Ces seize corps de victimes de l'Airbus sont arrivés hier à deux heures d'intervalle sur l'île de Fernando de Noronha, située à 360 km de la côte brésilienne. Après avoir été récupérés en haute mer, ils ont été transportés d'abord par la frégate Constituiçao à proximité de l'île, puis dans deux hélicoptères. Les corps enveloppés dans de grands sacs étaient débarqués, un à un, sur un brancard, par des militaires portant des blouses, des masques et des gants chirurgicaux. Après les premiers examens d'identification sur l'île, ils seront ensuite transférés à l'Institut médico-légal de Recife. Interpol a annoncé que l'organisation policière aiderait à coordonner « l'identification des corps des victimes de cette tragédie », originaires de 32 pays.
Les marines brésilienne et française, déployées sur la zone de l'accident du vol Rio-Paris, à environ 1 150 km de la côte, ont à ce jour récupéré 28 corps et des pièces importantes de l'avion, comme la dérive et une pointe de l'aile, a annoncé hier l'armée brésilienne. Le précédent décompte, lundi soir, faisait état de 24 corps récupérés. Mais il manque toujours les deux boîtes noires qui gisent probablement par plus de 4 000 m de fond. Il reviendra au sous-marin nucléaire d'attaque français Émeraude, attendu sur les lieux aujourd'hui, de tenter de repérer, grâce à ses sonars, ces deux enregistreurs. Le Pentagone a également envoyé deux instruments d'écoute qui peuvent détecter les signaux émis par des boîtes noires à une profondeur allant jusqu'à 6 100 mètres. Si les boîtes noires sont localisées, elles devront être récupérées par les trois robots sous-marins embarqués à bord du navire français Pourquoi Pas, qui a quitté hier le Cap-Vert.
Sans attendre cet élément déterminant, les capteurs de vitesse ou sondes Pitot sont de plus en plus citées comme une des causes possibles de la catastrophe, contraignant Air France à accélérer le programme de remplacement de ces sondes. Ces sondes déterminent en effet la vitesse de l'avion, une donnée essentielle du vol : en cas de sous-vitesse, l'avion tombe mais s'il va trop vite, il se désintègre. Une note interne de la compagnie datée de novembre 2008, que l'AFP avait pu consulter lundi, a fait état « d'un nombre significatif d'incidents » liés aux calculateurs de vitesse survenus sur des A330-A340 d'Air France. Au lieu de quelques semaines, la compagnie française a annoncé qu'elle allait procéder au changement de ces capteurs en « quelques jours », selon le syndicat SNPL, majoritaire chez les pilotes. Un syndicat minoritaire, Alter, avait même appelé à refuser de voler sur les appareils non modifiés. Air France a ainsi annoncé que, depuis hier, tous ses long-courriers A330-A340 qui décollent, sont désormais équipés « d'au moins deux nouvelles sondes » sur les trois qui permettent de contrôler la vitesse des avions, a affirmé une source syndicale à l'AFP.
Air France dispose actuellement d'une quinzaine d'A330 et d'une vingtaine d'A340. Après la compagnie américaine US Airways, la compagnie aérienne Swiss (groupe Lufthansa) a annoncé qu'elle allait remplacer les sondes de vitesse Pitot sur ses huit Airbus A330-200, équipés de ces capteurs.


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