Les ministres des Finances de l'Union européenne se retrouvent à Bruxelles pour préparer le sommet du G20 des 24 et 25 septembre aux États-Unis sur la réforme du système financier mondial. Avant cela, les pays du G20 se réuniront au niveau des ministres des Finances vendredi et samedi à Londres.
Rémunérations des banquiers, paradis fiscaux, fonds spéculatifs (hedge funds) devraient être autant de sujets abordés aujourd'hui, à côté du financement du Fonds monétaire international (FMI), des stratégies de sortie de la crise, ou encore du financement du changement climatique.
Les chefs d'État et de gouvernement de l'UE devraient ensuite se réunir pour un sommet extraordinaire le 17 septembre afin de finaliser leur position commune avant Pittsburgh.
La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy, qui se sont rencontrés lundi soir, militent en particulier pour une limitation des bonus des banquiers au niveau international, alors que nombre d'établissements recommencent à attribuer de généreuses primes malgré la crise.
M. Sarkozy a annoncé la semaine dernière qu'il prônerait auprès de ses partenaires du G20 à Pittsburgh une telle limitation, au lendemain de l'annonce en France de mesures acceptées par les banques pour limiter les primes versées à leurs traders.
Mercredi à Bruxelles, « on va proposer à nos partenaires européens d'avoir des messages forts sur le sujet des rémunérations » au niveau international, a indiqué à l'AFP une source française, l'objectif étant que le G20 adopte des positions « plus ambitieuses ».
Paris va aussi « proposer à ses partenaires européens de prendre des mesures similaires à ce qu'on a fait en France », où les dispositions sont « plus précises », avec des « durées, des quantités, des limites », a indiqué la source française.
Le ministre belge des Finances, Didier Reynders, a indiqué qu'il soutiendrait la position de la France et de l'Allemagne. Il a ajouté que la Belgique était prête à appliquer les règles les plus sévères sur les bonus, à l'image de celles qui seront suivies par la France, où le versement des primes sera en partie différé pour tenir compte des performances.
Certains pays européens refusent toutefois d'aller trop loin.
Le Premier ministre britannique Gordon Brown a promis hier des mesures pour limiter les bonus excessifs des courtiers, mais il s'est montré réticent sur la proposition de la France d'un plafonnement obligatoire de ces primes, arguant du risque d'affaiblissement des places qui adopteraient des mesures trop restrictives.
« Je pense que c'est difficile dans un environnement international. Mais il y a peut-être des manières (...) de mieux faire », a-t-il indiqué au quotidien britannique Financial Times.
Pour une source diplomatique européenne, « le Royaume-Uni regarde ce que font les États-Unis ». Or « les Américains aussi avaient au départ proposé de taxer très fortement les bonus, mais ils ont l'air d'être revenus un peu en arrière là-dessus », donc « le Royaume-Uni est de nouveau plus attentiste ».
Les ministres des Finances européens devraient également parler mercredi de l'opportunité d'apporter encore des fonds supplémentaires pour renflouer le Fonds monétaire international.
Jusqu'ici, les pays de l'UE s'étaient engagés à apporter 75 milliards d'euros, soit 100 milliards de dollars environ.
L'Allemagne et la France ont demandé aux pays de l'UE d'augmenter à 125 milliards d'euros au total cette promesse de contribution supplémentaire.
Le Fonds monétaire international pourrait encore abaisser sa prévision de croissance mondiale pour cette année et la réduire à zéro, a averti son directeur général Dominique Strauss-Kahn dans le quotidien Les Échos à paraître demain.
Le FMI a déjà abaissé fin janvier sa prévision de croissance mondiale à 0,5 % pour cette année, avec une récession de l'ordre de 2 % dans les pays riches, « et les chiffres qui sont tombés depuis ne sont pas bons », a-t-il ajouté.
« La prochaine prévision du FMI, dans trois mois, pourrait bien s'approcher de zéro », avec « un risque que la récession s'aggrave » dans les pays développés, a précisé M. Strauss-Kahn.
Il a répété que début 2010 sera « peut-être le moment du retournement » de la conjoncture, si « l'assainissement du secteur financier et le nettoyage du bilan des banques » sont approfondis et accélérés, surtout en Europe, « où la mise en œuvre reste lente ».
Alors que les banques sont régulièrement accusées de ne pas répercuter l'aide reçue et la baisse des taux d'intérêt des banques centrales sur leur offre de crédit, le patron du FMI a jugé que « si Renault et Peugeot ne trouvent pas de financement, ce n'est pas une question de mauvaise volonté, c'est que les banques ne sont pas en situation de prêter ».
Il a par ailleurs estimé que le G20 allait probablement devenir une « sorte d'organe de gouvernance mondiale », mais qu'il fallait l'élargir à des pays africains et du Moyen-Orient car « en termes de légitimité, avoir les vingt plus gros produits intérieurs brut (PIB) mondiaux ne suffit pas ».
Lors du sommet du G20 du 2 avril à Londres, il a dit attendre des décisions « sur la régulation financière ou la sortie de crise », et espère « une modification des instruments et du fonctionnement de la gouvernance mondiale », notamment au niveau du FMI.

