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Liban - Hors Piste

Si et seulement si…

La visite de Saad Hariri à Damas sera très probablement inévitable dans l'état actuel des choses sur les scènes internationale, régionale et locale.
Son déplacement outre-frontières étant inéluctable, que le Premier ministre désigné aille serrer la pince de Bachar el-Assad avant ou après la formation de son gouvernement peut passer pour un détail secondaire aux yeux d'une bonne partie de la rue. Une majorité de citoyens se soucient nettement plus de l'action qu'entreprendra le prochain gouvernement que des circonstances qui conditionneront sa composition.
Ce qu'attend une très large tranche de la population du successeur de Fouad Siniora et de son équipe, ce sont surtout des réponses à ses problèmes, attentes, aspirations et inquiétudes qui hantent son quotidien ; des solutions aux scandales de l'électricité, de l'eau, du cellulaire, de la DSL autres que les habituels sermons idéologiques sur la privatisation ; des lois et décrets catalysant la création d'emplois ; des projets de développement des provinces et zones rurales ; une abolition de la taxe injuste sur l'essence qui érode le pouvoir d'achat des consommateurs sans pour autant remplir ces tonneaux des Danaïdes qu'on appelle caisses de l'État ; une tolérance zéro à l'égard des imbéciles « tirs de joie » ; mille et une mesures qui puissent limiter la dégradation continue de ses conditions de vie.
Saad Hariri doit éviter les erreurs de Fouad Siniora qui n'a apporté aucun élément de réponse aux problèmes de la population, souvent à cause de cette fameuse « opposition » qui l'empêchait de gouverner tout en l'accusant de vouloir monopoliser le pouvoir, parfois parce qu'une véritable vision économique lui faisait cruellement défaut. Le chef du Courant du futur doit remettre l'ensemble des questions sociales, économiques et culturelles au cœur du débat public et les ériger en piliers fondateurs de la composition de son gouvernement et de la rédaction de sa déclaration ministérielle qui ne saurait plus être réduite à la simple clause sur les armes du Hezbollah, noyée dans des flots de paroles indigestes.
Il n'en demeure pas moins que pour amorcer le processus de règlement des problèmes de la population, pour lancer les chantiers et conduire les réformes, pour moderniser, améliorer, amender, changer, développer, décider, progresser, bâtir, abolir, détruire, il faut un Premier ministre qui puisse vraiment gouverner, conformément à la loi et à la Constitution. Un président du Conseil qui ne reçoive ses directives que du Parlement et du président de la République, qui ne se soumette qu'à la volonté des électeurs, qui ne défende que les intérêts du pays.
Un tel Premier ministre ne peut pas mendier aux caciques du Baas syrien la composition de son gouvernement. Se rendre à Damas avant que son cabinet ne soit formé, sa déclaration ministérielle rédigée et la confiance du Parlement votée serait équivalent pour Saad Hariri à abandonner sa marge de manœuvre, son libre arbitre, quatre longues années de sacrifices et sa capacité de gouverner, en échange d'une intronisation rapide. Si le chef du Courant du futur s'était laissé aller à se rendre au palais des Mouhajirine avant que son cabinet ne voit le jour, il aurait non seulement blanchi Damas du sang de Rafic Hariri avant que ne tombe le verdict du Tribunal spécial, mais il aurait également dû se résigner à traverser et à retraverser Masnaa à la veille de chaque vote de loi, de chaque lancement de projet, de chaque nomination de fonctionnaires, de chaque réception d'un émissaire ou dirigeant étranger, de chaque déplacement à l'extérieur du pays. Bref il aurait restitué à Assad et Cie le privilège inacceptable qu'ils ne se résignent pas à abandonner, celui de la régence de l'État libanais.
Mais malgré les tonnes de rumeurs distillées par certains médias locaux autoproclamés chantres de l'arabité et uniques porte-parole de la gauche locale et mondiale, malgré les pressions du Hezbollah (et de certaines composantes du 14 Mars ?), malgré les encouragements de l'Arabie saoudite, Saad Hariri a évité in extremis de tomber dans le traquenard qui lui était tendu. Il a regardé le précipice de très haut sans avoir le vertige et a eu le courage de le contourner. Non pas parce que les dirigeants chrétiens de la majorité, Samir Geagea et Amine Gemayel en tête, ont exercé des pressions sur lui. Non pas parce que les Égyptiens et les Américains se sont saisis de l'affaire. Mais parce que le Premier ministre désigné a compris qu'avec le Baas des Assad, courber la tête une fois c'est risquer de la voir tomber, qu'un compromis avec le régime voisin tourne souvent à la compromission, qu'un pas mal placé sur le versant est de l'Anti-Liban mène inévitablement à une chute létale.
Saad Hariri a donc pour l'instant échappé à l'embuscade. S'il ne faiblit pas, s'il ne revient pas sur ses pas pour se laisser emprisonner dans les filets de Damas, c'est un nouvel épisode de la guerre d'usure qui l'attend. Les obstacles vont probablement pulluler et polluer la formation de son gouvernement, lequel ne naîtra vraisemblablement pas de sitôt. Il doit avoir le courage, la ténacité et la volonté de les éliminer ou d'attendre qu'ils s'estompent d'eux-mêmes. Le temps est d'ailleurs de son côté, l'arme du verbe et du concept résiste bien à la corrosion. Contrairement aux roquettes/feux d'artifice qui rouillent dans leurs entrepôts depuis trois ans.
La visite de Saad Hariri à Damas sera très probablement inévitable dans l'état actuel des choses sur les scènes internationale, régionale et locale.Son déplacement outre-frontières étant inéluctable, que le Premier ministre désigné aille serrer la pince de Bachar el-Assad avant ou après la formation de son gouvernement peut passer pour un détail secondaire aux yeux d'une bonne partie de la rue. Une majorité de citoyens se soucient nettement plus de l'action qu'entreprendra le prochain gouvernement que des circonstances qui conditionneront sa composition.Ce qu'attend une très large tranche de la population du successeur de Fouad Siniora et de son équipe, ce sont surtout des réponses à ses problèmes,...
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