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CD, DVD - Un Peu Plus De...

Cachés/heureux

L'adage dit : « Pour vivre heureux, vivons cachés. » Philippe Sollers, lui, a tout compris. Il a dit : « Pour vivre cachés, vivons heureux. » Sollers. Si on n'est pas heureux, on ne peut pas vivre cachés. Quand on n'est pas heureux, on sort, on s'exhibe, on fuit, on s'éloigne, on s'échappe... enfin on tente. Pour vivre cachés, il faut pouvoir être sacrément heureux. Pouvoir se cacher sous la couette, se lover dans des draps sans les trouver froids, écouter Déranger les pierres sans pleurer, sourire aux anges, fermer les yeux, respirer... Se cacher du reste du monde est un exercice difficile. Se cacher, cacher. Pourtant, c'est un exercice auquel nous sommes confrontés en permanence. On cache beaucoup de choses au Liban. On nous cache beaucoup de choses. On aime cacher. On se plaît à cacher. On joue à cache-cache. On cache ses appartenances politiques en n'avouant pas vraiment pour qui on va voter. On dit qu'on est couleur saumon, pour parler en demi-teintes. On cache ses problèmes sous des sourires de façade, derrière un « poker face » pour que nul ne puisse deviner ce qui se trame dans sa vie. On cache les difficultés scolaires de nos enfants en ne vantant que leurs qualités. On leur prête des talents artistiques pour ne pas avoir à avouer qu'ils sont nuls en maths. On dit qu'ils sont énergiques pour ne pas dire qu'ils sont nerveux. On dit qu'ils sont mignons avec leurs oreilles décollées tout en pensant les recoller un jour. On cache les marginaux de la famille dans des centres de « repos ». On cache une cure de désintox en prétextant un voyage à Madrid... On dit qu'on a pris seulement deux kilos, alors que la balance en témoigne quatre de plus. On cache une taille 42 dans un 38 trop serré. On dit qu'on n'a pas faim en ne commandant qu'une salade sans sauce, alors qu'on s'est tapé le pot de Nutella « family size » une heure avant. On cache nos fringales la nuit. On dit qu'on n'aime pas Faraya parce qu'il y a trop de monde, alors qu'on n'a tout simplement pas les moyens de se prendre un chalet. On dit qu'on est une vraie blonde, alors qu'on cache des cheveux blancs et une racine auburn. On cache ses défauts sous des tonnes de fond de teint. On cache un œil au beurre noir sous de grandes lunettes de soleil. On cache ses bleus au cœur en transformant sa vie en rose. On cache ses larmes. On cache les cernes d'une insomnie d'attente d'un coup de fil. On cache des traumatismes de l'enfance derrière une attitude détachée. On se cache derrière des conquêtes pour ne pas céder à l'amour. On cache un cadeau en disant qu'on vient de se l'acheter. On cache ses coups de blues en achetant des fringues, des chaussures, des sacs.... On cache ses préférences sexuelles, parce que « ça ne se fait pas ». On cache son homosexualité dans un mariage arrangé. On se cache derrière une porte cochère pour abriter ses amours adultères. On cache des numéros de téléphone. On cache son MSN. On cache la chaîne de films érotiques quand quelqu'un rentre. On cache son insatisfaction libidineuse dans un ventre arrondi... On cache dans une boutique de bonbons et de gadgets, une boîte de Pandore le Rabbit de Charlotte et autres crèmes comestibles. On cache son désir d'en acheter devant la vendeuse, en disant que c'est pour une « bachelor party ». On cache Valse avec Bachir sous le manteau. On cache un disque classé liste noire. On cache son penchant pour Joe Dassin, Julio ou Gilbert Montagné en n'avouant n'aimer que Massive Attack et Placebo. On cache son véritable âge sur Facebook. On poste des statuts amusants pour cacher une déception. On se cache derrière des photos narcissiques dans l'attente qu'on nous dise qu'on est beau. On se cache derrière un pseudo pour ne pas se laisser paraître. On se cache derrière son doigt, on cache son jeu, on enfile un cache-misère ou un cache-nez, on cache sa joie. On cache, on enfouit, on dissimule, on inhibe, on enferme, on cloître, on séquestre, on interne, on emprisonne, on déguise, on maquille, on voile... on esquive, on évite, on fuit, on met la tête dans le sable... on ment. Pour vivre cachés et ne plus rien cacher, vivons heureux... Philippe Sollers.
L'adage dit : « Pour vivre heureux, vivons cachés. » Philippe Sollers, lui, a tout compris. Il a dit : « Pour vivre cachés, vivons heureux. » Sollers. Si on n'est pas heureux, on ne peut pas vivre cachés. Quand on n'est pas heureux, on sort, on s'exhibe, on fuit, on s'éloigne, on s'échappe... enfin on tente. Pour vivre cachés, il faut pouvoir être sacrément heureux. Pouvoir se cacher sous la couette, se lover dans des draps sans les trouver froids, écouter Déranger les pierres sans pleurer, sourire aux anges, fermer les yeux, respirer... Se cacher du reste du monde est un exercice difficile. Se cacher, cacher. Pourtant, c'est un exercice auquel nous sommes confrontés en permanence. On cache beaucoup de choses...
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