Rechercher
Rechercher

Liban - Hors Piste

Le retour de la tutelle

Ni le dialogue national ni la trêve médiatique plus ou moins observée par les camps adverses et encore moins le tapage des campagnes électorales ne sauraient occulter le souvenir, la blessure de la razzia du Hezbollah contre Beyrouth et la Montagne, en ce premier anniversaire du 7 mai 2008.
Cette date est désormais tristement célèbre - à jamais - dans l'histoire du Liban moderne, tout comme 13 avril, le 13 octobre, le 14 février ou le 12 juillet. Des événements de ce 7 mai, il ressort que la violence dans ses expressions les plus odieuses, les plus absurdes, reste possible au Liban, malgré les quinze années de guerre civile dont quasiment personne n'a tiré les leçons adéquates, malgré les centaines de milliers de vies anéanties, détruites, brisées par les combats fratricides, malgré toutes les promesses, tous les engagements, tous les propos douçâtres.
Le 7 mai 2008 a marqué le retour de l'horreur. De l'horreur inspirée par l'équipée dans Beyrouth de ces jeunes, à peine barbus, à peine adultes, le front ceint d'un bandeau jaune, par les huit dizaines de morts, par le massacre de Halba, par les histoires de cadavres découpés en morceaux, par les détonations des canons pilonnant le Mont-Liban, par les rues désertes, jonchées de débris, barrées de monticules de sable, contrôlées par des miliciens, par l'impact des balles sur les murs, par l'incendie des médias, par les discours guerriers, tribaux, par les journaux télévisés, par nos propres cartes d'identité.
Quoi qu'en disent les parties concernées, les événements de mai de l'année dernière constituent un épisode de véritable guerre civile riche en lourdes, en très lourdes significations politiques. Cette facétie sanguinaire a en effet établi que l'attachement pacifique au projet de l'État est la meilleure, la seule arme possible face au Hezbollah, à son arsenal, à ses illusions, à son projet, à ses ambitions tentaculaires. Les fausses sociétés de sécurité servant d'écran à de fragiles milices n'ont fait qu'offrir au parti de Dieu un alibi pour envahir la capitale, un adversaire à écraser, un ennemi à humilier, facilement de surcroît. Si les combattants hezbollahis n'avaient trouvé personne à combattre dans les rues de Beyrouth, l'affaire aurait tourné au putsch ridicule et non à la guerre civile miniature. Il n'y aurait eu ni vainqueur ni vaincu, puisqu'il n'y aurait pas eu de bataille.
Prendre les armes pour le Courant du futur pour tenter de défendre la légitimité constitutionnelle n'a fait qu'ouvrir la voie à la défaite de l'État. Car c'est avant tout contre l'État, ses institutions, sa Loi fondamentale et sa souveraineté que le Hezbollah a remporté une victoire en mai 2008. En prenant le contrôle de Beyrouth par la force des armes en riposte à une décision du gouvernement, le parti a politiquement châtré l'État et les autres formations du pays. Il s'est taillé un périmètre de sécurité dans un domaine qui relève strictement du ressort des institutions étatiques. Il s'est octroyé de facto un droit de veto discrétionnaire que le tiers de blocage au Conseil n'a fait qu'officialiser. Le 7 mai 2008, le Hezbollah s'est érigé en régent du pouvoir, en force de tutelle sur l'État. Aucune décision officielle ne peut désormais être adoptée sans son accord.
Cet état de choses n'est toutefois pas immuable. Certes, quels que soient les résultats des élections, le parti de Dieu conservera son arsenal, au moins à moyen terme, et le rapport de force militaire penchera toujours de son côté. La menace des armes dont le parti a fait usage à l'intérieur du pays pèsera encore pendant longtemps sur la vie politique. Sauf que les résultats des législatives seront déterminants pour la tutelle du Hezbollah sur l'État. Une victoire de l'alliance 8 Mars-CPL serait synonyme de légitimation populaire de l'invasion de Beyrouth, du recours à la violence et des prérogatives que s'est arrogé le parti, manu militari. Au contraire, le refus des électeurs d'attribuer la majorité des sièges parlementaires au parti de la résistance pour la résistance, du martyre pour le martyre, et à ses alliés condamnerait sans ambages le fait d'armes du 7 mai et ferait chuter dans les urnes le tiers de blocage au gouvernement et la régence du Hezbollah sur l'État.
On ne l'a que trop dit, il appartient à l'électeur chrétien d'arbitrer, de départager les deux camps, les deux options, les deux projets. Et de choisir entre devenir membre de communautés de dhimmi que « protègent » des foudres des milices des ententes bancales ou redevenir un acteur actif de l'histoire du Liban, un vecteur de modernité, un des piliers de l'État.
Ni le dialogue national ni la trêve médiatique plus ou moins observée par les camps adverses et encore moins le tapage des campagnes électorales ne sauraient occulter le souvenir, la blessure de la razzia du Hezbollah contre Beyrouth et la Montagne, en ce premier anniversaire du 7 mai 2008.Cette date est désormais tristement célèbre - à jamais - dans l'histoire du Liban moderne, tout comme 13 avril, le 13 octobre, le 14 février ou le 12 juillet. Des événements de ce 7 mai, il ressort que la violence dans ses expressions les plus odieuses, les plus absurdes, reste possible au Liban, malgré les quinze années de guerre civile dont quasiment personne n'a tiré les leçons adéquates, malgré les centaines de milliers de vies...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut