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Liban - En Dents De Scie

Le cas Lieberman / la vision Joumblatt


C'est un homme qui devrait revoir la façon dont son cerveau communique avec sa langue.
Ahmad Aboul Gheit

 

Quatorzième semaine de 2009.
En être réduits à regretter Tzipi Livni ; se surprendre à penser, a posteriori et malgré son bilan extrêmement mitigé, carrément frelaté même à la tête de la diplomatie israélienne, qu’elle aurait pu être, quelque part, utile au processus de paix israélo-arabe ; s’imaginer qu’avec un peu de chance, un peu de bonne volonté, et de sérieux coups de banderille de la part de la (prometteuse) nouvelle administration américaine, cette femme qui ne sera jamais Golda Meïr aurait quand même pu faire avancer les choses ne serait-ce qu’un minimum… Voilà sans doute le seul fait d’armes dont pourra jamais se vanter l’impensable nouveau ministre israélien des Affaires étrangères à l’issue de son mandat – que la planète entière (ou presque) souhaite le plus bref possible.
Plus/pire encore : Avigdor Lieberman pourrait même faire regretter aux Libanais… Ariel Sharon.
Non content de provoquer la communauté internationale, Washington en tête, en excluant toute concession sur le plateau du Golan conquis sur la Syrie et en assénant un niet retentissant au processus d’Annapolis qui avait relancé fin 2007 les négociations de paix pour parvenir à un accord sur un État palestinien (c’était une des rares fois où Ehud Olmert et Mahmoud Abbas avaient réussi à donner de l’espoir aux modérés israéliens et palestiniens), l’ultranationaliste patron d’Israël Beiteinou s’est aussi mis à dos, et très sérieusement, l’indispensable Égypte, liée par un traité de paix avec l’État hébreu – tant par ses positions concernant Syriens et Palestiniens qu’en vouant, en octobre dernier, Hosni Moubarak aux gémonies en raison du refus du raïs égyptien d’effectuer une visite officielle en Israël. Tant que la position de Lieberman sera telle qu’elle est, je ne ferai que le regarder si je le rencontre ; bien sûr, ma main restera dans ma poche, a asséné cette semaine le chef de la diplomatie égyptienne, le pourtant très urbain Ahmad Aboul Gheit. Et Tzipi Livni de presser Benjamin Netanyahu de désavouer son ministre des Affaires étrangères…
Le ton est donné. Il y a ambiance – politiquement, à l’intérieur comme à l’étranger (Hillary Clinton a presque exigé de rencontrer son homologue israélien le plus vite possible), mais aussi sur le plan personnel : Avigdor Lieberman a été interrogé hier pendant près de huit heures par les enquêteurs de son pays, soupçonné qu’il est de corruption, fraude, blanchiment d’argent et abus de confiance.
On peut, tout en ne comprenant pas le mécanisme, sourire de la décidément brillante et régulière capacité du peuple israélien à élever aux (parfois plus) hautes fonctions de leur pays des hommes-proies idéales de la justice : les Sharon père et fils pour financement illicite (entre autres), Moshe Katsav pour abus sexuels, Ehud Olmert pour corruption, et maintenant, l’inénarrable Avigdor Lieberman. On ne sourit plus du tout, en revanche, lorsque l’invraisemblable, l’impensable devient réalité : que ce peuple, tellement déchiré dans son sang, dans sa chair et dans la quintessence de son identité par des nationalismes et des extrémismes polymorphes, en arrive à cautionner à ce point, par l’intronisation d’Israël Beiteinou en troisième force politique du pays, la couleur brune, un stérile ethnocentrisme et, toutes proportions gardées, cet esprit carrément néonazi… voilà réellement quelque chose d’inouï. Encore plus inouï sachant qu’Avigdor Lieberman ne cache aucunement sa fascination pour les leaders d’extrême droite européens, antisémites par définition.
Mais il y a toujours quelque chose de bon à tout malheur. L’arrivée au pouvoir de Bibi et son cabinet en général et de Lieberman en particulier oblige les Libanais en général et le Hezbollah, ses maîtres irano-syriens et ses alliés locaux en particulier à la plus stricte des disciplines. Cette nouvelle équipe israélienne oblige le Liban et l’ensemble des Libanais à non seulement assurer une application inconditionnelle et exhaustive de la résolution 1701 de l’ONU, quelles que soient les violations à ce niveau que ne manquera assurément pas de multiplier l’État hébreu, mais à sérieusement penser, aussi, à cette incontournable, cette urgente clause de l’accord de Taëf qui prévoit la trêve avec Israël, ce qui implique, a expliqué le décidément très inspiré Walid Joumblatt, le gel de l’état de guerre sans pour autant s’engager sur la voie de la paix.
Et il a diablement raison, le chef du PSP : politiquement, le QI du tandem Netanyahu-Lieberman ne doit pas dépasser celui d’un pois chiche ou d’une libellule ; il est donc primordial que le gouvernement qui succédera, au lendemain des législatives du 7 juin, à celui de Fouad Siniora inscrive au plus haut de ses priorités, au cœur de sa future déclaration ministérielle, l’infiniment nécessaire relance de l’accord d’armistice de 1949.
D’autant qu’Avigdor Lieberman (encore heureux qu’il n’ait pas réussi à arracher le portefeuille de la Défense), qui agit comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, représente une menace stratégique pour Israël. Ce constat, cette évidence ont été énoncés par un député (travailliste) israélien, Ofar Pines-Paz. Qui a dit qu’il n’y a plus de sages et d’éclairés en Israël ? – et ce pauvre Yitzhak Rabin qui doit faire des triples axels dans sa tombe…

C'est un homme qui devrait revoir la façon dont son cerveau communique avec sa langue.Ahmad Aboul Gheit
 
Quatorzième semaine de 2009.En être réduits à regretter Tzipi Livni ; se surprendre à penser, a posteriori et malgré son bilan extrêmement mitigé, carrément frelaté même à la tête de la diplomatie israélienne, qu’elle aurait pu être, quelque part, utile au processus de paix israélo-arabe ; s’imaginer qu’avec un peu de chance, un peu de bonne volonté, et de sérieux coups de banderille de la part de la (prometteuse) nouvelle administration américaine, cette femme qui ne sera jamais Golda Meïr aurait quand même pu faire avancer les choses ne serait-ce...
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