« Stop aux arrestations », « La longue marche à tout prix », criaient 150 avocats qui défilaient hier à Peshawar, capitale de la Province de la frontière du Nord-Ouest (NWFP). 200 personnes, selon les services de renseignements, ont été arrêtées dans cette seule province, tandis que la police barrait des routes dans d'autres régions pour empêcher les manifestants de prendre le chemin d'Islamabad. « Les mesures prises par le gouvernement démontrent à la population du Pakistan et au monde entier que les avocats ne peuvent se déplacer librement dans leur propre pays », a lancé Ali Ahmed Kurd, le président des avocats de la Cour suprême, arrêté à l'un de ces barrages.
Les avocats, à l'origine du mouvement, ont été rejoints par l'opposition politique, menée par l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, furieux d'un verdict de la Cour suprême qui l'a exclu le 25 février de la vie publique. Ses appels au soulèvement populaire lui ont valu d'être menacé de poursuites pour « sédition ». Nawaz Sharif a pourtant semblé entrouvrir la porte au dialogue hier, se disant « prêt à coopérer » avec le président Asif Ali Zardari s'il « tient sa promesse de réinstaller les juges et rétablir une justice indépendante ».
Le chef de l'État et le Premier ministre Yousouf Raza Gilani devaient de leur côté entamer des discussions sur les moyens de parvenir à un compromis avec la Ligne musulmane du Pakistan (PML-N) de Nawaz Sharif, premier parti d'opposition du pays. Ce mouvement de contestation a plongé le Pakistan dans sa plus grave crise depuis la chute du régime militaire, suscitant avertissements et pressions diplomatiques des États-Unis et de la Grande-Bretagne. La diplomatie américaine a ainsi exhorté Islamabad à éviter tout débordement, et l'envoyé spécial de Washington pour le Pakistan et l'Afghanistan, Richard Holbrooke, s'est entretenu depuis jeudi par téléphone avec MM. Zardari, Gilani et Sharif.

