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Liban - En Dents De Scie

Le(s) boxeur(s)

Quinzième semaine de 2009.
Il y a quelque chose de fondamental, d'essentiel dans le geste posé par Carlos Eddé cette semaine. Quelque chose de profondément troublant dans cette spontanéité et cette immédiateté qui défient et transcendent tous les calculs, toutes les équations, toutes les éventualités que le fougueux Amid du Bloc national a dû passer dans sa tête, repasser et repasser encore avant de présenter sa candidature à l'un des sièges maronites de la très fantasque, très capricieuse et très cyclothymique circonscription du Kesrouan. Ce quelque chose de fondamental, d'urgent, ce jusqu'au-boutisme, cette conviction d'avoir hérité non seulement d'un patronyme mythique (Raymond Eddé manque cruellement en ces temps de famine morale) mais aussi d'une mission, cette sincérité que d'aucuns confondraient volontiers avec de l'angélisme, tout cela, d'une logique folle, a un nom : honnêteté intellectuelle.
S'il est un homme qui a su se faire violence, qui a su trouver le moyen de renverser la malédiction, celle qui l'a jeté tout cru, à la mort de son oncle, dans un chaudron dont il soupçonnait à peine l'existence : la politique libanaise, cette malédiction qui a obligé le jeune neveu, brésilien d'adoption et de cœur, à revenir prendre le flambeau, à diriger un parti, un des rares dont le prestige moral reste immaculé, la fameuse ketlé ; s'il est un homme qui a appris, malgré lui, à aimer la politique libanaise et qui a réussi, surtout, après d'homériques combats, à se faire aimer de ce monstre, la politique libanaise encore et toujours, c'est bien Carlos Eddé.
Il y a quelque chose de fondamental dans la candidature de cet homme au Kesrouan parce qu'elle est pure, elle est presque kantienne : Carlos Eddé a consacré les dernières années de son activité politique à un combat intense, un combat usant, un combat de tous les instants, de tous les jours. Au-delà de l'antipathie irréversible qu'il éprouve pour l'habit militaire ; au-delà de son attachement stakhanoviste et parfois férocement intransigeant à la loi, à la primauté de l'État, au droit, à la souveraineté et, par-dessus tout, à la Constitution ; au-delà des profondes et infranchissables divergences d'opinions, de visions, de valeurs, le combat que mène le patron du BN contre le chef du CPL est un combat singulièrement moral, éthique, déontologique - un réel choc des cultures, une bataille mille fois plus en faveur de la vérité (sur cette usurpation et ce faux et usage de faux politiques devenus la marque de fabrique de Michel Aoun) que pour le gain d'un strapontin place de l'Étoile.
Alors, Carlos Eddé, parachuté du caza de Jbeil, sorti par choix personnel - par honnêteté intellectuelle ? - de l'Alliance du 14 Mars, dont il partage pourtant toutes les options, a choisi d'affronter en duel, dans cet hinterland de toutes les contradictions et de toutes les ambiguïtés qu'est le Kesrouan, Michel Aoun, parachuté du caza de Baabda. Oubliant ces mille et une manifestations de dédain et de mépris dont il a été la cible depuis qu'il est entré en politique, oubliant les accusations d'inexpérience et les moqueries sur son peu de maîtrise de la langue arabe, oubliant les tonnes d'intox déversées par le CPL, Carlos Eddé, mi-don Quichotte un peu inconscient, mi-Rambo vingt ans plus tard, va sans aucun doute mener la bataille la plus sauvage de sa (jeune) carrière. Pour cela, aucune des armes légales ne doit être écartée, aucun soutien de la part des pôles du 14 Mars se montrer timide ou vaporeux, aucun effort ne doit être épargné, et si le tandem Eddé-Ziadé peut fusionner avec le binôme Bone-el-Khazen, rien ne devrait, rien ne doit faire obstacle.
Il y a aussi quelque chose de fondamental, d'essentiel dans le geste d'une amplitude considérable, posé cette semaine, à partir de la place de l'Étoile, par le plus controversé des Premiers ministres, véritable héros et absolu homme d'État pour les uns, calamité ambulante et quasi-traître pour les autres ; il y a quelque chose de troublant, d'épique, d'absolument humain dans la candidature de Fouad Siniora à l'un des sièges sunnites de Saïda. Et comme Carlos Eddé, le locataire du Sérail a dû mener, avant l'heure, avant la véritable bataille qui sera foncièrement celle de l'identité de la capitale du Liban-Sud, un bien singulier combat que livrent en règle générale les grands hommes : un combat contre lui-même, un combat contre le technocrate invétéré qu'il a toujours été, toujours voulu être, un combat contre la/sa raison qui continue, et qui continuera sans doute à lui répéter encore et encore qu'après ces cinq années infernales et barbares qu'il a vécues, il est grand temps qu'il lève le pied.
Sauf que ce combat, Fouad Siniora l'a mené et l'a gagné pour lui. On a beaucoup glosé sur la douce vengeance souhaitée par le Premier ministre, sa détermination à faire payer, cher, très cher, mais de la plus démocratique des façons : par les urnes, à ses adversaires politiques, Nabih Berry, le Hezbollah et le CPL d'abord, toutes les avanies, toutes les insultes, toutes les humiliations qu'ils ont multipliées à son encontre depuis qu'il est en poste. Comme pour Carlos Eddé, le geste de Fouad Siniora est avant toute chose, visiblement, mû par un besoin, plus : une envie, de justice. Mais pas que - et loin de là...
Parce que, au-delà du désir, aussi, de suivre, même à l'envers, la trajectoire de l'idole, de l'égal, du maître et de l'ami, Rafic Hariri, et en sortant depuis 2005 de ses bureaux, en sortant de ses paperasses, en sortant de ses chiffres, en sortant de ces quatre murs capitonnés et très confortables, entre bunker et placenta, Fouad Siniora s'est réconcilié avec la vraie vie. Et, mine de rien, avec le peuple : cet homme, que ses partisans ont habillé, malgré lui, durant la guerre de juillet 2006 d'une extrêmement symbolique abaya, ne sera jamais un zaïm au sens libano-libanais, au sens un peu bouffon du terme ; cet homme, et c'est exactement pour cela qu'il a été adoré, refuse catégoriquement de devenir un zaïm - sauf que, comme sans doute pour Carlos Eddé, il a compris qu'une certaine promiscuité avec le peuple, qu'une mise au service et à la disposition du peuple sont aussi faites pour lui.
Les actes de candidatures posés par Fouad Siniora et Carlos Eddé sont deux gestes importants dans le processus et dans la mentalité démocratiques de ce pays - qui a sacrément et constamment besoin d'être rafraîchi à ce niveau. Ce qui différencie ces deux démarches des nombreuses autres qu'heureusement le Liban connaît encore, c'est qu'elles sont totalement, miraculeusement humaines.
Quinzième semaine de 2009.Il y a quelque chose de fondamental, d'essentiel dans le geste posé par Carlos Eddé cette semaine. Quelque chose de profondément troublant dans cette spontanéité et cette immédiateté qui défient et transcendent tous les calculs, toutes les équations, toutes les éventualités que le fougueux Amid du Bloc national a dû passer dans sa tête, repasser et repasser encore avant de présenter sa candidature à l'un des sièges maronites de la très fantasque, très capricieuse et très cyclothymique circonscription du Kesrouan. Ce quelque chose de fondamental, d'urgent, ce jusqu'au-boutisme, cette conviction d'avoir hérité non seulement d'un patronyme mythique (Raymond...
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