Pendant deux semaines, les concours d' « awoulaba » (beauté africaine) mettant à l'honneur la plastique féminine et celui du plus bel homme (« hêbê ») ont passionné les quelque 20 000 habitants et leurs visiteurs. Les amateurs se retrouvaient aussi tous les soirs à la foire commerciale ou aux matches de boxe.
Apothéose de la quinzaine, le défilé a célébré pendant deux heures la diversité culturelle de la région. Les milliers de personnes massées sur près de dix kilomètres et les autres perchées sur les immeubles de cette grosse bourgade ont assisté à un spectacle autour du thème du « 10e enfant », une progéniture adorée chez les abourés (ethnie locale), alors qu'elle est bannie dans d'autres traditions. Une autre scène rappelait que, dans le passé, le prétendant se devait de grimper à un palmier et en rapporter des graines pour demander sa belle en mariage.
Mais ce sont les « guerriers » locaux, au visage couvert de suie, qui ont été les plus applaudis. En haillons, tenant de faux fusils fabriqués à l'aide de bambous, ces jeunes marchaient aux cris de « la guerre est finie! ». « La guerre est finie parce qu'on veut vivre dans un pays digne et en paix. La Côte d'Ivoire, c'est la joie », lançait Stéphane Niamké, un des participants, au masque bariolé.
« Cette année, nous avons choisi le thème de l'intégration pour montrer que nous pouvons vivre avec nos diversités culturelles et créer une harmonie », explique Marcellin Vangah, responsable de la communication de l'événement, alors que le pays a été déchiré par des rivalités communautaires. « La Côte d'Ivoire a souffert d'une crise qui l'a presque mise à genoux et le pays est en train d'en sortir. Le Popo contribue à sa manière à réunir ses enfants autour d'un idéal culturel. » Ce succès encourage les organisateurs à miser sur un partenariat avec d'autres structures à l'étranger. « Notre ambition est de faire du "Popo carnaval" un événement international à l'image des grands carnavals du monde », explique le commissaire, affirmant travailler à une collaboration prochaine avec le carnaval de Rio de Janeiro. Cette fête permet aussi aux commerçants, locaux ou venus du Ghana et du Togo voisins, de faire de bonnes affaires (gadgets, tee-shirts...). La ville profite de sa proximité avec la cité balnéaire de Grand-Bassam.
Mais le « Popo » ne fait pas seulement la joie des habitants, des visiteurs et des marchands. C'est l'occasion pour les policiers de Bonoua « de retrouver et d'arrêter des bandits » qui leur ont échappé pendant l'année, assure l'adjudant-chef Émile Kouassi. Selon lui, « l'abouré pour rien au monde ne manquerait le carnaval ».


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