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Moyen Orient et Monde - Éclairage

Menacé de mort, un intellectuel laïc égyptien se terre chez lui

Sayyed al-Qimni a publié plusieurs écrits iconoclastes, dans lesquels il étudie notamment l'avènement de l'islam d'un point de vue sociologique.
Pour beaucoup en Égypte, où l'islam est religion d'État, la laïcité est une hérésie, synonyme d'athéisme, voire de mœurs dissolues. Aussi, que le ministère de la Culture ait décerné le prestigieux prix de l'État pour les sciences sociales à l'intellectuel égyptien Sayyed al-Qimni, partisan d'une stricte séparation entre l'État et la religion, a provoqué l'ire de nombreux islamistes. Si l'État a été accusé d'encourager un « pourfendeur de l'islam », le prix a de nouveau braqué les projecteurs sur M. Qimni, 62 ans, ravivant une vieille polémique autour de ses écrits iconoclastes, dans lesquels il étudie notamment l'avènement de l'islam d'un point de vue sociologique.
Des milliers d'imams, affirme M. Qimni, l'ont déclaré apostat, ce qui revient à le condamner à mort. Youssef al-Badri, un cheikh connu pour ses attaques contre l'intelligentsia, s'est juré de lui retirer le prix. Il s'est aussi associé à la plainte de 20 avocats l'accusant d'avoir falsifié son diplôme de doctorat. Les 200 000 livres (25 500 euros) dont le prix est doté ajoutent à la colère de ses détracteurs. « Lorsque l'État prend de l'argent de ma poche pour le donner à Sayyed al-Qimni, j'ai le droit de demander : "Pourquoi lui avez-vous donné cet argent ?" » s'emporte Gamal Soltan, du quotidien en ligne al-Masriyoun.
Sans oublier les menaces de mort parvenant régulièrement sur l'adresse électronique de M. Qimni, lui faisant craindre le geste fou d'un citoyen ordinaire. « Au chien Sayyed al-Qimni. Je jure par Dieu que si je te croise sur mon chemin, je ferai couler ton sang », promet ainsi un message signé d'un certain Mohammad Abdel Fattah.
« Ce qui les embête, c'est que quelqu'un ait pu dire publiquement "Je suis laïc" », affirme M. Qimni à l'AFP. Devant son domicile, des policiers montent la garde. Il ne sort que très rarement pour participer à des débats télévisés, toujours sous forte protection. « J'ai levé le voile sur l'imposture (des religieux) sur le hijab par exemple », ajoute-t-il, en dénonçant la « manipulation » de l'opinion publique par les cheikhs. M. Qimni estime que rien dans le Coran n'oblige les femmes à porter le voile. Il est pour la suppression de l'article 2 de la Constitution égyptienne, qui fait de la charia, la loi islamique, la source de la législation. Il lutte aussi pour que la religion ne soit plus mentionnée sur la carte d'identité.
L'intellectuel veut croire à une résurgence de ce courant. « Je ne suis pas seul, il y a maintenant une armée de laïcs » en Égypte. Plusieurs organisations égyptiennes de défense des droits de l'homme ont appelé le gouvernement à « protéger (M. Qimni) des extrémistes » pour éviter qu'il ne connaisse le sort de Farag Foda, un penseur égyptien critique du fondamentalisme islamique, assassiné en 1992 après une campagne similaire.


Pour beaucoup en Égypte, où l'islam est religion d'État, la laïcité est une hérésie, synonyme d'athéisme, voire de mœurs dissolues. Aussi, que le ministère de la Culture ait décerné le prestigieux prix de l'État pour les sciences sociales à l'intellectuel égyptien Sayyed al-Qimni, partisan d'une...

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