Le sommet de Londres s'est terminé dans l'optimisme général, grâce en particulier aux quelque 1 100 milliards de dollars évoqués dans le communiqué, ou de promesses concrètes sur les paradis fiscaux.
Mais dès vendredi la réalité de ces points était en débat.
Ainsi, les leaders mondiaux ont remarqué que « 5 000 milliards de dollars » auront été injectés dans les économies nationales d'ici à fin 2010 pour lutter contre la crise. En fait, ces 5 000 milliards ne concernent aucune mesure nouvelle et représentent le creusement des déficits publics depuis 2007, remarque Julian Jessop, de Capital Economics.
Le G20 a indiqué aussi que les grandes institutions financières internationales, notamment le Fonds monétaire international (FMI), allaient recevoir 1 100 milliards de dollars.
Mais cette somme est l'agrégat d'éléments très disparates et parfois déjà décidés.
Ainsi, le G20 parle d'un triplement des ressources du FMI. En fait, il s'agit seulement d'un doublement « immédiat » à 500 milliards de dollars, dont 220 fournis par les Japonais, l'Union européenne et le Canada sont déjà connus. Le communiqué précise que la somme additionnelle pourrait aller « jusqu'à 500 milliards de dollars », mettant ainsi le triplement au conditionnel.
Le sommet a annoncé « des nombres accrocheurs, mais une étude plus poussée renforce l'impression inconfortable qu'il n'y a pas tant d'argent après tout », ajoute Capital Economics.
De même, l'autre effet concret immédiat du sommet, la publication immédiate d'une liste de paradis fiscaux par l'OCDE, à la demande expresse de la France et de l'Allemagne, semblait d'une portée limitée. Une négociation assidue entre France et Chine avec M. Obama comme arbitre a ainsi évité à Macao et Hong Kong de figurer sur la liste, ces « territoires administratifs spéciaux » liés à la Chine ayant promis de s'amender, selon l'OCDE.
« Ça fait un peu sourire, en Belgique, de voir que les îles anglo-normandes sont considérées, comme les îles Vierges américaines, comme n'ayant aucun problème », a d'autre part ironisé le ministre belge des Finances Didier Reynders, dont le pays figure sur la liste « grise » des pays ayant encore du travail à accomplir. Il s'est plaint que la liste ait été « négociée » par la Chine, les États-Unis et la Grande-Bretagne, entre autres.
Plusieurs commentateurs ont souligné aussi que le G20 n'avait pris aucune mesure générale pour régler un problème urgent, le nettoyage des banques de leurs actifs toxiques.
Globalement, les économistes remarquent que le plan géant dévoilé jeudi ne pourra pas de toute façon s'appliquer du jour au lendemain : « Quels que soient les efforts, toutes ces bonnes intentions mettront des années plutôt que des mois » à entrer en vigueur, remarque Howard Wheeldon, de BGC Partners.
Les économistes saluent cependant aussi l'impression générale qui s'est dégagée du sommet.
« Un gros "plus" a été l'apparente unité exprimée par les participants », observent les analystes de Currencies Direct. « C'est fantastique de voir vingt nations disparates se mettre ensemble avec la détermination de faire avancer une très mauvaise situation », remarque M. Wheeldon.
Pour cet économiste, le sommet « a marqué le jour où les gouvernements ont pris virtuellement un contrôle complet des problèmes de marchés financiers et cela pourrait durer pas loin d'une génération ».


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