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Nos lecteurs ont la parole

14 septembre 1982 : le perpétuel souvenir

Youssef Georges HADDAD
J'aurais bien aimé faire un voyage dans le temps, être en compagnie du président martyr Bachir Gemayel et ainsi que des autres géants comme le président Camille Chamoun, cheikh Pierre Gemayel et tous ces monstres sacrés qui avaient bâti le Liban d'aujourd'hui, pour écouter leurs commentaires et impressions sur les élections législatives, la formation du gouvernement et tant d'autres thèmes...
Il fut tué car nos voisins, ou plutôt cette société anonyme, cette nébuleuse qui gère notre guerre depuis des décennies, a décidé que le Liban des 10 452 kilomètres carrés ne devait pas avoir un président fort et que ce pays devait rester le laboratoire d'expérimentation pour les uns et les autres. Le Liban ne suffisait plus. Ainsi, depuis plus de cinquante ans, les pays du pacte de Bagdad provoquent les séismes dans la région. L'Irak s'est mis de la partie et voilà que, des côtes iraniennes jusqu'à la Méditerranée, tout se met en place pour une explosion régionale.
Bachir aurait-il accepté la guerre que se font les chrétiens, la division des Forces libanaises et l'acharnement contre eux ? Il avait tout préparé pour intégrer cette milice chrétienne dans les institutions de l'État, lui qui a défendu et sauvé ces institutions - ce que le Hezbollah est en train de faire ou a déjà fait. On lui reprochait d'avoir unifié les chrétiens par la force ? Oui, c'est vrai, mais avait-il le choix. En tous les cas, il a su les mener à une victoire, éphémère certes, ce qui a fait peur aux uns et aux autres.
Cher Nadim, voilà l'héritage que Bachir t'a laissé, à toi, aux Libanais en général et aux chrétiens en particulier. Héritage dont lui-même avait hérité bien avant sa naissance. Il te faudra plus d'une vie pour trouver les solutions et en venir à bout.
L'assassin de Bachir ? Toujours impuni. La guerre de la Montagne ? Les déplacés ne sont toujours pas de retour. Les Palestiniens armés ? Ils le sont toujours dans et hors des camps. Les chrétiens ? Encore plus divisés que jamais, les maronites en particulier, en lutte pour le pouvoir, l'argent et la domination. Les musulmans ? Guerre fratricide entre chiites et sunnites. Les 10 452 km2 aux Libanais ? Plus jamais aux Libanais seuls. Les maronites vendent leurs terres au Sud et au Metn, les orthodoxes au Nord et à Beyrouth, les grecs-catholiques dans la Békaa. Taëf ? L'accord n'a laissé aucune prérogative au chef de l'État. Le décret de 1994 ? 110 000 étrangers musulmans naturalisés. Nationalité, élections et droit de vote ? Où en est le droit de vote aux émigrés ? Où en sont les droits de la femme lui permettant de transmettre sa nationalité à sa progéniture ? Les meurtres restent un mystère ? Que sont devenues les enquêtes sur les meurtres perpétrés durant ces dernières années, à commencer par l'assassinat de ton cousin Pierre ? Les politiciens ? Les mêmes, ou sinon par héritage de sang. Jamais de démission pour assumer les responsabilités. Le peuple ? Des moutons de Panurge. Vers quel avenir mène-t-on les chrétiens ?
Les salafistes ? Qui les finance, comment leur faire face ?
Eh bien, cher Nadim, comme tu peux bien t'en rendre compte, le Liban ne se résume pas à la place Sassine, l'église de la Médaille miraculeuse et les discours tonitruants. Cela ne saurait résoudre les nouveaux problèmes ci-haut mentionnés. Tu ne peux pas t'en tenir éternellement, au sujet du Hezbollah et de ses armes, sujets d'ordre géopolitique et qui, d'après entre autres ton oncle Amine, sera discuté autour de la fameuse et éternelle « table des négociations »
Occupe-toi de tes électeurs et de la région que tu représentes. Écoutes les doléances du peuple et poursuis leurs besoins en infrastructure. C'est là une immense tâche.
Bachir, du ciel, nous regarde et pour la première fois il se pose la question : que va faire mon fils, qu'est-il venu faire dans ce bourbier ? Il est venu faire ce que son grand-père et son père ont commencé il y a 100 ans ; il essaie de continuer une mission dure et difficile, au nom d'une famille qui a payé un lourd tribut, et cela ne s'arrêtera pas de sitôt.
Bon courage, bonne chance. Que Dieu te vienne en aide, l'ami.

Youssef Georges HADDAD
J'aurais bien aimé faire un voyage dans le temps, être en compagnie du président martyr Bachir Gemayel et ainsi que des autres géants comme le président Camille Chamoun, cheikh Pierre Gemayel et tous ces monstres sacrés qui avaient bâti le Liban d'aujourd'hui, pour écouter leurs commentaires et impressions sur les élections législatives, la formation du gouvernement et tant d'autres thèmes...Il fut tué car nos voisins, ou plutôt cette société anonyme, cette nébuleuse qui gère notre guerre depuis des décennies, a décidé que le Liban des 10 452 kilomètres carrés ne devait pas avoir un président fort et que ce pays devait rester le laboratoire d'expérimentation pour les uns...
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