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Liban - Hors Piste

Kherbet Selm ou la stratégie du bord du gouffre

Nul n'est assez dupe pour croire qu'il peut y avoir dans les rues du Liban-Sud des mouvements populaires spontanés, non planifiés ou dirigés par la partie qui a jeté son dévolu sur cette région depuis près de deux décennies maintenant.
Non pas que les habitants des villages du Sud soient peu enclins à se mobiliser pour défendre leurs intérêts ou qu'ils soient politiquement « mineurs » et aient besoin d'ordres partisans pour agir. C'est même tout le contraire qui ressort de leur longue expérience dans la résistance, par tous les moyens et sous toutes les bannières, à l'envahisseur israélien qui ne cesse de les martyriser depuis 1948, et non seulement depuis les années 1960, comme le prétendent certains. Mais sous le prétexte de la résistance, le Hezbollah quadrille étroitement le Liban-Sud, ses habitants, ses activités économiques, ses associations, les organisations politiques qui y sont implantées, au point qu'il est impossible d'y organiser le moindre rassemblement sans l'aval préalable des caciques du parti khomeyniste libanais. De là à s'en prendre « spontanément » à des Casques bleus de la Finul, il y a donc une distance que de nombreux habitants du Liban-Sud hésiteraient beaucoup à franchir...
L'ombre du Hezbollah pèse donc sur l'escarmouche qui a opposé dernièrement des « habitants » de Kherbet Selm à des soldats de la force onusienne. L'affaire ne s'est d'ailleurs pas arrêtée là puisque le lendemain, les journaux réputés proches du parti de Dieu ont lancé une campagne virulente contre la Finul, qui semblait orchestrée par quelques mains divines. Dans un éditorial au vitriol, un confrère, chantre de la résistance primaire, a même été jusqu'à prétendre qu'« un bain de sang a été cette fois évité (à Kherbet Selm) »...
Pourquoi donc le Hezbollah s'est-il lancé dans une série d'attaques frontales contre la Finul qu'il a méticuleusement ménagée depuis son renforcement au lendemain de la guerre de juillet ?
À première vue, il semble que l'explosion impromptue d'un dépôt de munitions au sud de Litani y soit pour quelque chose. Il est même probable que l'altercation de Kherbet Selm ait été fomentée pour détourner les regards de l'affaire du dépôt (qui est embarrassante pour le parti de Dieu, puisque constitutive d'une violation flagrante de la 1701), et mettre la force onusienne dos au mur. En effet, non seulement cet incident éclipse sur le champ médiatique l'histoire du dépôt, mais elle accule la Finul à choisir entre deux options tout aussi ardues et dangereuses : persévérer dans ses perquisitions au risque d'entrer en conflit avec les « habitants », ce qui est peu probable dans le contexte régional et international qui prévaut actuellement, soit rebrousser chemin, ce qui mettrait à mal sa crédibilité et la dissuaderait de pousser en avant l'enquête sur l'explosion du dépôt d'armes.
Or dans tous les cas, l'attitude du Hezbollah à l'égard des derniers évènements au Sud ne constitue rien d'autre qu'une stratégie de bord du gouffre. Car un bruit de bottes raisonne dans la région et ce n'est certainement pas le moment opportun d'affaiblir la Finul ou d'accorder à l'État sioniste un prétexte pour agresser le Liban une énième fois.
Tous les principaux protagonistes de la scène régionale semblent en effet avoir besoin d'une guerre ponctuelle - comprendre limitée au Liban, comme d'habitude - pour sortir de leurs pétrins respectifs. À commencer par l'Israël du tandem Netanyahu-Lieberman qui tente d'échapper aux pressions sévères exercées sur lui par l'administration Obama, afin de poursuivre son plan criminel de colonisation de la Palestine et de judaïsation de Jérusalem. Mais aussi l'Iran dont l'establishment khomeyniste est ébranlé par le bras de fer entre son guide suprême, Ali Khamenei, et les adversaires de ce dernier, menés par le sempiternel Hachemi Rafsandjani. Et puis peut-être aussi Washington qui, dit-on, serait courroucé par le refus unanime de toutes les parties libanaises, 14 Mars en tête, d'entamer d'inutiles pourparlers de paix avec l'ennemi historique du Liban qu'est Israël. Sans oublier la Turquie réconciliée avec la composante islamique de son identité qui, à chaque nouvelle guerre, gagne en influence dans la région, au détriment des pôles traditionnels du monde arabe, à savoir la fantomatique Égypte et la déclinante Arabie saoudite.
À l'heure où l'ancien chef de la diplomatie israélienne Sylvain Shalom, qui n'a rien à envier à Avigdor Lieberman, accuse l'armée libanaise de contribuer à l'armement du Hezbollah, et à la veille de la réunion du Conseil de sécurité qui étudiera la plainte israélienne contre Beyrouth, il est urgent pour le Liban de retrouver ce qui a de tout temps fait sa force, qui ne résulte certainement pas de sa faiblesse, comme le veut un adage insipide. Il s'agit pour le pays de se retrancher de nouveau derrière la muraille infaillible du respect du droit international et des résolutions onusiennes qui l'ont bien plus protégé de la barbarie israélienne que quelques roquettes divines à l'efficacité douteuse. Et ce n'est certainement pas en agressant les soldats de la Finul qui, à maintes reprises, ont versé leur sang au Liban et pour le Liban que l'on obtiendra le soutien de la communauté internationale pour nos causes justes et légitimes...
Nul n'est assez dupe pour croire qu'il peut y avoir dans les rues du Liban-Sud des mouvements populaires spontanés, non planifiés ou dirigés par la partie qui a jeté son dévolu sur cette région depuis près de deux décennies maintenant.Non pas que les habitants des villages du Sud soient peu enclins à se mobiliser pour défendre leurs intérêts ou qu'ils soient politiquement « mineurs » et aient besoin d'ordres partisans pour agir. C'est même tout le contraire qui ressort de leur longue expérience dans la résistance, par tous les moyens et sous toutes les bannières, à l'envahisseur israélien qui ne cesse de les martyriser depuis 1948, et non seulement depuis les années 1960, comme le...
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