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Liban - Hors Piste

De l’exception joumblattiste

Une analyse approfondie des prises de position de Walid Joumblatt depuis son intronisation à la tête du PSP montre que l'homme a de tout temps défendu une, et une seule, ligne politique. Il a ainsi de tout temps œuvré pour réserver à la communauté druze un rôle politique éminent dans le cadre d'un Liban pluriel ainsi que pour la consolidation du leadership joumblattiste dans le Mont-Liban pluriconfessionnel, voire au-delà. Et il a largement réussi dans cette entreprise, vu que le poids politique de la communauté druze et par conséquent celui des Joumblatt dépasse largement le poids démographique des « mouwahidine » au Liban.
L'on ne saurait reprocher à Walid Joumblatt de s'être fixé ces objectifs édictés par la nature même du système confessionnel et clientéliste libanais, à moins d'être partisan d'un régime laïc et démocratique à l'occidentale, chose que les détracteurs habituels du chef du PSP sont loin de prôner. Bien plus, le leader de Moukhtara ne s'est jamais écarté de ses choix stratégiques, contrairement aux reproches que lui adresse souvent une tranche non négligeable de la population qui cite ses positions à l'égard de Damas comme preuve à charge contre lui.
Or il se trouve qu'en 1977, le jeune chef d'alors du PSP a compris que le contexte régional et international ainsi que le rapport de force interne étaient favorables aux Assad, la preuve étant qu'un homme de l'envergure historique de Kamal Joumblatt ait été froidement assassiné sans que son meurtre ne suscite la moindre réaction tangible de la part des protagonistes de la scène proche-orientale ou n'ébranle en profondeur la donne libanaise. Affronter l'armée du Baas, à l'époque, sans appui arabe ou occidental, aurait été synonyme de suicide politique et aurait mené à un 13 octobre 1990 avant l'heure pour les druzes, les Joumblatt et le Liban. Mû par le souci de défendre et de protéger sa communauté tout comme tout autre chef libanais, Walid Joumblatt a donc dû se résigner à reporter la confrontation ouverte avec Damas de près de trois décennies, durant lesquelles il a été l'allié de la Syrie tout en se livrant, lorsqu'il le pouvait sans danger, à un travail de sape de sa tutelle sur le Liban, la réconciliation dans la Montagne et son discours du Parlement en 2000 en faisant foi. Et le moment opportun venu, début 2005, le chef du PSP n'a pas hésité à combattre ouvertement, et avec une virulence incomparable, l'occupation syrienne du Liban.
Actuellement, Walid Joumblatt a compris que le contexte international et le rapport de force local sont plus propices à ses adversaires, l'axe syro-iranien et le Hezbollah, que celui qui prévalait au cours des dernières années. En effet, les États-Unis sont essoufflés après les années calamiteuses de l'administration Bush. Enlisés dans les marécages irakien et afghan, incapables de remporter la moindre victoire, Washington et ses alliés européens se trouvent contraints à s'ouvrir sur Damas et Téhéran, entraînant dans leur sillage l'axe arabe dit « modéré ». Le 14 Mars s'en trouve quelque peu dépourvu d'une grande partie du soutien international dont il a profité depuis 2005. Quant à l'échelle locale, la défaite militaire de la coalition souverainiste le 7 mai 2008 fait qu'au niveau politique l'intégration de la branche armée du Hezbollah à la troupe s'avère une chimère pour le moment et que le parti de Dieu est à même d'édicter de nombreuses conditions à ses adversaires.
Dans ce contexte, la modération doit être de mise. La rigidité et la virulence ne feront qu'entretenir l'incendie confessionnel dans la rue, ce qui est aux antipodes des revendications de l'intifada de l'indépendance. Sans se départir de ses constantes, Walid Joumblatt, obsédé par la paix civile et la coexistence entre la Montagne druzo-chrétienne et la banlieue sud chiite, a évolué quelque peu vers le centre, tendant la main à son interlocuteur chiite préféré, l'omniprésident de la Chambre, Nabih Berry. Il tente aussi de trouver un espace commun qui puisse lui permettre de dialoguer avec ses adversaires en revenant au discours propalestinien et proarabe.
L'amertume du public 14-marsiste en général, et notamment sa frange chrétienne, face à cette évolution de la politique de Walid Joumblatt est on ne peut plus compréhensible. Il n'en demeure pas moins que toute autre action - mis à part certains dérapages que nul ne saurait cautionner - est impossible dans le contexte actuel à moins de vouloir embraser le Liban. Et que l'édification de l'État nécessite certes avant tout le désarmement de toutes les milices, mais pourrait commencer par autre chose, faute de mieux. Comme par exemple la mise en place d'un véritable régime de retraite ou la suppression des Caisse du Sud et autres Haut Comité de secours, en attendant la restauration de la souveraineté intégrale de l'État.
Une analyse approfondie des prises de position de Walid Joumblatt depuis son intronisation à la tête du PSP montre que l'homme a de tout temps défendu une, et une seule, ligne politique. Il a ainsi de tout temps œuvré pour réserver à la communauté druze un rôle politique éminent dans le cadre d'un Liban pluriel ainsi que pour la consolidation du leadership joumblattiste dans le Mont-Liban pluriconfessionnel, voire au-delà. Et il a largement réussi dans cette entreprise, vu que le poids politique de la communauté druze et par conséquent celui des Joumblatt dépasse largement le poids démographique des « mouwahidine » au Liban.L'on ne saurait reprocher à Walid Joumblatt de s'être fixé ces...
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