Le HWR cite des blessés et des témoins, qui affirment que les miliciens faisaient irruption dans les maisons et interrogeaient les victimes sur l'identité d'autres cibles potentielles, avant de les tuer. L'organisation indique également que « les miliciens ont eu recours à des pratiques de torture primaires, dont l'usage de la colle pour boucher l'anus de leur victime ». Des médecins irakiens et des employés à la morgue ont affirmé à HRW avoir remarqué des marques de mutilation. Un homme cité dans le rapport raconte l'enlèvement et l'assassinat en avril dernier de son partenaire, avec qui il a vécu 10 ans : « Tard dans la soirée, ils sont venus le kidnapper chez ses parents. Ils étaient quatre hommes armés, masqués et habillés en noir. » « Ils l'ont appelé par son nom, l'ont insulté, puis l'ont enlevé sous les yeux de ses parents (...). Son cadavre a été retrouvé dans les poubelles du quartier le lendemain. Il avait été égorgé et ses organes génitaux tranchés », a-t-il ajouté.
« Ces actes de violences visant les homosexuels irakiens ont sans aucun doute des motifs politiques », affirme Mme Moumneh. Selon elle, les miliciens de l'Armée du Mahdi tentent, depuis la conclusion de la trêve avec les soldats irakiens et américains, de préserver leur autorité sur le terrain en « combattant les vices importés en Irak à partir de 2003 ». « Le meurtre et la torture ne servent en aucun cas à la sauvegarde des mœurs, dit la chercheuse. Ces assassinats démontrent que les autorités irakiennes ont échoué à établir l'État de droit dans le pays et à protéger les citoyens. »
« Il faut des preuves pour accuser. Il y a d'autres entités religieuses, politiques ou sociales qui partagent notre rejet de ce phénomène. Il n'y a donc aucune raison pour nous accuser sans preuve », a réagi auprès de l'AFP cheikh Salah al-Obeidi, porte-parole du mouvement Sadr dans la ville sainte irakienne de Najaf. « Il est exact que nous sommes opposés à ce que ce phénomène se développe en Irak. Nous le considérons comme mauvais et étranger à la société irakienne. Nous organisons des séminaires et des réunions pour régler cela de manière civilisée », a-t-il ajouté.
Par ailleurs, certains survivants cités par le rapport de HRW parlent de l'implication de membres des forces de sécurité irakiennes. Un jeune homme de 21 ans, se faisant appeler « Nouri », affirme que des membres des forces de l'ordre l'ont arrêté en février avant de le torturer et de le violer. « Ils m'ont attaché les pieds et m'ont pendu à l'envers pendant une journée entière et m'ont battu jusqu'à ce que je perde conscience. (...) Ensuite ils m'ont violé pendant trois jours consécutifs : ils étaient 15 le premier jour, six le deuxième et quatre le troisième. »
« Les leaders irakiens sont supposés défendre tous les Irakiens, a souligné Scott Long, directeur du programme des droits des lesbiennes, des homosexuels, des bisexuels et des transsexuels au sein de HRW. L'impunité face aux actes de torture et aux meurtres, estime-t-il encore, constitue l'une des menaces les plus graves à la stabilité et la paix en l'Irak. »

