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Liban - Hors Piste

Une erreur à ne pas répéter

La trajectoire de la coalition du 14 Mars entre 2005 et 2009 n'a pas été sans erreurs. Loin de là. De l'alliance quadripartite jusqu'à l'abandon des meilleurs candidats du 14 Mars à la députation, en passant par la confusion politique qui a caractérisé ses positions durant la guerre de juillet 2006, le camp souverainiste a même multiplié les faux pas qui ont contribué au fait que le projet de l'intifada de l'indépendance soit demeuré en grande partie inachevé. La majorité eût-elle été parfaite, les forces de facto qui contrôlent, élections ou pas, une partie non négligeable du territoire ne lui auraient jamais laissé la chance de gouverner, dans le vrai sens du terme, et d'appliquer son programme dans son intégralité.
En lui accordant de nouveau leur confiance pour gouverner le pays, les Libanais ont offert une nouvelle chance à la majorité issue de l'intifada de l'indépendance pour se rattraper et répondre à leur aspiration de vivre dans un État digne de ce nom. Pour cela, il est des erreurs que la majorité a commises sous son premier mandat qui ne sont plus à répéter aujourd'hui. À commencer par la réélection « gratuite » et pour la cinquième reprise de l'inénarrable Nabih Berry à la tête du Parlement.
Il convient d'aborder cette question à travers deux approches : celle des principes démocratiques et celle de la politique politicienne.
En premier, à l'aune des principes démocratiques, rien, absolument rien ne justifie que la majorité serve encore une fois de tremplin au chef d'Amal pour lui permettre d'accéder au perchoir de la place de l'Étoile. En effet, le président sortant de la Chambre appartient à la minorité parlementaire. Au nom de l'alternance au pouvoir et du respect de la volonté de ses électeurs et du verdict des urnes, source de sa légitimité, la majorité se doit de choisir le prochain chef du Parlement dans ses rangs.
D'autant que nombre de partisans du 14 Mars sont las de l'État-caverne d'Ali Baba, du népotisme, du clientélisme, du partage communautaire de la manne étatique qu'incarne, entre autres, le personnage de Nabih Berry. D'autant que le chef d'Amal est la figure de proue, le théoricien de la fermeture du Parlement pendant près de deux ans, sous prétexte d'absence d'entente politico-confessionnelle entre les différentes composantes du pays. D'autant que le calife de la place de l'Étoile règne sans partage sur le Législatif depuis 17 ans, modelant l'ordre du jour de la Chambre selon sa volonté discrétionnaire, faisant peu de cas du décompte des voix des législateurs pour faire passer les projets et propositions de loi qui lui conviennent ou pour reléguer aux oubliettes les textes qui lui déplaisent, répartissant le temps de parole entre les élus selon son bon vouloir et gérant le Parlement de la République comme une institution postiche du mouvement Amal.
Les partisans de la reconduction de Nabih Berry à la tête du Parlement pourraient, tout en admettant ces considérations, arguer du fait que comme le parti majoritaire au sein de la coalition sunnite, en l'occurrence le Courant du futur, choisit le Premier ministre qui est issu des rangs de cette communauté, il serait « naturel » que le tandem Amal-Hezbollah désigne le chef chiite du Parlement. Or Taëf répartit entre maronites, chiites et sunnites les « trois présidences » pour garantir l'équité de la représentation confessionnelle au pouvoir. Ce texte ne stipule aucunement que la représentation politique d'une communauté relève du ressort du parti majoritaire dans ses rangs. Les tenants de cet avis confondent sournoisement représentation confessionnelle et représentation politique. Le 14 Mars avait très bien souligné la distinction entre les deux concepts lorsqu'il avait opposé une fin de non-recevoir à la candidature à la magistrature suprême de Michel Aoun, pourtant majoritaire - à l'époque - sur la scène chrétienne. Au regard de Taëf, les députés 14-marsistes (élus) Amine Wehbé, Ghazi Youssef ou Okab Sakr pourraient représenter la communauté chiite à la présidence du Parlement aussi bien que Nabih Berry ou que Hassan Nasrallah, voire mieux vu qu'ils sont issus des rangs de la majorité parlementaire.
Par ailleurs, d'un point de vue de politique politicienne, l'on pourrait comprendre que la majorité se résigne à réélire Nabih Berry à son poste actuel. En effet, ce dernier est l'interlocuteur chiite de choix pour le 14 Mars, eu égard au fait qu'il a fait preuve de flexibilité et qu'il est toujours porté à la négociation contrairement à ses alliés impavides du parti khomeyniste. Sauf que la majorité ne doit pas répéter l'erreur de 2005 en accordant ses voix « gratuitement » à Nabih Berry. Cette mesure doit être présentée comme une concession faite à l'opposition au nom de la coexistence et de la paix civile dans le cadre d'une entente globale entre majorité et minorité, d'un « package deal » garantissant la formation d'un gouvernement sans tiers de blocage et sans instrument d'obstruction et de paralysie. À défaut, la majorité serait en train de décevoir ses partisans sans engranger le moindre gain politique. Quoique compréhensible, l'empressement dont a fait preuve Walid Joumblatt à cet égard est d'ailleurs assez regrettable...
La trajectoire de la coalition du 14 Mars entre 2005 et 2009 n'a pas été sans erreurs. Loin de là. De l'alliance quadripartite jusqu'à l'abandon des meilleurs candidats du 14 Mars à la députation, en passant par la confusion politique qui a caractérisé ses positions durant la guerre de juillet 2006, le camp souverainiste a même multiplié les faux pas qui ont contribué au fait que le projet de l'intifada de l'indépendance soit demeuré en grande partie inachevé. La majorité eût-elle été parfaite, les forces de facto qui contrôlent, élections ou pas, une partie non négligeable du territoire ne lui auraient jamais laissé la chance de gouverner, dans le vrai sens du terme, et d'appliquer son...
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