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Liban - Hors Piste

Insécurité structurelle

Les échanges d'invectives du plus bas niveau dans lesquels excellent en ce moment, comme depuis toujours, le chef du Courant patriotique libre et plusieurs tristes figures de la majorité parlementaire ne sauraient occulter l'ampleur du scandale qui a éclaté avec la brève évasion de Taha Sleiman de la prison de Roumieh.
Certes, les forces de l'ordre se sont rattrapées en mettant rapidement un terme à la cavale du terroriste présumé. Il n'empêche que la réussite de ce dernier à s'enfuir, avec autant d'aisance, d'un des complexes les mieux gardés du pays n'est pas sans rappeler une nouvelle fois l'une des défaillances les plus douloureuses, les plus pernicieuses, les plus funestes de l'État libanais.
L'affaire Sleiman n'est qu'un des symptômes de la sclérose  des trois piliers des plus essentielles des fonctions régaliennes de tout État que sont le maintien de l'ordre public, la préservation de la sécurité et l'application du droit. La justice bancale et relative, les nombreux, trop nombreux services de sécurité et le système pénitencier anachronique sont en effet dans un état de délabrement tel que personne n'est assez dupe pour les croire capables d'honorer correctement les missions qui sont les leurs.
La cavale de Taha Sleiman a ainsi montré que les murs des prisons libanaises sont bien plus poreux qu'on ne le pensait. L'on ne savait que trop que les pénitenciers sont des oubliettes dans lesquelles la société relègue ceux qui transgressent ses règles et son droit, sans le moindre souci de rééducation ou de réinsertion sociale ; que les détenus y sont embastillés dans des conditions dégradantes et inhumaines ; que leurs cellules sont surpeuplées et servent de fourre-tout dans lequel se côtoient mineurs délinquants, malades psychiatriques, prisonniers de droit commun et immigrés clandestins que le gouvernement ne rapatrie pas, faute de moyens financiers.
Face à cette triste réalité qui perdure depuis des décennies, le public, désabusé, n'attendait plus du système pénitencier que de garder sous verrou les personnes les plus dangereuses, les plus menaçantes pour l'ordre public. Sauf qu'il s'est avéré avec l'escapade du lieutenant de Chaker Absi que les prisons du pays ne sont même plus capables de remplir cette tâche élémentaire, basique, minimale. Et pour cause.
La dégradation du système pénitencier libanais est en grande partie due au laxisme chronique des gouvernements successifs qui se sont souciés plus de servir leur clientèle électorale que de gérer la chose publique. Elle a toutefois été accentuée par l'inefficacité inhérente au système judiciaire et aux services de sécurité auxquels incombe la tâche de gérer conjointement les prisons, selon les prérogatives de chacun.
La notion de responsabilité, condition sine qua non d'une action efficace, semble être en effet étrangère au système politico-sécuritaire du pays. Nombreux sont les officiers qui ne rendent de comptes qu'à ceux auxquels ils doivent leur grade et leur promotion à venir, à savoir les caciques des partis/communautés qui truffent les différents services de sécurité de leurs sbires. Le phénomène a tellement pris de l'ampleur qu'à chaque promotion ou nomination de fonctionnaires étoilés, la presse regorge de noms de candidats affublés de leurs appartenances politiques, sans que nul ne juge bon de s'en indigner. Et qu'un parti n'a pas hésité à envahir Beyrouth et à bombarder la Montagne pour empêcher le gouvernement de muter un des officiers qu'il protège, le pire étant qu'il a réussi à obtenir gain de cause.
L'ineptie de l'autosécurité communautaire n'a disparu qu'en apparence. Les différentes collectivités confessionnelles ont pallié la dissolution de leurs milices respectives en dépeçant les services de sécurité de l'État pour protéger leur périmètre d'influence politico-géographique, allant même jusqu'à créer une institution sécuritaire dont la seule utilité est d'offrir des postes aux officiers issus d'une certaine communauté.
Ce système n'a fait qu'alimenter la concurrence entre les différents services de sécurité et réduire largement leur efficacité, ouvrant de nombreuses brèches dans la muraille sécuritaire du pays. Ceci amène à s'interroger sur le fait de savoir pourquoi les FSI n'ont-ils pas renforcé les dispositifs de sécurité autour de Roumieh vu que, comme on le sait maintenant, l'armée les avait mis en garde contre une éventuelle escapade plusieurs jours avant la cavale de Sleimane. Une autre question légitime est de savoir qui de l'armée ou des FSI a appréhendé le fugitif islamiste. À en croire les médias proches du 8 Mars, il s'agirait de la première, alors que la presse qui soutient la majorité a attribué l'exploit aux FSI.
En tout état de cause, seule la justice aurait pu mettre un terme à ce chaos sécuritaire en rendant responsables de leurs actes les officiers qui dérogeraient éventuellement à leurs devoirs et obligations. Mais le pouvoir politique auquel elle est largement soumise l'en a dissuadée depuis longtemps, accordant une immunité insolente aux protégés de chacun. Ceci ne rend que plus louables le courage, la décence et le sens de la responsabilité dont a fait preuve le ministre de l'Intérieur, Ziyad Baroud, en traduisant en justice plusieurs officiers supérieurs, coupables présumés de manquements et de laxisme. Les chantres du changement et de la réforme qui convoitent aujourd'hui son maroquin auraient-ils eu assez de liberté pour en faire de même ? Il y a beaucoup de raisons d'en douter...
Les échanges d'invectives du plus bas niveau dans lesquels excellent en ce moment, comme depuis toujours, le chef du Courant patriotique libre et plusieurs tristes figures de la majorité parlementaire ne sauraient occulter l'ampleur du scandale qui a éclaté avec la brève évasion de Taha Sleiman de la prison de Roumieh.Certes, les forces de l'ordre se sont rattrapées en mettant rapidement un terme à la cavale du terroriste présumé. Il n'empêche que la réussite de ce dernier à s'enfuir, avec autant d'aisance, d'un des complexes les mieux gardés du pays n'est pas sans rappeler une nouvelle fois l'une des défaillances les plus douloureuses, les plus pernicieuses, les plus funestes de l'État libanais.L'affaire Sleiman n'est qu'un des...
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