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Nos lecteurs ont la parole - Affaire Gad Elmaleh

Ce qui aurait dû révolter le Hezbollah

Hala MOUBARAK
Je suis restée scotchée devant mon téléviseur sans vraiment comprendre ce qui se passait. J'avais le regard vide qui s'affichait en banderole sur ma gueule et j'étais abasourdie. Il fallait bien que ça m'arrive un jour, que ça nous arrive un jour.
Et par nous, je veux dire les Libanais. Ceux qui ont assez d'intellect et de matière grise pour voir au-delà des mots dits et non dits.
C'était à ne rien comprendre.
Maudit soit cette politique extrémiste qui ne peut faire la différence entre un artiste et un espion du Mossad ! Et voilà nos ministres devant les caméras du monde entier, en train de justifier les actions d'un parti politique. Un festival qui se voit refuser non seulement une soirée de spectacle, mais trois.
À tous ceux qui ont déjà acheté leurs billets, pour voir un Gad Elmaleh sur scène, Beiteddine.
À tous ceux qui se sont précipités pour rattraper le spectacle qu'ils n'ont pas pu voir en 2006, à cause de la guerre.
À tous ceux qui ont trouvé en cet homme un esprit critique et qui désiraient plus que tout réciter ses textes sous un ciel étoilé.
Et voilà, où nous en sommes aujourd'hui.
Refus d'accès au pays du Cèdre, ce même pays qui prônait tolérance et vie commune.
Photos affichées pouvant être falsifiées sur Photoshop, ou pas. Remise en question ou pas... Ce que Dieu veut, pouvons-nous aussi le vouloir ? Ne pouvons-nous pas tout simplement continuer notre route et vivre de ces mots tant de fois bafoués ?
Le Festival de Beiteddine a sûrement essayé de se rattraper en invitant le comédien à venir malgré tout et contre tout. Mais n'est-ce pas trop tard ?
Ce qui aurait dû révolter le parti de Dieu, c'est surtout l'arrivée de Paris Hilton, pour un show spécifiquement dédié à la « jet-set libanaise ». Ou champagne et poitrine dénudée seront le « moto » de la soirée. Allez comprendre...
Quand mes parents me disaient qu'être libanais, c'est être libre avant tout.
Quand mes professeurs me disaient qu'être libanais, c'est avoir l'esprit large.
Quand mes collègues ont soutenu mes idées et que j'ai soutenu les leurs en nous disant que nous avons le droit de défaire le monde et puis de le refaire au nom de l'art.
C'est là où je n'ai plus su quoi dire face aux portes qui se refermaient.
À tous ceux qui ont gardé les principes de mon enfance et de mon âge adulte.
J'ai cru pour un instant qu'au lieu de porter des drapeaux de partis politiques incolores, inodores, et sans saveur, les intellectuels, s'il en reste encore, descendraient dans les rues pour se révolter et s'indigner. Surtout pour défendre une cause qui est vraie. Et protéger l'avenir de nos enfants et des générations à venir...

Hala MOUBARAK
Je suis restée scotchée devant mon téléviseur sans vraiment comprendre ce qui se passait. J'avais le regard vide qui s'affichait en banderole sur ma gueule et j'étais abasourdie. Il fallait bien que ça m'arrive un jour, que ça nous arrive un jour. Et par nous, je veux dire les Libanais. Ceux qui ont assez d'intellect et de matière grise pour voir au-delà des mots dits et non dits.C'était à ne rien comprendre.Maudit soit cette politique extrémiste qui ne peut faire la différence entre un artiste et un espion du Mossad ! Et voilà nos ministres devant les caméras du monde entier, en train de justifier les actions d'un parti politique. Un festival qui se voit refuser non seulement une soirée de spectacle, mais trois.À...
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