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Liban - En Dents De Scie

Black / White

Vingt-sixième semaine de 2009.
Surpeuplés ou ultrachics, loyalistes ou opposants, obnubilés par la présence de Fanny Ardant entre Jupiter et Bacchus, par l'assassinat de Neda Soltan ou par la lutte éternelle contre l'ennemi sioniste, les quartiers libanais vivent depuis quelques heures au rythme d'une disparition. D'un régicide. Dis-moi mon cœur, pour qui bats-tu ? : Michael Jackson est mort et comme tous les autres habitants de la planète, les Libanais ne parlent que de ça. Que de lui ; de sa musique, de sa couleur de peau, de ses réinventions, de ses attouchements sur mineurs, de son génie, de ses tourments, de ses bruits, de ses fureurs, de ses exils intérieurs ou bahreïnis, de ses come-back, de ses Neverland et de ses Nevermore. Drama King ultime, Michael Jackson mort a réussi, pour un petit temps, à faire oublier aux Libanais en général tous les cloaques qui font leur quotidien, à faire oublier aux électeurs du 14 Mars en particulier toutes ces questions qu'interminablement ils se posent et se reposent, surtout au lendemain d'un certain dimanche soir de belles ivresses, toutes ces somptueuses don quichotteries qu'ils sont prêts à mener jusqu'au bout et toutes ces colères, ces lassitudes, ces déchirements, ces résignations et ces rages doucement folles qui sont les leurs.
Sauf que la parenthèse ne durera pas longtemps.
Dans sa grande majorité, la rue libanaise qui a voté pour le 14 Mars ou contre le projet du Hezbollah, du Akkar à Chebaa, d'Achrafieh à Zahlé, de Baakline jusqu'à Batroun et partout ailleurs, bruit, déjà, de mille et un reproches : sans nous, disent ces héros d'un jour, le 8 Mars aurait remporté haut la main le référendum sur la légitimation des armes du Hezbollah et de leur utilisation unilatérale, abusive et multidirectionnelle ; sans nous, renchérissent-ils, le 8 Mars aurait gagné la bataille de l'identité libanaise. Ce constat, en fait, n'en est pas un : ce constat-là est une vérité indémontrable qui ne peut être qu'admise par tous, ce constat est un axiome.
Bien sûr, la circumnavigation des uns et des autres entre constantes de la révolution du Cèdre et impératifs ultrapragmatiques d'une crudité parfois violente pour celles et ceux qui ont encore des idéaux n'est pas évidente à comprendre, puis à digérer par cette catégorie de femmes et d'hommes. Bien sûr, l'impression que rien, jamais, ne change ou ne changera, ni dans le fond ni dans la forme, est tenace - encore plus tenace depuis qu'un certain Ziyad Baroud a prouvé, justement, que tout peut... changer. Bien sûr, tout aussi gigantesque est cette appréhension de voir cette équipe plurielle comme jamais, donc tellement fragile malgré toute sa richesse, et encore miraculeusement solidaire s'effriter lentement mais sûrement. Bien sûr, aussi, que ces femmes et ces hommes sans lesquels l'Alliance du 14 Mars serait aujourd'hui une pathétique ruine, ne sont pas nés de la dernière pluie : ils savent que ce changement, aux antipodes des slogans creux et du tintamarre gesticulant du CPL, ce changement dont ils rêvent et pour le démarrage duquel ils ont voté le 7 juin dernier, ce véritable changement ne peut se faire en appuyant sur un ou deux boutons ; ils savent bien qu'il faut faire avec un tas d'impondérables, que l'on ne peut pas balayer d'un revers de la main les représentants politiques de toute une communauté, aussi monochromes soient-ils, que les petits arrangements entre adversaires sont incontournables ; ils savent pertinemment, à leur corps défendant, que même certains des électeurs du 8 Mars ne comprennent pas qu'une même personne occupe un perchoir pendant vingt-deux ans ; ils savent aussi que rien ne peut être tout noir ou tout blanc, que les différents pôles de ce pays sont condamnés à s'entendre, qu'il serait illusoire et chimérique de penser, par exemple, que le Hezbollah pourrait être désarmé de force.
Mais ces femmes et ces hommes, qui savent bien au fond d'eux qu'ils ne permettraient jamais que l'on change le visage de leur pays, disposent d'une arme. D'une somptueuse arme dont tout le monde ou presque parle mais que personne ou presque n'utilise - soit parce qu'ils ne veulent pas soit parce qu'ils ne savent pas... Il s'agit de la demande de comptes. De l'avertissement. Et éventuellement, de la sanction. Rien n'empêche, idéalement, les électeurs du 14 Mars d'user et d'abuser de cette demande de compte, individuellement ou en groupe ; rien ne les empêche de multiplier les adresses directes à l'intention de leurs élus, sous quelque forme que se soit : e-mails, blogs, courriers, manifestations, sit-in, etc. Rien n'empêche surtout ces élus de demander eux-mêmes, effectivement et concrètement, des comptes à ceux qui tiennent en mains les rênes du Liban. Rien ne les empêche, rien ne doit plus les empêcher, par exemple, de demander des comptes à Nabih Berry, dont la énième reconduction au perchoir fait s'étrangler chaque jour un peu plus les électeurs du 14 Mars, si le chef d'Amal recommence à allègrement violer la Constitution. Laquelle Constitution stipule clairement, dans son article 44, que l'Assemblée est habilitée pour une seule fois, deux ans après l'élection de son président et de son vice-président, à retirer sa confiance à ces deux derniers à la majorité des deux tiers des suffrages, et ce sur base d'une pétition contresignée par dix députés au moins.
Comme quoi, quand on veut, on peut. Surtout lorsque l'on doit. Surtout lorsque toutes les teintes de gris ont prouvé non seulement leur stérilité, mais aussi leur nuisance, et, pire, leur nocivité.
Vingt-sixième semaine de 2009.Surpeuplés ou ultrachics, loyalistes ou opposants, obnubilés par la présence de Fanny Ardant entre Jupiter et Bacchus, par l'assassinat de Neda Soltan ou par la lutte éternelle contre l'ennemi sioniste, les quartiers libanais vivent depuis quelques heures au rythme d'une disparition. D'un régicide. Dis-moi mon cœur, pour qui bats-tu ? : Michael Jackson est mort et comme tous les autres habitants de la planète, les Libanais ne parlent que de ça. Que de lui ; de sa musique, de sa couleur de peau, de ses réinventions, de ses attouchements sur mineurs, de son génie, de ses tourments, de ses bruits, de ses fureurs, de ses exils intérieurs ou bahreïnis, de ses come-back, de ses Neverland et de ses Nevermore....
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