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Nos lecteurs ont la parole

Entre incompétence et médiocrité

Par Georges TYAN
En attendant la formation du nouveau gouvernement, pour meubler le temps qui devient parfois long les après-midi de cette saison estivale, je me suis trouvé un nouveau dada : rechercher la signification des qualificatifs.
Il y en a qui sont faciles à cerner ; pour d'autres, et en dépit de mon humble connaissance de la langue de Molière, il me faut vraiment me gratter les méninges pour y arriver.
Quelle est la différence entre incompétent et médiocre ?
À défaut de donner ma langue au chat, je tente ma chance avec la petite comparaison qui suit - ce sera peut-être le nouveau jeu de l'été de L'Orient-Le Jour, chaque lecteur donnant son opinion.
Des incompétents, on en trouve partout. En général, ils occupent des postes sensibles, ils arrivent à leur bureau avec la précision d'une horloge suisse et quittent de même, vous pouvez ajuster votre montre sur leur arrivée et leur départ. Ils ne laisseront jamais un souvenir impérissable de leur passage, on les oubliera aussitôt évacués.
Je ne crois pas qu'il s'agisse d'une espèce intrinsèquement nuisible, il y aura toujours à leur côté quelqu'un pour rectifier le tir, ils lui sauront en principe toujours gré.
Ce sont des personnages bon enfant, ils ne payent pas de mine, honnêtes, ils connaissent exactement leurs limites, ils n'ont pas honte de l'avouer en demandant conseil.
Les médiocres, eux, c'est autre paire de manche. Non seulement ils sont incompétents, non qu'ils refusent de l'admettre, ce qui est tout à fait concevable, mais ils se croient le centre du monde, un puits profond de science et de savoir.
Ils deviennent vite imbus de leur fonction, n'ayant même pas un tant soit peu le charisme nécessaire pour asseoir leur autorité et encore moins la stature pour s'imposer aux autres.
C'est une engeance fort dangereuse, ils sont teigneux, l'hypocrisie devient vite leur seconde nature, d'autant plus que la plupart du temps, ignares qu'ils sont, ils pédalent à vide, ils n'avancent pas.
Qui n'avance pas recule. S'il ne s'agissait que de leur petite personne, rien de grave, mais en général, d'importantes responsabilités leur incombent. Ils fonctionnent par à-coups, en tâtonnant au gré de conseils nullement avisés de subalternes serviles qui croisent les doigts espérant avoir visé juste.
Au petit bonheur la chance, quoi !
N'étant pas assuré leurs arrières, ni rassurés de leur potentiel, ils s'accrochent à leurs fauteuils, s'y ancrent, font le vide autour d'eux, pensent que chaque personne dans leur entourage constitue de près ou de loin une menace.
La rancune ne tarde pas à montrer le bout du nez, elle s'installe et devient vite un outil de travail, d'autant plus qu'il leur faut parfois rendre des comptes ; la réussite est uniquement de leur fait, tandis qu'en toute effronterie, ils imputent leur échec aux autres.
Ils n'ont pas froid aux yeux. Eux ne se trompent jamais, c'est normal, ils savent tout, ce sont les autres qui manquent de jugeote, qui ont mal agi ou mal interprété leurs instructions.
Plus dangereux encore sont les médiocres infatués d'eux-mêmes qui, par la force des choses, ont leur petite cour qui applaudit à tout rompre à leur premier éternuement.
Sournois et pernicieux, ils descendent de la cuisse de Jupiter, la tête haute parce que vide, ils toisent leur monde, se conduisent pratiquement en esclavagistes. Ce genre d'arrivisme est une calamité qui malheureusement pullule dans nos départements et directions.
Seul leur ego les intéresse, tout comme les profits directs et plus encore indirects que leur confère leur position. Le besoin, la faim, les fins de mois difficiles, ils ne connaissent pas, eux, alors pourquoi s'en faire pour les autres ?
À vrai dire, ce genre de personnage n'est pas tout à fait médiocre, car à son incompétence il allie une forte dose de fourberie, ce qui fait un cocktail détonnant dans la mesure où le simple mortel qui les croise sans les subir pense avoir affaire au summum de la compétence.
Bien sûr, il ne faut pas généraliser. Mais beaucoup d'observateurs s'accordent à dénoncer les carences de l'administration qui, soyons honnêtes, inclut quand même en son sein des gens très capables et respectables, mais qui, malheureusement, sont noyés dans ce flot de boue.
Rares sont ces personnalités qui ont vu leur nom briller au firmament des serviteurs de l'État et auxquelles je tire mon chapeau. Ils sont méconnus du grand public, mais leur conscience est tranquille.
Que voulez-vous, le ver est dans le fruit, il a tout contaminé. Peut-être que le nouveau gouvernement prendra à bras-le-corps ce problème et qu'il éradiquera une fois pour toutes le mal. Non par le bas - le menu fretin est négligeable -, mais par le haut, c'est là qu'il faut étêter.

Georges TYAN
Conseiller municipal de Beyrouth
En attendant la formation du nouveau gouvernement, pour meubler le temps qui devient parfois long les après-midi de cette saison estivale, je me suis trouvé un nouveau dada : rechercher la signification des qualificatifs.Il y en a qui sont faciles à cerner ; pour d'autres, et en dépit de mon humble connaissance de la langue de Molière, il me faut vraiment me gratter les méninges pour y arriver.Quelle est la différence entre incompétent et médiocre ?À défaut de donner ma langue au chat, je tente ma chance avec la petite comparaison qui suit - ce sera peut-être le nouveau jeu de l'été de L'Orient-Le Jour, chaque lecteur donnant son opinion.Des incompétents, on en trouve partout. En général, ils occupent des...
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