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Liban - Hors Piste

Peace we can ?

D'une certaine façon, Barack Obama ne pouvait que décevoir. L'actuel président américain avait suscité beaucoup trop d'espoirs lors de son accession à la magistrature suprême pour être à la hauteur des attentes de ses concitoyens et de ces centaines de millions d'individus à travers le monde meurtris par les frasques sanguinaires de l'ère Bush.
Déjà, la popularité de Barack Obama est en chute libre aux États-Unis. Pourtant, l'intronisation d'un homme noir à la présidence de la première puissance mondiale, malgré les blessures des siècles d'esclavage et de racisme, malgré la montée en puissance des forces de droite et des partis xénophobes et racistes à l'échelle mondiale, malgré le travail de sape et d'inversion systématique des valeurs démocratiques auquel s'étaient livrés les néo cons, avait réveillé mille et un rêves de lendemains chantants dans les esprits des très nombreux déçus du nouvel ordre mondial, Américains compris. Sauf que le changement, ce fameux change auquel Barack Obama avait poussé le monde entier à croire, n'est pas une affaire facile. Et même à supposer que le président américain est réellement mû par une volonté de changement drastique et profond - ce qui n'est guère évident - il ne peut que faire avec le tout-puissant establishment politico-économique américain et donc mondial qui est plutôt enclin à l'inertie et qui ne manquerait pas de s'opposer à toute réforme structurelle susceptible de nuire à ses intérêts. Les innombrables difficultés que rencontrent actuellement la réforme du système médical américain ou celle des règles de rémunération des as de la finance qu'a proposées le patron de la Maison-Blanche sont autant de preuves de l'impossibilité de tout changement fulgurant.
Si l'on passe outre à l'obamania et au désenchantement que ce phénomène devait inéluctablement entraîner, l'on ne peut que reconnaître qu'il est beaucoup trop tôt pour commencer à dresser le bilan de l'action menée par l'encore nouvelle administration américaine. Tout en se gardant de tout empressement, l'on peut toutefois d'ores et déjà évaluer les premiers fruits de la politique proche-orientale de l'équipe Obama, les résultats de l'action menée par cette dernière pour faciliter la paix dans la région ayant commencé à se concrétiser.
L'on ne peut que saluer à cet égard les efforts intensifs déployés par Washington pour relancer un processus de paix qui a sombré dans la léthargie depuis la fin du mandat de Bill Clinton. Néanmoins, les prémices de cette action ne sont guères prometteuses.
En dépit des interminables pérégrinations des émissaires, des pressions intensives exercées sur Tel-Aviv, des déclarations relativement sévères à l'égard d'Israël, les États-Unis n'ont réussi ni à convaincre le trio Netanyahu-Barak-Lieberman d'adopter sans ambages la solution des deux États ni à l'astreindre à geler, ne serait-ce que temporairement, pour une période dérisoire de quelques mois, la colonisation qui dévore chaque jour un nouveau fragment de ce qui reste de la Palestine. Si les USA n'arrivent même pas à arracher cette modeste concession à Israël, comment réussiront-ils à favoriser le retour des réfugiés palestiniens sur leur terre, à assurer la viabilité et la continuité géographique du futur État palestinien, à garantir que Jérusalem-Est soit sa véritable capitale, à obtenir le démantèlement des colonies qui parcellisent la Cisjordanie et la transforment en archipel, à faciliter un accord équitable sur le partage des ressources naturelles et notamment de l'eau entre Israéliens et Palestiniens, à imposer la libération inconditionnelle et rapide de tous les détenus palestiniens dans les geôles de l'État hébreu ? Comment Washington, parrain indispensable de toute négociation régionale, pourra-t-il résoudre ces questions sensibles sans lesquelles il n'est pas de paix possible, s'il s'est avéré incapable de préparer le terrain à la simple reprise des pourparlers ?
L'impuissance manifeste de la diplomatie américaine face à l'obstination de Tel-Aviv et l'enracinement de l'extrémisme dans une société israélienne fondée sur la violence et l'exclusion engagent à penser que la paix demeure une chimère, du moins à moyen terme, et que l'initiative des États-Unis est vouée à l'échec. « George Mitchell n'est désormais guère plus efficace que Tony Blair », ironisait dernièrement, en privé, un éminent dirigeant local...
Si le Liban, lui, n'est pas directement concerné par le processus de paix car les quelques points qui demeurent en suspens entre le pays et Israël ne peuvent être réglés que par l'application des résolutions onusiennes et non pas par les négociations, le cafouillage de la politique régionale des États-Unis et l'éloignement de toute perspective de paix en Palestine sont susceptibles de catalyser des complications létales sur la scène locale. La capacité de nuisance en interne de la conjoncture régionale n'est en effet plus à démontrer, d'autant plus que le dossier palestinien, qui demeure la principale cause du Moyen-Orient, et la situation libanaise sont inextricablement enchevêtrés.
La donne régionale ne saurait admettre une nouvelle période de pourrissement. En l'absence de processus de paix, ce sont les menaces de guerres et de conflits militaires qui se font de plus en plus pesantes sur le Moyen-Orient et donc sur le Liban qui constitue depuis des décennies le terrain de prédilection pour le règlement dans le sang des différends étrangers.
Nombreux sont les canaux que peuvent emprunter les protagonistes régionaux pour transposer au Liban un éventuel règlement de comptes par la violence. Il pourrait s'agir d'une énième agression barbare israélienne contre le pays, d'une guerre israélo-iranienne, d'une nouvelle vague d'assassinats de personnalités, de l'apparition d'un Fateh el-Islam bis, de la réalisation du scénario Der Spiegel, etc. Mais dans tous les cas, le front interne libanais est trop affaibli par les dissensions intermusulmanes qui couvent sous la cendre pour affronter la moindre turbulence inspirée par l'étranger.
Face à l'insouciance dont fait preuve la plupart de la classe politique à cet égard, il convient de rappeler encore une fois que l'affaire Gebran Bassil et la distribution des maroquins ministériels sont des dossiers dérisoires en comparaison avec les dangers de guerre civile qui guettent encore le pays. Que si quelques concessions suffisent à former le gouvernement malgré le blocage régional, il vaut mieux les fournir aujourd'hui avant qu'il ne soit trop tard. Que les batailles chimériques que se livrent les uns et les autres sont inutiles et ne sauraient modifier un rapport de force interne qui perdurera tant que le Hezbollah conservera ses armes. Et surtout, que les stratégies à la Mahmoud Abbas ou Khaled Mechaal sont pour le moins suicidaires et ne peuvent que servir les intérêts de l'occupant et du voisin, dictateur manipulateur...
D'une certaine façon, Barack Obama ne pouvait que décevoir. L'actuel président américain avait suscité beaucoup trop d'espoirs lors de son accession à la magistrature suprême pour être à la hauteur des attentes de ses concitoyens et de ces centaines de millions d'individus à travers le monde meurtris par les frasques sanguinaires de l'ère Bush.Déjà, la popularité de Barack Obama est en chute libre aux États-Unis. Pourtant, l'intronisation d'un homme noir à la présidence de la première puissance mondiale, malgré les blessures des siècles d'esclavage et de racisme, malgré la montée en puissance des forces de droite et des partis xénophobes et racistes à l'échelle...
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