qui se cache(nt) derrière ; ce qui compte, c'est comment l'arrêter. Et ce n'est certainement pas un Doha II, III ou IV, aussi bonnes que soient les volontés de la famille al-Thani, qui y arriverait. La solution, et cela devrait faire plaisir à un Michel Aoun qui visiblement s'amuse de plus en plus au jeu du qui perd gagne, est locale, purement locale, et deux hommes, deux seulement, l'ont entre leurs mains, tous deux boostés par la majorité du peuple libanais.
Il y a d'abord, évidemment, Saad Hariri. Qui sera sans aucun doute de nouveau nommé mercredi soir, à l'issue des nouvelles consultations parlementaires. Et qui ne semble aucunement vouloir se suicider politiquement - loin de là (d'où le tir de roquettes, ce vendredi, contre Israël à partir d'une zone hypercontrôlée par le Hezbollah ?). Il y a ensuite, et surtout, Michel Sleiman. Le premier se doit, dans les deux semaines à venir au maximum, de proposer au second une formule, 15-10-5 soit-elle ou extraparlementaire et bien plus réduite. Et le second se doit de la signer, que l'opposition le veuille ou pas.
Ce sera bien la première fois qu'une doïka présidentielle œuvrera au service du Liban. Et au Liban, comme ailleurs, il faut un début à tout. Même aux contre-attaques.
Trente-septième semaine de 2009.Le Qatar. Ce cher Qatar et son émir : Hamad ben Khalifa al-Thani est un stratège absolu et ne poursuit qu'un seul but : transformer son pays en un mini-ONU du Moyen-Orient. Ce cher Qatar qui entend devenir le premier et carrément l'unique médiateur pour tous les conflits, et il y en a au quintal, de la région. Ce cher Qatar qui peut parler avec tout le monde et dont tout le monde a, quelque part, besoin : avec le Hamas, avec les ayatollahs, avec Shimon Peres, avec Barack Obama et surtout Nicolas Sarkozy, et avec les Libanais en général et le Hezbollah en particulier. Ce cher Qatar qui s'est tout récemment proposé, avec une ingénuité confondante et une célérité extraordinaire, par la...
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