Cette année, alors que les épreuves se déroulent toujours, les témoignages des candidats ressemblent étrangement à ceux des années précédentes. Ils racontent la triche, le travail de groupe, la foire même dans certains centres d'examen. Ils montrent du doigt les surveillants trop laxistes qui laissent faire, qui se transforment en complices des fraudeurs, épiant pour eux l'arrivée des contrôleurs. Les élèves dénoncent également le manque de respect des surveillants à l'égard des candidats qui planchent. Des surveillants qui s'interpellent à haute voix dans les corridors, qui appellent le cafetier, qui laissent entrer le vendeur d'eau et de manakich en pleine épreuve, qui fument et discutent sans arrêt de leurs affaires familiales dans les salles d'examen, qui prennent un temps fou à vérifier l'identité des candidats et à tamponner leurs copies, empiétant ainsi sur le temps consacré aux épreuves.
Les bacheliers se plaignent, aussi, de l'injustice, lorsqu'ils ont affaire à des surveillants qu'ils jugent trop sévères, qui les rappellent à l'ordre, qui les empêchent de tricher. Injustice car tous les bacheliers ne sont pas logés à la même enseigne et que dans la salle d'à côté, la fraude se pratique sans aucun état d'âme, tant de la part des élèves que des surveillants.
À croire que tricher au bac n'est pas considéré comme grave par les autorités concernées. À se demander même si, d'une manière ou d'une autre, elles n'encouragent pas cette fraude. Certes, de nombreuses antisèches ont été confisquées et jetées à la poubelle ; des élèves pris en flagrant délit ont bien été rappelés à l'ordre par des surveillants tatillons ; d'autres ont même été renvoyés de la salle d'examen pour avoir été attrapés en possession d'un livre ; de faux candidats ont aussi été démasqués, grâce au système informatisé récemment mis en place, alors qu'ils tentaient de se substituer à des élèves et de passer les épreuves à leur place.
Ces quelques exemples louables ne justifient en aucun cas le laxisme envers la triche, telle qu'elle continue de se pratiquer à grande échelle dans les épreuves officielles. Le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur avait pourtant pris la peine de distribuer aux candidats une circulaire détaillant leurs droits et leurs devoirs, et interdisant la fraude. Mais cela n'a, semble-t-il, pas été suffisant.
« Heureusement que j'ai passé le bac français parce que le bac libanais n'a aucun sens, il est tout simplement ridicule », a fini par lancer un élève, comparant le sérieux des deux épreuves.
Triste constatation !
Faut-il rappeler qu'en France, un élève pris en flagrant délit de fraude au bac est sanctionné d'une interdiction de repasser les épreuves durant cinq ans ?

