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Liban

Overdose / Nevermore

Les terroristes à l'image de ceux de Nahr el-Bared ne suffisent pas. Le trafic d'armes et de miliciens de tous poils via la passoire qui tient lieu de frontière avec la très revancharde Syrie ne suffit pas. Les agressions israéliennes diverses et variées ne suffisent pas. Les poussées fiévreuses et atrabilaires du 8 Mars (annexion du centre-ville et mise à sac de la capitale) ne suffisent pas. Les îlots de sécurité, les bunkers métastasés et paraétatiques ne suffisent pas. La vanité du Hezbollah ou l'erreur de jugement de l'un de ses miliciens dans le meurtre à bout portant du capitaine Samer Hanna ne suffit pas. Il manquait la mafia de la drogue : c'est désormais chose faite avec l'insensé traquenard dans lequel la troupe est tombée hier à Rayak, y laissant quatre morts et un blessé grave.
Ce que les Libanais sont pour l'instant incapables d'obtenir de leurs deux insupportables voisins, la Syrie et Israël, ils sont tenus de l'exiger de la part du Hezbollah : la sanctuarisation, voire la sacralisation de l'armée nationale, même si cela doit saper l'essence même de l'existence et de la pérennité du Hezb-branche militaire. Parce que l'équation est effectivement très claire : plus la troupe est forte, plus elle est protégée donc efficace, plus elle bénéficie d'une couverture absolue et plus cette branche surarmée devient obsolète, superflue ; plus elle devient, concrètement, pratiquement, sur le terrain et plus seulement sur le papier, c'est-à-dire au-delà de son anticonstitutionnalité absolue, une imposture. Et une escroquerie.
La formation de Hassan Nasrallah ne peut plus prétendre une chose (un appui inconditionnel à la troupe et à la primauté de l'État) et continuer à faire son contraire : fermer les yeux sur ce qui se passe dans les zones où son extraordinaire influence est à son paroxysme, où rien, absolument rien ne peut être fait sans son consentement, comme dans la banlieue sud où a été kidnappé le très infortuné Joseph Sader ou dans la Békaa où ont carrément été assassinés ces soldats majoritairement originaires du Akkar et dont le seul crime était qu'ils patrouillaient...
Le Hezbollah, carrément sur la sellette sur la scène arabo-internationale avec l'affaire égyptienne, se retrouve de facto sous les feux croisés, sur la scène locale, des accusations de négligence, donc de complicité involontaire. Le meurtre des quatre soldats est loin d'être seulement un acte de vengeance isolé, mené par la famille d'un baron de la drogue, tué par la troupe il y a quelques jours. Ce meurtre est la conséquence directe d'une double hérésie : l'existence repue et autosatisfaite du mini-État du Hezbollah et l'incapacité de ce dernier à le contrôler. C'est un comble.
Sans parler, naturellement, de ces rumeurs incessantes, ces rumeurs de toujours, info ou intox, sur l'implication du Hezb dans le trafic de drogue à l'échelle planétaire à partir de l'Amérique latine et le long de la ligne bleue, avec l'ennemi sioniste : en juin 2006, la police équatorienne affirmait avoir démantelé un réseau de trafic de drogue qui opérait en Équateur, en Colombie, au Brésil et aux États-Unis, et dont les recettes étaient majoritairement destinées au Hezbollah - l'information avait été publiée par The Daily Telegraph et reprise par Courrier international. De plus, la chaîne al-Arabiya a diffusé ces dernières 48 heures un reportage évoquant la détermination des autorités israéliennes à mettre un terme au trafic de drogue entre le Hezbollah et des ressortissants israéliens et arabo-israéliens - une drogue en provenance d'Afghanistan et du Pakistan, et transitant par la plaine de la Békaa...
Bref, il n'en reste pas moins que l'attaque menée contre l'armée par la mafia de la drogue békaaïote devrait servir à deux choses : assurer une couverture politique absolue à la troupe, où qu'elle soit et quelle que soit sa mission, pour en finir avec ce sentiment d'impunité tellement omniprésent au sein des mini-États disséminés dans les hinterlands hezbollahis, et pousser le Hezbollah, si tant est que cela soit possible, à une sérieuse remise en question : le parti de Dieu est rien moins qu'en train de tomber, de chuter dans le piège qu'il a lui-même tendu, avec un infini soin, une troublante méticulosité.
Les terroristes à l'image de ceux de Nahr el-Bared ne suffisent pas. Le trafic d'armes et de miliciens de tous poils via la passoire qui tient lieu de frontière avec la très revancharde Syrie ne suffit pas. Les agressions israéliennes diverses et variées ne suffisent pas. Les poussées fiévreuses et atrabilaires du 8 Mars (annexion du centre-ville et mise à sac de la capitale) ne suffisent pas. Les îlots de sécurité, les bunkers métastasés et paraétatiques ne suffisent pas. La vanité du Hezbollah ou l'erreur de jugement de l'un de ses miliciens dans le meurtre à bout portant du capitaine Samer Hanna ne suffit pas. Il manquait la mafia de la drogue : c'est désormais chose faite avec l'insensé traquenard...
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