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Liban - En Dents De Scie

La mamma, le bey et la honte

Vingt-cinquième semaine de 2009.
http://www.youtube.com/watch?v=fsD4-tMDxyc.
Yvette Hanna. Elle aurait pu porter n'importe quel nom, être de n'importe quelle confession, de n'importe quelle race, de n'importe quel pays, adhérer à n'importe quel courant politique, que cela n'aurait rien changé : elle est désormais toutes les mères. Une mère qui, surtout, n'est plus qu'un cri infini, un cri éternel ; elle est ce cri de Munch, cette douleur et cette rage indicibles que seules sa dignité et son intelligence ont réussi, un peu, tant bien que mal, à résorber. Alors, elle dit tout haut ce que tout le monde pense plus ou moins tout bas. Alors, elle n'est plus que vérités et bon sens. Alors, elle accuse, nommément, scientifiquement, calmement, ceux qui ont, par trois fois, assassiné son fils, le capitaine de l'armée Samer Hanna : le Hezbollah d'abord (le 28 septembre 2008), les électeurs qui ont voté en faveur des armes de ce même Hezbollah ensuite (le 7 juin 2009), le tribunal militaire et l'institution qui le soutient enfin, ceux-là qui ont autorisé la libération de son meurtrier (c'était cette semaine).
La mère a tout compris. Son fils arraché, la mère n'a définitivement plus rien à perdre.
Qu'ils crèvent de honte.
Yvette Hanna, le micro de la LBCI bien en face de la bouche, répète et répète et répète encore ces trois mots. Comme une incantation. Comme un sortilège. Trois mots plus forts que toutes les analyses (géo)politiques ou stratégiques ou conceptuelles possibles et imaginables, plus forts que toutes les évidences ; trois mots qui résument à eux seuls non seulement l'illégitimité absolue, désormais, des armes du parti de Dieu, mais aussi, forcément, depuis le 7 mai 2008, leur usage criminel.
Qu'ils crèvent de honte.
Parce que, dit-elle, le Hezbollah n'a aucun respect pour la mort. Pour les morts. Il y a dans cette explication d'une concision et d'une densité inouïes quelque chose à la fois de trivial, de tragique et de bouleversant. Pour une formation qui a donné tant de martyrs contre l'occupation israélienne et qui inclut tant de mères scarifiées à jamais ; pour ce Hezb qui a pourtant atrocement raté sa reconversion, les mots d'Yvette Hanna, dans leur crudité, dans leur simplicité et dans leur véracité, doivent certainement faire mal. Si seulement ils pouvaient pousser ceux qui en ont décidément drôlement besoin, c'est-à-dire les cadres du parti de Dieu, à réfléchir...
Il est un homme, quoi qu'il en soit, que les mots d'Yvette Hanna ont très probablement dû toucher. Et c'est sans doute mû par ce respect de la mort et des morts qu'il a patiemment appris, après quinze ans d'abjecte guerre civile, à faire sien ; c'est sans doute pour éviter (bien) d'autres morts, d'autres Samer Hanna ou d'autres deux Ziyad, que Walid Joumblatt a entrepris d'exiler loin dans sa mémoire le blitzkrieg des miliciens du Hezbollah contre la Montagne l'an dernier ; que Walid Joumblatt a passé quatre heures avec Hassan Nasrallah. Comme tous les Libanais, mais peut-être un peu plus parce qu'il est le gardien du temple druze, le garant de l'intégrité physique des membres de sa petite communauté, le chef du PSP sait l'importance du moins de la convivialité, sinon de la coexistence. Il sait aussi, malgré toutes leurs exactions, malgré l'absence, du moins visible, de toute volonté d'intégration de leur part dans le tissu socioculturel et dans la structure identitaire du Liban, il sait qu'il est indispensable de rassurer le Hezbollah. Qu'il est indispensable de le rassurer concrètement, par-delà ces divergences politiques que rien ni personne ne pourra changer tellement elles sont idéologiques et existentielles - et loin, bien loin de ce document d'entente aussi creux que venteux et que Michel Aoun s'obstine à brandir à chaque occasion.
Mais Walid Joumblatt sait surtout, et mieux que personne, combien il est et combien il restera au cœur de la révolution du Cèdre ; comment et combien il en est un des moteurs essentiels ; combien, même si, par quelque envoûtement, il le voulait, il ne peut pas, il ne peut plus en sortir : il faudra des années et des années pour absorber l'immense ressentiment, ce quelque chose qui ressemble à de la haine et que portent désormais les fils de la Montagne, ses coreligionnaires, à l'encontre de tout ce qui se rapproche de près comme de loin au Hezbollah. Les fils de la Montagne n'ont ni le pragmatisme ni l'intelligence politique de leur bey, et rien ni personne, encore une fois, ne pourrait leur faire accepter un second 7 mai 2008.
Certainement conscient de cela, Walid Joumblatt a posé cette semaine un geste politique d'une grande importance que certains devraient impérativement éviter de confondre avec de la faiblesse ; un geste-préambule, selon Nassib Lahoud, un geste qui devrait fonder, a-t-il espéré, une étape nouvelle : celle d'une réconciliation générale.
Mais un tango ne se danse, au moins, qu'à deux : le Hezbollah, qui pour sa part sait qu'il ne survivra pas (ni lui ni le pays) à un second 7 mai 2008, se doit, lui aussi, lui avant tout autre faction, lui surtout, et aussi concrètement, loin des slogans épuisés et épuisants, donner des preuves. Prouver enfin sa volonté de s'intégrer dans ce Liban à la croisée entre l'Orient et l'Occident et qui ne saurait être ailleurs (extraordinaire sfeirisme...). Et si le Hezbollah, qui serait fort inspiré de s'imbiber un tant soit peu du formidable sursaut d'une immense partie des Iraniens, refuse de répondre à la douleur, à la lucidité et à la franchise d'Yvette Hanna, qu'au moins il donne la réplique, sur le plan politique, à Walid Joumblatt et à ses alliés du 14 Mars. Et la bonne.
Vingt-cinquième semaine de 2009.http://www.youtube.com/watch?v=fsD4-tMDxyc.Yvette Hanna. Elle aurait pu porter n'importe quel nom, être de n'importe quelle confession, de n'importe quelle race, de n'importe quel pays, adhérer à n'importe quel courant politique, que cela n'aurait rien changé : elle est désormais toutes les mères. Une mère qui, surtout, n'est plus qu'un cri infini, un cri éternel ; elle est ce cri de Munch, cette douleur et cette rage indicibles que seules sa dignité et son intelligence ont réussi, un peu, tant bien que mal, à résorber. Alors, elle dit tout haut ce que tout le monde pense plus ou moins tout bas. Alors, elle n'est plus que vérités et bon sens. Alors, elle accuse, nommément,...
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