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Liban

Maculée conception

L'essentiel n'est pas de vivre mais de bien vivre.
Platon.

Beddé 3ish, ta7ét hal sama el zar'a
(Je veux vivre sous ce ciel bleu).
Haïfa Wehbé.



J'Aime La Vie / I Love Life
Lorsque ces trois mots s'étaient affichés pour la première fois un peu partout, blanc sur rouge, les uns, c'est-à-dire les premiers concernés, les avaient gentiment regardés, un petit sourire forcé au coin des lèvres, loin d'en comprendre encore leur véritable sens, leur infinie portée ; quant aux autres, ceux d'en face, ceux attelés corps et âme à la protection des meurtriers, ils se moquaient déjà et offraient des baklavas en pleine banlieue sud, les lambeaux du cadavre de Gebran Tuéni encore à peine tiédis.

 

J'Aime La Vie / I Love Life
Jamais slogan aussi rachitique, aussi flagrant, aussi dépouillé n'aura pourtant été, par sa simplicité, son immédiateté, sa résonance, aussi parfait. Aussi indiscutable. Aussi soluble dans un manichéisme malheureusement incontournable et dicté par les éreintants mais héroïques soubresauts, minute par minute, d'une deuxième indépendance : d'une part une furieuse, une revancharde logique de mort ; de l'autre, la culture de la vie - que de braves petits soldats du général, en ricanant, confondent volontiers aujourd'hui plus qu'hier avec ce culte du martyre qu'ils n'ont jamais pensé reprocher, pourtant, à leur allié premier, le Hezbollah.

 

J'Aime La Vie / I Love Life
Ils ricanaient en chœur - mais pendant ce temps-là, ce slogan-somme traçait son chemin avec la précision et la méticulosité d'un missile nucléaire, prenant, étape après étape, cent fois, mille fois plus de volume et d'importance. Obligée, c'est hallucinant, de revendiquer jour après jour, dans les larmes, dans le sang, dans la sueur et dans les tripes ce droit tellement établi qu'aucune Constitution n'a pensé inclure dans son préambule : aimer la vie, la très grande majorité de Libanais a fait de ce slogan, de ce concept epsilon de tous les autres, son être-au-monde ; l'antidote idéal contre un poison d'une sournoiserie stupéfiante : le totalitarisme polymorphe.

 

J'Aime La Vie / I Love Life
Aimer la vie : à chaque assassinat d'un membre du 14 Mars, la majorité des Libanais répondait par la ferveur du rassemblement, par la force du collectif, par des prières devenues païennes tellement universelles et œcuméniques, et par un infaillible devoir de mémoire. Aimer la vie : pendant la guerre de juillet 2006, la majorité des Libanais accueillait, logeait et nourrissait, du Akkar jusqu'à Ras Beyrouth, de Zahlé jusqu'à Jbeil, ses compatriotes fuyant les ruines et la mort. Aimer la vie : après cette guerre pleinement voulue et par le Hezbollah et par Israël, la majorité des Libanais réussissait à gagner la résolution 1701, à obtenir sur l'ensemble du territoire national le déploiement d'une armée interdite de Sud depuis quarante ans et celui, dans la partie méridionale du Litani, de ces irremplaçables boys de la Finul ; à obtenir aussi, à Stockholm, l'aide du monde entier pour la reconstruction. Aimer la vie : lors de l'interminable annexion de l'hypercœur de Beyrouth, de ce all men's land censé incarner à lui tout seul tous ces beaux principes de coexistence et de convivialité, la majorité des Libanais et des milliers de touristes s'en allaient manger, boire, danser et acheter made in Lebanon à Verdun, à Kaslik, à Gemmayzé, à Hamra. Aimer la vie : lorsque, entre Parlement archiverrouillé et gouvernement boudé par les ministres Amal et Hezbollah, il fallait gérer un pays et, surtout, faire en sorte que puisse naître un Tribunal spécial pour le Liban, chargé de juger les assassins de Rafic Hariri et des autres martyrs, la majorité des Libanais soutenait
Jusqu'au 7 mai 2008...

 

J'Aime La Vie / I Love Life
Jamais, depuis cette date, ces trois mots n'ont été aussi urgents. Brisant avec une haine et une barbarie inégalables ce qui est sans doute le dernier tabou et confirmant une fois pour toutes ce dont était pourtant largement convaincue une majorité encore silencieuse, le Hezbollah a fait son coming out : il est désormais (il n'est plus que ?) cette milice illégitime qui retourne ses armes contre le dedans. Et c'est à ce moment très précis que le slogan de la deuxième indépendance a automatiquement et génétiquement muté, se transformant de facto en un viscéral et colossal acte de résistance.

 

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Plusieurs mois plus tard, une fois entérinés l'accord de Doha et son hérétique et anticonstitutionnel tiers de blocage, et une fois lancée la campagne électorale 2009, ces trois mots-fondement allaient connaître une nouvelle, une dernière (une ultime ?) mutation, née de la conjugaison malade et mortifère du terrorisme des armes des miliciens/combattants du parti de Dieu et du terrorisme intellectuel des miliciens/cadres du CPL - avec tout ce que cela traîne et draine comme relents néofascistes, tant au niveau de cette volonté d'uniformiser la pensée et les actes à la gloire d'un chef que dans ce double et monstrueux leurre du changement et de la réforme ou dans cette détermination à garder le Liban et les Libanais constamment prêts à détruire Israël ou à défendre le Hamas pendant qu'Iran et Syrie dorment et se réveillent tranquilles.

 

J'Aime La Vie / I Love Life
Ce que le binôme Hezb/CPL a réussi à faire est simple et éléphantesque à la fois : souiller jusqu'à la moelle, avec mille et un sangs, un concept planétaire ; transformer cette ode à la vie en lutte perpétuelle pour survivre. Si les indécis, ceux que rebutent autant le 8 que le 14 Mars et qui tiennent définitivement entre leurs mains les clés du Parlement 09, n'iront pas se prononcer dimanche en faveur de cette (sur)vie, rien ni personne, jamais, ne pourra les convaincre de voter un jour.

L'essentiel n'est pas de vivre mais de bien vivre.Platon.Beddé 3ish, ta7ét hal sama el zar'a(Je veux vivre sous ce ciel bleu).Haïfa Wehbé.
J'Aime La Vie / I Love LifeLorsque ces trois mots s'étaient affichés pour la première fois un peu partout, blanc sur rouge, les uns, c'est-à-dire les premiers concernés, les avaient gentiment regardés, un petit sourire forcé au coin des lèvres, loin d'en comprendre encore leur véritable sens, leur infinie portée ; quant aux autres, ceux d'en face, ceux attelés corps et âme à la protection des meurtriers, ils se moquaient déjà et offraient des baklavas en pleine banlieue sud, les lambeaux du cadavre de Gebran Tuéni encore à peine...
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