C'est donc très probablement au cours de la semaine prochaine, voire du tout début du mois de mai, que les listes de la majorité seront rendues publiques, mettant un terme parfois à quelque chose de finalement assez hitchcockien.
Sauf que cela passera en second. L'événement de cette fin de mois d'avril restera la première visite à Saïda que doit en principe effectuer aujourd'hui Fouad Siniora. Un déplacement événementiel à deux titres : cela faisait longtemps qu'un Premier ministre en exercice ne s'est pas présenté à des législatives (qu'elles soient aussi exacerbées que celles de juin ou pas n'y change rien), et ce qui se passera d'ici au 7 juin inclus dans la capitale du Liban-Sud peut d'ores et déjà être considéré comme du moins l'une des batailles les plus féroces, sinon la mère des batailles.
Pourquoi ? Parce que la candidature de Fouad Siniora à Saïda est considérée par la minorité en général et le Hezbollah et Amal en particulier comme le défi ultime que pouvait lancer le 14 Mars au 8 Mars - surtout que c'est l'un des parangons les plus controversés de la révolution du Cèdre, Fouad Siniora lui-même, qui jette le gant ; surtout, aussi, qu'il y a l'affaire Hezbollah-Le Caire.
C'est un affront, juge la minorité, parce qu'à Saïda, qualifiée par tous comme la porte du Liban-Sud, l'opposition juge que tout doit se faire sur le mode consensuel. Parfait, rétorquent les milieux loyalistes, mais pourquoi cette logique ne s'appliquerait-elle pas sur l'ensemble du territoire libanais ? En d'autres termes, pourquoi ce ne serait pas, par exemple, consensuel dans la banlieue sud, qui est, là aussi, la porte de la capitale ?
Résultat des courses : la campagne a toutes les (mal)chances d'être sale, féroce, sauvage - une vraie guerre ouverte : Fouad Siniora tient, pour toutes les (légitimes) raisons qui sont les siennes, à gagner, et l'opposition tout naturellement à le ruiner politiquement.
Corollaire : la bataille de Saïda a toutes les (mal)chances de se répercuter sur les autres circonscriptions, de les rendre encore plus farouches, plus excessives ; le durcissement sera partout, les batailles seront aiguës à Zahlé, au Metn, mais ce sera surtout compliqué à Jezzine et au Kesrouan.
À Jezzine parce que rien ne va, pour l'instant, entre Nabih Berry et Michel Aoun, et tout porte à croire, toujours pour l'instant, que chacun des deux hommes va former sa propre liste, que les indépendants proches du 14 Mars, Edmond Rizk en tête, parlent d'une alliance sous la table avec la liste parrainée par Berry et menée par le populaire Samir Azar, et que le Hezbollah sera très embêté.
Au Kesrouan, ce sera encore pire. Il y a la liste Aoun, celle du 14 Mars (Carlos Eddé, Camille Ziadé, etc.), celle dite des familles (el-Bone, Farid Haïkal el-Khazen), très proche de la précédente, et... Farès Boueiz, qui attend un signe de Aoun sachant que le chef du CPL n'a pas envie de rééditer l'expérience Michel Murr, tout en espérant un appel du pied des familles, le tout pendant que ces familles et le 14 Mars attendent que Michel Aoun annonce sa liste pour rendre publique la leur et que... le chef du CPL attend leur liste pour annoncer la sienne. Le seul mot d'ordre étant, pour la majorité, politique ; ses ténors assurant que s'ils ont une chance de remporter la bataille face au CPL, c'est en la politisant à fond et non pas en jouant la carte familles.
Reste cette petite lueur d'assouplissement (mais rien n'est jamais sûr) qu'a laissé entrevoir hier le n° 2 du Hezbollah, Naïm Kassem, en déclarant qu'une rencontre Joumblatt-Nasrallah pouvait intervenir dans les semaines à venir. « Nous avons décidé de nous ouvrir au PSP et de coopérer avec lui, surtout que les dernières prises de position de Walid Joumblatt sur l'arabité, la Palestine, le partenariat interne et la relation entre la banlieue sud et la Montagne rapprochent nos deux points de vue », a-t-il dit, sans que l'on ne sache s'il a vraiment compris les mots et les intentions du leader druze, sans que l'on ne sache très bien s'il s'agit là d'une manœuvre politicienne ou d'une réelle volonté de rapprochement.
Sans oublier enfin et surtout, qu'au Liban tout se joue à tous les niveaux au cours de ce fameux dernier quart d'heure, bourré de détails aux creux desquels adorent venir se nicher les diables...

