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Liban - En Dents De Scie

Au moins ça…

Onzième semaine de 2009.
Il s'agit en fait de deux tactiques. La première consiste à aiguillonner l'électeur, à le booster, à le gonfler à bloc à quelques semaines de l'échéance électorale, à lui (re)donner un moral d'acier, à le mobiliser comme jamais, à lui répéter que seule la victoire comptera au matin du 8 juin. La deuxième tactique est plus psychologique, plus doucette : il s'agit de prévoir une issue de secours, une sorte de plan B ; faire comprendre à ce même électeur qu'une éventuelle défaite ne sera ni la mer à boire ni la fin du monde, que les acquis engrangés souvent au prix de sacrifices immenses ne seront pas dynamités d'un coup. Ou de plusieurs.
Ces deux écoles, ces deux façons de voir sont surtout celles de l'Alliance du 14 Mars. La double terminologie utilisée par ses différents pôles, aussi schizophrène puisse-t-elle paraître, est finalement suffisamment cohérente. La douche écossaise a parfois des vertus étrangement inattendues : c'est tantôt cette adrénaline que seule une campagne électorale peut assurer, ces papillons dans l'estomac, même s'ils ne vivent qu'un jour, tantôt cette descente, cette mornitude, cette espèce de fatalité intrinsèquement liée, pourtant, aux règles du jeu démocratique, à cette saine et nécessaire alternance - saine et nécessaire dans l'absolu, loin de ces insensées hérésies, à l'image de ce tiers de blocage, alien en diable et que seuls les détenteurs d'armes peuvent dénicher...
Ce tantôt... tantôt, ce ou bien... ou bien, ce tâtonnement n'a rien d'anormal. Parce que l'Alliance du 14 Mars est trop plurielle pour parler immédiatement et sereinement et sans efforts d'une seule et même voix - cette pluralité est un signe extérieur et intérieur de richesse. Et parce que la campagne de la majorité parlementaire sortante n'est pas véritablement lancée encore. Cela sera justement chose faite dès aujourd'hui au BIEL, où sera annoncé le programme politique définitif de ce collectif né sur les ruines de l'attentat du Saint-Georges et qui, tant bien que mal, continue, depuis, d'assurer le minimun syndical pour la survie politique, morale, culturelle et, surtout, identitaire de ce pays.
Ce sera une promenade de santé. Heureusement d'ailleurs. Il aurait été insensé et totalement ubusesque que les différents pôles du 14 Mars ne soient pas d'accord, entièrement d'accord, sur ces orientations desquelles le Liban ne doit s'écarter sous aucun prétexte, sur la vision à moyen et long terme de ce pays fatigué (et fatigant), sur la conception d'une libanitude définitive - définitive comme le répétait cheikh Mohammad Mehdi Chamseddine lorsqu'il évoquait la patrie. Encore heureux que tout ce ciment qui a fait que des formations aussi hétéroclites que le Courant du futur, les Forces libanaises, le PSP, les Kataëb, le BN, le PNL, la Jamaa islamiya, l'ancien Kornet Chehwane et les forces chiites déterminées à éviter la dissolution intellectuelle, idéologique et politique dans le Hezbollah, se retrouvent, forcées ou de plein gré (aucune différence, finalement : le résultat est identique...), à regarder dans la même direction. À bâtir ensemble, vaille que vaille : la profusion d'architectes ou de wannabe architectes n'étant jamais signe de bonne santé - au Liban, on fait comme on peut, pas comme on veut... À surmonter leur dégoût, plus ou moins écœurant, ou leur incapacité, plus ou moins génétique, à transcender l'individualité et à privilégier le collectif, le travail en commun, le travail à plusieurs et pour plusieurs, avec tout ce que cela implique comme concessions et mini-sacrifices.
La fiesta aujourd'hui au BIEL sera définitivement sympathique. Bon enfant. Familiale. Et c'est juste après que tout risque de s'écrouler. Que les bruits et les fureurs, les crises de ménage, les crise de l'âme et les crises de larmes, les menaces et la vaisselle cassée, les chantages et les ébauches de coups bas se multiplieront sans aucun doute. Juste après, jusqu'au jour où il faudra annoncer officiellement les listes électorales, aux quatre coins du pays. C'est qu'il faudrait plus, bien plus de 128 sièges pour satisfaire tout le monde au sein du 14 Mars. C'est que tout le monde, au sein du 14 Mars, pète plus haut que son cul : chaque faction veut disposer d'un bloc parlementaire en bonne et due forme. C'est que tout le monde, au sein de cette majorité qui a autant prouvé sa capacité à générer, à accélérer, à provoquer des tremblements de terre politiques historiques sans lesquels le Liban aurait été jeté, mille et une fois, dans mille et un âges de pierre, que sa maestria, inégalable, impensable, à produire des monstruosités, à aligner les âneries et les mauvais jugements ; sa capacité phénoménale à mentir et à décevoir.
Il est impératif que toutes les composantes du 14 Mars, d'ici à la mi-avril, veuillent et sachent se découvrir de mille et un fils. Il est impératif, vital, que les législatives 2009 soient jugées cruciales ou simplement importantes, que l'Alliance du 14 Mars fasse mentir à la fois ses adversaires ricanants et ses partisans résignés ; qu'elle réussisse à se montrer digne des espérances encore placées, plus par défaut que par réelle conviction, en elle ; qu'elle parvienne à dessiner une carte électorale quasi exhaustive et presque parfaite ; qu'elle mette toutes les chances de gagner de son côté.
Encore une fois, c'est un minimum syndical. La moindre des choses.
Onzième semaine de 2009.Il s'agit en fait de deux tactiques. La première consiste à aiguillonner l'électeur, à le booster, à le gonfler à bloc à quelques semaines de l'échéance électorale, à lui (re)donner un moral d'acier, à le mobiliser comme jamais, à lui répéter que seule la victoire comptera au matin du 8 juin. La deuxième tactique est plus psychologique, plus doucette : il s'agit de prévoir une issue de secours, une sorte de plan B ; faire comprendre à ce même électeur qu'une éventuelle défaite ne sera ni la mer à boire ni la fin du monde, que les acquis engrangés souvent au prix de sacrifices immenses ne seront pas dynamités d'un coup. Ou de...
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