On dirait une répétition de la guerre de juillet 2006, avec ses 1 300 victimes, beaucoup plus contre le Liban et ses infrastructures que contre le Hezbollah. Pour rappel, parmi tant d'autres, même l'usine de Liban-Lait dans la Békaa avait été ciblée et détruite.
Pendant des décennies, chaque fois qu'Israël attaquait le Liban, c'était pour détruire son aéroport, son réseau routier (110 ponts en 2006), ses réservoirs de fuel ou ses centrales électriques. Aujourd'hui, Israël menace officiellement de s'en prendre directement au pays qu'il tient responsable pour n'importe quelle action, réelle ou fictive, du Hezbollah ou d'autres groupes armés, à partir du territoire libanais. Donc, la seule présence de ces groupes incontrôlables ou de la Résistance armée, loin d'être un rempart, constitue un prétexte pour attaquer n'importe quand le Liban, une menace de guerre permanente, indépendamment des agissements du Hezbollah et encore moins de la volonté du peuple ou de l'État libanais.
De cette situation, on peut tirer deux constatations :
Israël est un ennemi redoutable pour le Liban et ne s'est jamais privé de détruire ce modèle gênant de pays de coexistence confessionnelle contraire à son concept d'un État sectaire fondé sur l'hégémonie d'une seule communauté.
La Résistance armée est également une menace pour la paix du Liban puisque, par sa seule existence, elle fournit à l'ennemi un prétexte de nous détruire d'autant plus qu'elle ne cesse de vanter ses capacités militaires et son arsenal, plus gonflé que jamais, dirigés contre Israël.
Contre ces deux menaces de guerre, quoi faire pour éviter une énième destruction du Liban ? La paix tout simplement, comme 100 millions d'Égyptiens et de Jordaniens, en attendant la prochaine signature officielle des Syriens. Tous ces riverains d'Israël jouissent d'une vie paisible alors que ce sont les 4 millions de Libanais qui doivent vivre en permanence dans l'angoisse d'une nouvelle guerre toutes les quelques années. Pourquoi la Syrie négocierait-elle un traité de paix et le Liban n'y aurait pas droit ?
Pourquoi la Syrie négocierait-elle la paix et ne permettrait-elle aucune résistance sur son sol pour libérer le Golan, alors que le Liban-Sud a été libéré en 2000 - sauf Chebaa, que la Syrie occupait avant Israël et dont personne au Liban n'avait jamais osé réclamer la restitution pendant des décennies !
Le roi Abdallah d'Arabie saoudite a eu la lucidité de convaincre tous les pays de la Ligue arabe de proposer la paix à Israël, un peu comme Sadate en son temps avait eu le courage d'acculer Israël à un traité de paix. Pourquoi le Liban, dernier et seul voisin régulièrement attaqué par Israël, ne profiterait-il pas de cette initiative officiellement offerte par la Ligue arabe ?
Étant le plus menacé, le Liban est donc le plus concerné et devrait par conséquent être le premier pays arabe à faire la paix et pas le dernier, comme aime le déclarer souvent le Premier ministre Siniora. Est-ce que le Koweït, Bahreïn, les Émirats ou le Yémen seraient plus menacés que le Liban ?
La Syrie, jamais attaquée malgré le Golan toujours occupé, a bien le droit de négocier un traité de paix avec l'assistance de la Turquie et des États-Unis. Par contre, maintes fois attaqué, le Sud libéré, mais plus menacé de destruction que jamais de par la présence de la Résistance sur son territoire, le Liban n'aurait pas droit à la paix ? Pas de stabilité ni de sécurité pour les Libanais, pas de développement ni de prospérité ; voués à la misère, à l'extrémisme ou à l'émigration, ils n'auraient comme vocation que d'être en permanence une chair à canon, au gré des uns et des autres ?
Pour quoi ? Pour qui ? Pour faire plaisir à qui ? Dans l'intérêt de qui ? Pourquoi le pauvre Liban ne peut-il aspirer à la paix ?
Ce n'est pas parce que la situation est difficile qu'on doit renoncer au bonheur de la paix, c'est parce qu'on n'a pas la volonté de lutter pour la paix que la situation est difficile et dangereuse.
Entre un parti de Dieu et le Peuple-élu de Dieu, l'avenir du Liban ne présage rien de divin, si nous n'avons pas le courage de prendre notre destinée en main pour faire de notre pays un havre de paix, un petit paradis prospère, modèle d'humanisme et de démocratie.
David CORM

