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Économie - Analyse

Jouer aux gendarmes et aux voleurs

Le monde émerge lentement de la crise financière qui l'a ébranlé il y a quelques mois. Pour en éviter la réédition, les régulateurs sont en train d'adopter des mesures qui devraient garantir la stabilité du système financier mondial. L'arsenal coercitif est notamment renforcé un peu partout, et des niveaux d'alarme sont installés de façon à parer à tout dérapage. À la suite de chaque crise sérieuse, les mêmes mesures sont peu ou prou adoptées, alors que le propre d'une norme est de susciter des trésors d'ingéniosité qui permettent de la détourner. D'ailleurs, toutes les règles du monde n'ont jamais empêché la réédition de crises sous une forme nouvelle.
Ce phénomène s'explique habituellement en utilisant une théorie qui considère que l'homme et la femme sont des êtres insatiables, maximisateurs et opportunistes. Il n'est donc pas surprenant qu'ils soient en quête permanente de moyens pour abuser de toutes les situations. D'autres enjeux sont évidemment à l'œuvre, et la partie de gendarmes-voleurs qui se joue entre les régulateurs et les acteurs économiques n'est pas inéluctable. Dans le cadre d'un commentaire impromptu concernant la situation financière internationale, le gouverneur de la Banque centrale libanaise attribue à l'éthique une partie de la résilience du secteur bancaire national face à la crise actuelle.
Il y a quelques années, une référence à l'éthique dans les affaires aurait fait hausser les épaules ou provoqué des sourires condescendants. Aujourd'hui, la situation est bien différente et de nombreux spécialistes font le lien entre la crise et des manquements aux règles élémentaires d'éthique. La question est d'autant plus d'actualité que certains établissements financiers sont venus prouver qu'il était possible de suivre des règles éthiques, d'être profitable et de mieux résister aux soubresauts du marché. Il s'agit bien sûr des banques islamiques. Celles-ci semblent avoir établi un nouveau mode de fonctionnement au terme duquel elles s'interdisent certaines activités qui ne sont pas conformes aux valeurs qu'elles prônent.
Il ne s'agit pas de prétendre ici que toutes les banques islamiques sont angéliques et que leurs consœurs du secteur dit conventionnel sont responsables de tous les maux. La preuve : les banques islamiques agissent sous le contrôle de Conseils de surveillance de charia qui veillent au respect des règles éthiques qui doivent guider leur action. Les institutions financières islamiques présentent à ces conseils des catégories d'opérations qui sont approuvées ou refusées. Ces avis (fatwas) structurent progressivement un cadre opérationnel au sein duquel les banques sont libres d'agir comme elles l'entendent. La plupart d'entre elles cherchent à maximiser leur profit et à repousser autant que possible les limites de ce cadre contraignant. De fait, le même jeu de gendarmes-voleurs se poursuit, mais avec des règles différentes. Et comme pour éliminer tout doute possible, de très nombreux dirigeants de banques islamiques affirment : « Nous sommes des banquiers comme les autres, nous ne sommes pas des organisations caritatives. »
Il n'y a rien de mal à vouloir absolument réaliser « comme les autres » des profits, mais il est intéressant de noter que les voix qui affirmaient un peu partout dans le monde que la finance islamique pourrait constituer un modèle de sortie de crise se sont tues... Peut-être parce que la finance islamique n'a pas encore réussi à se réinventer, à changer le type du jeu.

* Spécialiste en stratégie et théorie des organisations - Centre de recherche d'études et de développement (CRED) de l'ESA.

En coopération avec : ESA
Le monde émerge lentement de la crise financière qui l'a ébranlé il y a quelques mois. Pour en éviter la réédition, les régulateurs sont en train d'adopter des mesures qui devraient garantir la stabilité du système financier mondial. L'arsenal coercitif est notamment renforcé un peu partout, et des niveaux d'alarme sont installés de façon à parer à tout dérapage. À la suite de chaque crise sérieuse, les mêmes mesures sont peu ou prou adoptées, alors que le propre d'une norme est de susciter des trésors d'ingéniosité qui permettent de la détourner. D'ailleurs, toutes les règles du monde n'ont jamais empêché la réédition de crises sous une...
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