Je crois en la métempsycose. Cela est sans doute dû à l'abâtardissement somptueux de mon sang et de mon génome : un de mes trisaïeuls, voïvode en Valachie dans les années 80 (1880), m'a donné mon côté supraslave (mon père, mi-russe mono-obsessionnel hystérique de la lettre V, voulait me prénommer, m'a-t-on appris, Vladia-Varvara ; ma mère, une sainte femme folle de Mikhaïl Boulgakov, s'y est opposée tous ongles dehors) ; une de mes grands-mères, née en Louisiane au début du XXe siècle, gagnait sa vie en dansant le French Cancan et en picotant des poupées bizarroïdes, et, enfin, l'une des mes arrière-grands-tantes était à 75 % druze. Je crois donc en la métempsycose. Je le sais, je le sens, surtout lorsque j'ai aux pieds mes Manolo Blahnik en satin camel : je me réincarnerai. En animal. J'ai compris hier que c'était en guépard. Cet hyperégotique de Houssam m'avait encore laissé tomber pour la soirée : il allait faire du scuba diving à Batroun (il faudra que j'enquête sur ses activités dans ce délicieux petit port de la Méditerranée : il y va de plus en plus, et prétendument avec ses amis mâles) et je ne voulais aucunement aller à une de ces sauteries pseudoglam mais en réalité totalement ammoniaquées et stériles, et qui feraient le bonheur du plus exigeant des gérontophiles. Alors, vautrée dans mes draps de satin aubergine Dior maison, uniquement vêtue de quelques gouttes de Mon Insolence (et de mes Blahnik), j'ai regardé un film sur l'écran archiflat de mon B&O. J'avoue que ma peau a versé quelques larmes : en 1963, Alain Delon était un soleil noir, pur, un tsunami à lui tout seul, un Himalaya de fantasmes, et j'aurais même pu passer quelques heures avec la petite Cardinale tant elle était, en regardant son Tancrède, sublimée d'amour. J'ai revu Il gattopardo. J'avais croisé Luchino Visconti la même année, avant la sortie de son œuvre, à dîner. C'était dans un palace un peu défraîchi des environs de Copenhague ; ce soir-là, nous nous battîmes, certes courtoisement, pour gagner les faveurs d'un jeune serveur félinissime d'à peine 18 ans (naturellement, j'ai triomphé, et je me souviens de lui avoir lavé le corps à la Veuve Clicquot ultramillésimée avant que de l'épuiser - Luchino regardait : grande dame, je lui avais proposé en lot de consolation de pouvoir jouer le peeping prince, de look sans touch...). Le Guépard. Bon film, très bon même, mais loin, bien loin, de Ludwig par exemple. Sauf que, grâce à ce film, j'ai su que je voulais me réincarner, une fois partie, sans doute suicidée au champagne et à la chair fraîche, plus loin, plus fort et plus glam que Marcello Mastroianni, Philippe Noiret, Ugo Tognazzi et Michel Piccoli dans La grande bouffe, en guépard, en cet animal à l'élégance folle et dont j'aurais volontiers adopté un représentant pour m'accompagner dans mon quotidien des quelques années à venir (ou j'aurais demandé à mon ami Heidi Slimane de m'en faire un hypermanteau) ; en cet animal svelte, ce Concorde sur terre, cet ange au sympathique dimorphisme : le mâle est le plus gros des deux sexes, mesurant selon ce bon Wikipédia près de 0,3 m de plus que la femelle, soit 1,20 à 1,50 m de longueur totale, dont 0,7 à 0,8 m pour la queue (et de 74 à 90 cm de hauteur au garrot), miam miam.
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