Avec la cavale de Taha Sleiman, mise en échec par les forces de l'ordre il y a quelques jours, il est temps d'aborder la question de l'état déplorable de nos prisons, surtout qu'en cette saison d'été singulièrement explosive grâce aux effets conjugués de la chaleur, de la promiscuité et de l'oisiveté accrue, la surpopulation carcérale est devenue alarmante. Dans les années soixante, la prison de Roumieh avait été conçue pour être moderne et surtout idéale. Aujourd'hui, c'est l'insalubrité, la vétusté, l'entassement des détenus et l'hygiène catastrophique qui caractérisent cette galère. On trouve là petits délinquants, chômeurs et indigents, sans-abri et sans-papiers, toxicomanes, handicapés et malades mentaux, baignant dans un creuset de violences et d'humiliations quotidiennes. Les rendez-vous au parloir, pourtant essentiels au maintien des liens familiaux et sociaux, sont difficiles à obtenir. Certains détenus impliqués dans des activités illicites vous affirment que la prison est devenue une vraie école de préparation aux « carrières » criminelles et un vecteur de désaffiliation familiale, de méfiance civique et d'aliénation individuelle. Tout devrait être donc être revu, de l'architecture à l'organisation du travail des gardiens en passant par l'indigence des ressources institutionnelles (travail, formation, scolarité, santé), sans oublier le tarissement délibéré de la libération en conditionnelle et l'absence de mesures concrètes d'aide à la sortie. Enfin, il ne faut pas oublier que la criminalité est un problème trop sérieux pour être laissé aux faux experts et aux vrais idéologues, ou pis encore aux policiers et aux politiciens pressés d'exploiter le problème sans le maîtriser.
Nazira A. SABBAGHA