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Liban - En Dents De Scie

Piège de cristal

Dix-septième semaine de 2009.
On a dû lui demander de croasser des louanges. C'est fait. L'impensable Nasser Kandil a rendu un hommage très drama queen, quasi sanglotant, aux sacrifices consentis par le Hezbollah en faveur de ses alliés du 8 Mars, Nabih Berry et Michel Aoun en tête. Le la est donné : en ces jours et ces nuits préélectoraux, le parti de Dieu est (dé)peint en une réincarnation de Mère Teresa, une annexe des Restos du cœur, Notre-Dame du Perpétuel Secours à lui tout seul.
Tant d'abnégation, tant de désintérêt, tant de célérité à offrir un, deux, trois sièges parlementaires sont pour le moins stupéfiants lorsqu'il s'agit de n'importe quel parti politique dans n'importe quel pays du monde ; cela devient ahurissant et inouï au Liban, surtout si le bon Samaritain en question s'avère être la formation de Hassan Nasrallah. Surtout à l'aune de cet axiome : tout ce qu'entreprend le Hezbollah depuis sa création est un coup - dur, fatal, plus ou moins soft, peu importe... - porté au concept d'un État fort, souverain, libre, tranquille et invulnérable.
Hasard ou coincidence : c'est au matin du 8 juin que la toile, le piège patiemment, méthodiquement et illégalement tissés par le Hezb depuis le retrait israélien du Liban-Sud en mai 2000 pourraient prendre toute leur ampleur, toute leur signification ; c'est au lendemain du scrutin indubitablement et effectivement le plus crucial de l'histoire libanaise contemporaine que le coup à l'État du Hezbollah, son coup d'État en six points, pourrait s'étaler aux yeux du monde.
Première étape : s'essuyer les pieds sur l'accord de Taëf ; garder ses armes et surenfler son arsenal avec l'aide du complice syrien - du moins, avant l'assassinat de Imad Moghniyé.
Deuxième étape : faire se juxtaposer, le long de la ligne bleue, mollahisme et sionisme, délimiter une frontière commune entre l'Iran et Israël au détriment d'un Liban que le parti de Dieu ne veut qu'arène béante ouverte à tous les vents mauvais et au creux de laquelle se soldent tous les comptes régionaux et internationaux.
Troisième étape : créer et entretenir une guerre ouverte avec l'État hébreu, gazaïser le Liban (d'où cette haine absolue à l'encontre du 14 Mars : avoir réussi à faire déployer au Sud plus de douze mille soldats onusiens, difficiles, eux, à contourner...).
Quatrième étape : étendre la terreur, la déplacer, par capillarité, de la frontière au dedans, partout sur le territoire national et, spécialement, au cœur du pays, au cœur de la capitale - instaurer la terreur et la garder dans tous les esprits, sur toutes les rétines - ce que Ban Ki-moon, dans son rapport, a gentiment appelé une atmosphère d'intimidation à la veille des élections : mai 2008 et le blitzkrieg du Hezb & Co contre les partisans du 14 Mars à Beyrouth et dans la Montagne.
Cinquième étape : appliquer la doctrine Mohammad Raad. C'est-à-dire dynamiter, anéantir, atomiser chacun des acquis, aussi vitaux pour la pérennité du Liban et de sa formule soient-ils, engrangés par l'Alliance du 14 Mars : la 1559 (elle est morte et enterrée, avait décrété un candidat hezbollahi, le redoutable Nawwaf Moussawi), la fin de la tutelle syrienne sur le Liban, Paris III, le Tribunal spécial pour le Liban et, surtout, surtout cette résolution de l'ONU portant le numéro 1701 et qui rend le Hezb totalement fou.
Cinq bis : métamorphoser de fond en comble, kafkaïser l'identité sociale, économique et naturellement culturelle du Liban. Transformer, anamorphoser non seulement le visage du Liban, mais aussi son ADN - le détourner, le muter.
Sixième (et incontournable, nécessaire et pratiquement suffisante) étape : gagner les élections. Par tous les moyens - terreur milicienne ou psychologique (par exemple : faire croire aux minorités, aussi avertis et intelligents que soient certains de leurs chefs, que seule une alliance avec le Hezb peut les sauver...) en tête.
D'où les insensées, les incroyables menaces à peine voilées en cas d'échec.
Il n'en reste pas moins que le Hezbollah n'est pas à blâmer. Il est conséquent avec lui-même, avec ses orientations et son militantisme extraterritorial, ses visées, ses desseins, ses conceptions, ses croyances.
L'unique responsable est celui qui, au lieu (encore une fois, une énième fois) de rester à équidistance du 14 et du 8 Mars, a préféré, pour des raisons éminemment psychologiques (sa mégalomanie) et tactiques : (si le binôme Geagea-Gemayel et les ex-Kornet Chehwane se sont alliés aux sunnites, moi je vais jouer la carte chiite) donner au Hezb une dimension nationale sans laquelle jamais, au grand jamais, aussi puissantes ou nombreuses soient ses armes, son coup en six lancers de dés n'aurait pu réussir. L'unique responsable (le comble : il en tire une fierté d'Artaban adolescent) est Michel Aoun. Pour avoir l'illusion chimérique d'un leadership rachitique et ponctuel, cet homme uniquement attirable et attiré par les miroirs aux alouettes, s'est laissé tout simplement prendre en otage, réinventant comme seul lui sait le faire, c'est-à-dire en en repoussant constamment les limites, le syndrome de Stockholm.
Sans même se rendre compte que si le piège tendu par son allié, sa nourrice, réussit, il en sera, certainement, une des premières (et innombrables) victimes : cela s'appelle la dhimmitude.
Le traquenard aura été parfait.
S'il réussit.
Dix-septième semaine de 2009.On a dû lui demander de croasser des louanges. C'est fait. L'impensable Nasser Kandil a rendu un hommage très drama queen, quasi sanglotant, aux sacrifices consentis par le Hezbollah en faveur de ses alliés du 8 Mars, Nabih Berry et Michel Aoun en tête. Le la est donné : en ces jours et ces nuits préélectoraux, le parti de Dieu est (dé)peint en une réincarnation de Mère Teresa, une annexe des Restos du cœur, Notre-Dame du Perpétuel Secours à lui tout seul. Tant d'abnégation, tant de désintérêt, tant de célérité à offrir un, deux, trois sièges parlementaires sont pour le moins stupéfiants lorsqu'il s'agit de n'importe quel parti politique dans...
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