Ces déclarations ne manquent pas de rappeler la fameuse phrase de son prédécesseur Vladimir Poutine, lancée en septembre 1999 lorsque l'aviation russe bombardait Grozny, la capitale tchétchène, juste avant le début de la seconde guerre russo-tchétchène. « On va buter les terroristes jusque dans les chiottes », avait affirmé M. Poutine.
Le président Medvedev a, par ailleurs, reconnu que la situation dans le Caucase s'était détériorée et a prôné « d'autres approches » dans la lutte contre les menaces extrémistes et terroristes. « Il y a quelque temps, on a commencé à avoir l'impression que la situation s'améliorait en ce qui concerne les activités terroristes. Malheureusement, les derniers événements prouvent le contraire », a déclaré M. Medvedev.
Ces déclarations interviennent deux jours après un spectaculaire attentat-suicide en Ingouchie contre le quartier général de la police à Nazran, qui a fait 24 morts et plus d'une centaine de blessés. Cet attentat a eu lieu quelques jours après l'annonce par le Kremlin que le président de l'Ingouchie, Iounous-Bek Evkourov, a repris officiellement ses fonctions après avoir été grièvement blessé fin juin dans une tentative d'assassinat. L'Ingouchie et le Daguestan, républiques frontalières de la Tchétchénie, sont touchées par une rébellion qui s'inspire des mouvements indépendantistes et islamistes ayant lutté contre Moscou au cours de deux guerres en Tchétchénie pendant les années 1990 et au début des années 2000. Des attaques visent fréquemment les autorités et les forces de l'ordre.
Des analystes interrogés par l'AFP ont mis en garde contre les tentatives de rétablir de l'ordre dans le Caucase par la force. « Le ton ferme des déclarations de Medvedev s'explique par le caractère monstrueux de l'attentat de Nazran. Mais il n'y a pas de solution de force dans la Caucase », estime Maria Lipman, analyste au centre Carnegie de Moscou. « On a l'impression que les dirigeants comprennent qu'en serrant les vis, ils vont briser une fragile stabilité », dans la région, renchérit Alexandre Konovalov, de l'Institut des évaluations stratégiques. Pour Mme Lipman, l'un des objectifs de ces dernières années était de contenir la violence dans le Caucase et ce but a été atteint. « Vu les problèmes non résolus (pauvreté, corruption...), l'utilisation de la force pourrait provoquer le débordement de la violence en dehors du Caucase », estime-t-elle.
Pour Alexandre Tcherkassov, spécialiste du Caucase de l'ONG Memorial, il s'agit d'une « défaite » de la politique du Kremlin dans le Caucase qui avait lutté contre le terrorisme « en dehors de la loi ». « Ces mesures ont déjà augmenté le nombre de rebelles clandestins. Le président ingouche Evkourov a tenté de faire en sorte que la population croie que la lutte contre le terrorisme n'est pas une lutte contre les habitants et que l'État n'est pas une menace, mais un protecteur », estime-t-il. Les opérations menées en Ingouchie après l'attentat contre son président sous contrôle de l'homme fort de la Tchétchénie Ramzan Kadyrov « ont montré qu'on recourt de nouveau à la force », conclut-il.


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